La baudruche commencerait-elle à se dégonfler ? C’est la question que se posent les adversaires de François Hollande et naturellement pour s’en réjouir.
Parmi toutes les promesses du candidat Hollande l’une des plus tonitruantes avait été celle d’imposer à 75% les revenus annuels dépassant le million d’euros. C’était un peu démagogique, très symbolique mais personne ne pouvait s’indigner qu’en cette période de crise et de sacrifices, on fasse ainsi payer les riches d’autant plus qu’en l’occurrence il s’agissait des richissimes. D’ailleurs bien qu’ayant quelques amis milliardaires, François Hollande avait toujours répété qu’il n’aimait pas les riches et que son ennemi était le monde de la finance.
Or, si l’on en croit Le Figaro d’aujourd’hui, le président aurait mis beaucoup d’eau tiède dans son vin rouge. Le confort des palais dorés de la République, la confrontation avec certaines réalités et les visites de quelques grands patrons du CAC40 lui auraient fait comprendre que le populisme à bon marché pouvait coûter très cher. Quand on a besoin d’argent ce n’est pas toujours une bonne idée que de se mettre mal avec ceux qui en ont.
D’après Le Figaro, si le milliardaire est marié (ils le sont bien souvent et ils le seront encore plus souvent quand on aura autorisé le mariage homosexuel) il ne sera imposé à 75% qu’à partir de 2 millions de revenu par an. Mieux encore, seuls les revenus du travail seront concernés. Pas ceux du capital. Hollande nous avait pourtant juré qu’il fallait que désormais les capitalistes paient autant que les travailleurs. Enfin, cerise sur le gâteau, les artistes, les écrivains, les cinéastes (et les chefs d’entreprise vendant leur entreprise) seront épargnés sous prétexte que leurs revenus sont « aléatoires ». Ajoutons que, pour éviter une censure du Conseil Constitutionnel, ces 75% ne pourront pas dépasser les 67%.
Au total, moins d’un millier de « célibataires » richissimes dont les revenus « du travail » dépassent un million d’euros par an devraient avoir à payer 67% pour cette part imposable. L’une des mesures-phares du nouveau régime passerait donc à la trappe et le président, comme beaucoup de ses prédécesseurs, commencerait à mettre son beau programme dans sa poche avec son mouchoir par-dessus.
A Bercy, on déclare pour l’instant que « Rien n’a encore été définitivement décidé » mais l’idée est évidemment sur la table.
On comprend mal cette reculade. Hollande aurait-il été sensible aux menaces de son nouvel ami David Cameron qui s’est dit prêt à dérouler le tapis rouge pour les grosses fortunes françaises qui fuiraient ces 75% ? Jean-Marc Ayrault lui aurait-il fait savoir qu’aux universités du Medef les grands patrons devenaient menaçants ? Les milliardaires bobos qu’il a reçus en catimini à l’Elysée lui auraient-ils dit que la coupe était déjà pleine ? C’est bien possible.
On voit mal cependant comment le gouvernement va bien pouvoir, dans quelques semaines, en annonçant le budget 2013 et donc un matraquage sans précédent de prélèvements supplémentaires pour les classes moyennes, présenter cet assouplissement, pour ne pas dire cette suppression d’une mesure qui était emblématique du nouveau pouvoir.
Pendant cinq ans, Hollande et ses amis ont vitupéré contre Sarkozy sous prétexte qu’il ne savait faire « que des cadeaux aux riches ». Vont-ils s’y mettre aussi ?
Une fois de plus on s’aperçoit que, même sous un pouvoir socialiste, il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et malade. Mais on le savait déjà.

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