François Hollande a fait, hier, ses débuts devant l’Assemblée générale des Nations-Unies. Il est vraisemblable que les chefs d’Etat qui l‘ont écouté ont dû avoir la même réaction que les Français quand il leur avait annoncé que la courbe du chômage serait inversée dans un an. Ce type ne connait pas ses dossiers ou alors il se fout carrément de nous.
Le président français a, en effet, suggéré, hier, d’envoyer des troupes en Syrie pour protéger « les zones libérées » par les rebelles anti-Assad et d’en envoyer d’autres au Mali pour chasser les Islamistes qui sont devenus maitres de tout le nord du pays.
Si tout le monde s’indigne des massacres perpétrés depuis des mois contre les populations civiles par les fidèles du dictateur syrien et si tout le monde s’inquiète des succès des hommes d’Al Qaïda au Maghreb Islamique au Mali, les deux idées d’Hollande sont totalement farfelues, pour ne pas dire irresponsables.
En Syrie, l’ONU ne pourra jamais rien faire puisque Moscou et Pékin, deux membres permanents du Conseil de Sécurité, soutiennent à bout de bras le régime d’Assad, d’abord, pour des raisons géostratégiques, ensuite, parce que ni les Russes ni les Chinois n’ont pas oublié que les Occidentaux les avaient roulés dans la farine à propos de la Libye et, enfin, parce que, dans les deux capitales, on est persuadé qu’une victoire des rebelles donnerait le pouvoir à des Islamistes et ferait explosé le baril de poudre du Proche-Orient.
Pratiquement, d’ailleurs, l’idée de protéger les « zones libérées » est absurde. Ces zones libérées sont fluctuantes de jour en jour, d’heure en heure, et mettre des troupes pour les protéger exposerait ces troupes, en première ligne, aux attaques des unités régulières d’Assad. Les forces « tampons » ne peuvent exister qu’entre deux belligérants d’accord pour une trêve. Ce n’est pas le cas en Syrie.
Pour ce qui est du Mali, c’est tout aussi irréaliste. Hollande voudrait que l’ONU donne mandat à une force africaine pour aller récupérer le nord du pays et promet alors que la France apportera une aide logistique à ces troupes africaines.
Pensant à nos otages que détient l’AQMI, Hollande ne veut pas qu’il y ait de soldats français à terre. S’imagine-t-il une seule seconde que les Islamistes feront un distinguo entre des troupes au sol et un appui aérien ? Il est évident qu’en intervenant au Mali, même pour un simple appui logistique, nous sacrifierions nos otages.
Mais ce n’est pas tout. Hollande ignore l’histoire et la géographie. Il ne sait pas que, depuis des décennies, toutes les opérations lancées par des Occidentaux contre des maquisards, des rebelles ou des terroristes ont lamentablement échoué. Du Vietnam à l’Afghanistan. On ne lui a pas rappelé que toutes les interventions menées par des forces panafricaines avaient tourné au désastre. Enfin, il n’a aucune idée de ce qu’est le Sahel.
Les hasards de ma vie professionnelle m’ont fait passer des mois avec les rebelles toubous, au Tibesti, dans le nord du Tchad. Autant dire les mêmes guerriers dans le même désert. L’armée française elle-même les pourchassait depuis des années avec ses meilleures unités, des chars et de l’aviation. Jamais l’armée française n’a pu venir à bout, dans ce paysage lunaire, de ces quelques centaines de preneurs d’otages (ils avaient capturé Françoise Claustre, Marc Combe et le commandant Galopin qu’ils assassinèrent) et bandits de grands chemins. Leur chef, Hissein Habré, finit par prendre le pouvoir à N’Djamena et fut reçu à Paris avec tous les honneurs dus à un chef d’Etat.
Il faut s’être un peu promener dans ces déserts pour comprendre que les meilleures armées du monde ne peuvent que s’y ensabler dans les dunes.
Hollande a tort de se mettre, lui aussi, à jouer les fanfarons et les va-t-en-guerre. Mais, aujourd’hui, les Français lui reprochent davantage le trois-millionième chômeur officiel que ses rodomontades onusiennes qui l’ont un peu ridiculisé à la face du monde.

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