Plusieurs millions de Français attendaient, ce soir, devant leur poste de télévision, que François Hollande leur donne si ce n’est de bonnes nouvelles du moins des précisions sur la politique qu’il compte mener maintenant qu’il est au pouvoir.
Il faut reconnaitre que le président de la République n’a pas essayé de nous faire croire qu’il avait déjà sauvé le pays. Par moment, on avait presque l’impression qu’il noircissait le tableau comme à plaisir.
Il nous a annoncé tout de go que la croissance serait en 2012 « à peine supérieure à 0% » (le gouvernement prévoyait 0,3%) et qu’en 2013 elle ne dépasserait pas « 0,8% » (contre 1,2% annoncé). Et comme il lui faut trouver plus de 33 milliards pour boucler le prochain budget, il nous a prévenu, sans ménagement, que les impôts augmenteraient l’année prochaine de dix milliards pour les entreprises et d’autant pour les ménages. C’est ce qui s’appelle tenir un langage de vérité. On ne le lui reprochera pas.
Ce n’est qu’après que le chef de l’Etat a commencé à déraper.
D’abord, il nous a affirmé, avec une bonne dose de culot, que le gouvernement n’avait pas perdu son temps jusqu’à présent. Et d’évoquer l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire, celle (dérisoire) du SMIC, la baisse (symbolique) de l’essence et le lancement programmé des « Emplois d’avenir » et des « Contrats de génération ». En quatre mois, ce n’est tout de même pas beaucoup, surtout pour un début de quinquennat qui nous promettait que « le changement » était pour « maintenant ».
Ensuite, il nous a juré, les yeux dans les yeux, qu’il redresserait le pays… « en deux ans » ( !) et qu’il inverserait la courbe du chômage… « en un an »( !). François Hollande n’a pas encore compris qu’il n’était plus en campagne électorale et que si les Français sont toujours prêts à croire n’importe quoi d’un candidat, ils détestent que leur président les prenne pour des imbéciles. Qui pourrait croire une seule seconde que le pays sera « redressé » en 2014 et que le chômage se mettra à baisser l’année prochaine ?
Et puis il s’est enfoncé dans ses contradictions et ses incohérences.
Il prétend, sans rire, à la fois « redresser les comptes publics » et « relancer la croissance ». Or, il faut choisir, tout le monde le sait. C’est soit l’austérité en taillant, sans pitié, dans les dépenses et en augmentant, sans pudeur, les prélèvements obligatoires. Soit la croissance en facilitant les investissements des entreprises pour qu’elles retrouvent un minimum de compétitivité et en augmentant le pouvoir d’achat des citoyens pour relancer la consommation. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.
Il est d’ailleurs curieux que Hollande qui a répété (en vain) à Angela Merkel que la rigueur à outrance tuait la croissance et conduisait les pays à la catastrophe semble aujourd’hui croire qu’il pourrait mener de pair, en, France, ces deux politiques antinomiques.
Autre exemple d’incohérence, sa réforme du marché du travail. Il ne se rend pas compte qu’en nous déclarant froidement : « Les salariés doivent être mieux protégés et les entreprises davantage soutenues dans l’adaptation nécessaire à l’évolution économique », il ne peut que scandaliser sa gauche (et les syndicats) et apparaitre comme un plaisantin aux yeux de la droite et du patronat.
Soutenir les entreprises « dans l’adaptation nécessaire à l’évolution économique » cela s’appelle « la flexibilité ». C’est ce que réclame le Medef depuis des années mais cela n’a jamais pu être considéré par personne comme une meilleure protection des salariés.
Pour le reste, les spécialistes relèveront, sans doute, quelques petites premières reculades.
L’apôtre de la concertation, du dialogue social et de la recherche à tout prix du consensus nous a avoué, par exemple, que si « le compromis historique » (sur la réforme du marché du travail) n’était pas trouvé par les partenaires sociaux « avant la fin de l’année », « l’Etat prendrait ses responsabilités ». Autant dire qu’il commence à ouvrir les yeux et qu’il ne se fait plus guère d’illusions sur les chances de grandes retrouvailles entre Laurence Parisot et Bernard Thibault à propos de cette flexibilité.
Même petite Inflexion à propos de la gouvernance. Certes, Jean-Marc Ayrault n’est pas « un collaborateur » comme l’avait été Fillon auprès de Sarkozy, mais Hollande affirme désormais qu’il est lui-même « en première ligne », que c’est lui qui « fixe le cap » et que son Premier ministre doit se contenter « d’animer, de coordonner et de mettre en oeuvre ». Comme aurait dit Chirac, le président décide, l’autre exécute, ce qui est d’ailleurs non pas dans la Constitution mais dans l’esprit de la Vème République.
Il va être intéressant de lire demain matin les commentaires de nos éditorialistes et, plus encore, de découvrir, dans quelques jours, les sondages pour voir si, en disant n’importe quoi, sur un ton qui devient de plus en plus pontifiant, le président a réussi à remonter un peu dans l’opinion.

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