« Ils » semblent enfin vouloir s’y mettre. Après trois mois passés à ne rien faire si ce n’est à jouir des plaisirs de la victoire et une première dégringolade dans les sondages, François Hollande, Jean-Marc Ayrault et les ministres multiplient soudain les annonces : emplois d’avenir, contrats de génération, politique du logement, modification du calendrier scolaire, tarification progressive de l’énergie, lutte contre la délinquance et même le tabagisme. Tous les matins, depuis quelques jours, ils nous sortent un nouveau « truc ».
Après les avoir accusés de somnoler dans la « normalité » et de rater les débuts du quinquennat qui, en principe, permettent de lancer les grandes réformes, on ne leur reprochera pas d’en faire brusquement un peu trop et il est évident que ce gouvernement qui nous a promis « le changement » doit s’attaquer, au plus vite, à tous les problèmes qui « plombent » depuis des années le pays, le chômage, l’insécurité, l’Ecole, le manque de logements, etc. Sans parler, bien sûr, des déficits.
Mais ce qui frappe dans tous ces projets qu’on nous jette en pâture, c’est leur complexité, autant dire leur irréalisme. Prenons les deux dernières idées.
Le principe du Contrat de génération (« la grande idée » du candidat Hollande) est d’inciter les entreprises à embaucher en CDI des jeunes au chômage tout en gardant des « vieux » qu’elles allaient mettre en pré-retraite.
Sur le papier, l’idée est séduisante puisque les jeunes et les seniors sont les plus durement touchés par le chômage. 25% des jeunes de moins de 25 ans et 60% des plus de 57 ans sont au chômage.
Mais, dans les faits, combien de patrons auront-ils besoin, envie, ou même les moyens de salarier à la fois un « tuteur » fatigué et au bout du rouleau et un « apprenti » ignorant tout du métier ? En pleine crise et alors que beaucoup d’entre elles sont obligées, faute de commandes, de réduire leurs effectifs, les entreprises n’ont guère la possibilité de se transformer en centres de formation, moitié maison de retraite, moitié école d’apprentissage. Ecrasées de charges, les entreprises ont besoin de crédits pour innover et trouver de nouveaux clients, pas d’augmenter leur masse salariale, même si on leur fait miroiter quelques petits avantages fiscaux pour peu qu’elles se montrent émues par le sort des plus jeunes et des plus anciens.
Mais surtout comment l’administration pourra-t-elle gérer ce dispositif ? Combien de fonctionnaires faudra-t-il pour contrôler ces embauches, ces maintiens dans l’emploi, ces formations sur le tas ? Ces Contrats de génération sont une usine à gaz.
Ajoutons que le gouvernement rêve de 500.000 Contrats de génération en cinq ans, 100.000 par an, ce qui coûtera tout de même la bagatelle de 2,5 milliards par an.
La tarification « progressive » de l’énergie est une autre usine à gaz. L’augmentation du prix du gaz et de l’électricité est devenue un grave problème pour les défavorisés. C’est ce qu’on appelle désormais « la précarité énergétique ». Le projet du gouvernement prévoit qu’on facture, pour chaque foyer, les prix de l’énergie en fonction de l’importance du foyer, de la région, et selon différents niveaux de consommation.
Là encore, on peut, sur le papier, trouver le système astucieux. Plus on consomme, plus on paie ; plus la famille est nombreuse, moins elle paie ; et on a davantage besoin de se chauffer à Lille qu’à Marseille (si ce n’est que la climatisation est plus utile dans le sud que dans le nord et que l’eau chaude est pratiquement aussi indispensable un peu partout).
Mais là encore, on se demande comment EDF et GDF pourront bien gérer et contrôler ces nouvelles factures… à la tête du client.
Le problème du chômage est simple : nos entreprises licencient, ferment ou se délocalisent parce qu’elles n’ont plus de clients car les produits qu’elles proposent sont trop chers et pas assez innovants. Il faut donc, de toute urgence, alléger leurs charges et leur permettre d’investir. Tout le reste n’est que « foutaises ».
Le problème de la précarité énergétique est tout aussi simple. Les prix de l’électricité, du gaz (et du fuel) sont trop chers. Il faut donc les baisser sans oublier que les victimes de cette précarité bénéficient déjà de nombreuses aides de la collectivité.
Créer des usines à gaz pour « enfumer » les problèmes derrière des rideaux opaques de textes, de règlements, de grilles, est un vieux principe des technocrates, surtout quand ils sont de gauche. Cela occupe les ronds-de-cuir mais n’a jamais réglé le moindre problème.
On est content que François Hollande se mette à travailler mais il est dommage qu’il commence par inaugurer des usines à gaz.

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