Certains ont beaucoup reproché à la presse d’avoir « fusillé à bout portant » Nicolas Sarkozy pendant tout son quinquennat. C’est très excessif. De nombreux journaux, du Figaro au Point en passant par l’Express ou, a fortiori, Valeurs Actuelles, sont restés d’une courtisanerie à toute épreuve à l’égard du président au pouvoir, pendant ces cinq ans.
On exagère d’ailleurs bien souvent l’importance de la presse. Il ne faudrait pas oublier que la plupart des éditorialistes ont joué Poher en 1969, Chaban en 1974, Giscard en 1981, Chirac en 1988, Balladur 1995 et Jospin en 2002, preuves s’il en était besoin à la fois de leur manque de lucidité et du peu d’influence qu’ils peuvent avoir sur leurs lecteurs.
De nos jours et depuis longtemps déjà, la presse a beaucoup moins d’importance dans le choix des électeurs que les instituts de sondages qui, prétendant être représentatifs de l’opinion, la façonnent plus ou moins à leur guise ce qui ne les empêche pas, bien sûr, de se tromper, eux aussi, allègrement.
Cela dit, jamais sans doute la presse ne s’était mise à tirer au canon lourd avec une telle unanimité contre un président en début de mandat. On dit que la presse est de gauche mais, cette semaine, le Nouvel Observateur titrait « Sont-ils nuls ? », Marianne « Hollande secoue-toi, il y a le feu ! », Le Point « On se réveille ? », l’Express : « Et si Sarkozy avait eu raison ? »
Les hebdomadaires plutôt de droite, celui de Barbier et celui de Giesbert, sont presque moins cruels que ceux de gauche, le Nouvel Obs ou Marianne, qui avaient pourtant soutenu à bout de bras et sans aucune retenue la candidature de François Hollande.
Naturellement, les sondages montrent que l’état de grâce est terminé depuis belle lurette, les fameux cent premiers jours ont été perdus et on a l’impression que le navire dérive dans la tempête avec un capitaine hésitant, un second inexistant et un équipage prêt à s’entredévorer, à commencer par Montebourg et Moscovici ou Valls et Taubira, par exemple.
On attend avec impatience la prestation du président ce dimanche soir sur la première chaine. S’il y a peu de chance pour qu’il nous dise que Sarkozy avait raison, il va sûrement nous affirmer qu’il n’est pas « nul », qu’il sait qu’il y a « le feu », qu’il va « se secouer » et qu’il s’est « réveillé » dès le premier jour.
Mais on attend surtout la présentation du budget 2013. On pourra alors le juger sur pièces et voir comment un social-démocrate qui prétend jouer la concertation et la recherche du consensus peut faire face à une crise sans précédent.
Le candidat Hollande nous avait aussi dit qu’il comptait jouer sur « le retour de la confiance ». Malheureusement pour lui, les Français ne lui font déjà plus confiance.
Lui ont-ils d’ailleurs jamais fait confiance ? Ils l’ont élu parce qu’ils ne voulaient plus de « l’autre » et que la droite détenait sans partage le pouvoir depuis dix ans avec les résultats que l’on sait. Contrairement à tous ses prédécesseurs, Hollande n’a suscité aucun enthousiasme, même parmi les militants du PS qui, si la primaire avait été « fermée », auraient sans doute pu désigner Martine Aubry comme candidate à la présidentielle.
Hollande, il faut le lui reconnaitre, n’a d’ailleurs pas cherché à déclencher la passion, limitant son programme et ses promesses au strict minimum et adoptant résolument l’attitude de la « normalité » la plus banale.
Quand on la joue modeste, on ne peut même pas décevoir. Hollande ne déçoit pas mais il apparait totalement nu sur son trône, les bras ballants et le sourire figé. La presse unanime l’a souligné cette semaine.
C’est désormais haro sur le baudet.

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