Jean-Marc Ayrault veut « rassurer les Français », ce soir, à la télévision, au cours de l’émission « Des paroles et des actes ». Le titre de l’émission est évidemment effroyable pour le Premier ministre car les Français en ont assez des paroles et exigent maintenant des actes.
Les socialistes sont au pouvoir depuis plus de quatre mois. Ils ne peuvent plus nous raconter qu’ils découvrent avec stupéfaction une situation pire que celle qu’ils avaient imaginée ni même continuer à nous dire que tout est de la faute de leurs prédécesseurs. Ce sont maintenant de grands garçons qui sont entrés dans la vie active et quoi doivent s’assumer.
Il y a un mois, François Hollande nous jurait ses grands dieux qu’il saurait inverser la courbe du chômage en un an. Il ne lui reste donc plus que onze mois.
Or, hier, on a appris que la barre des 3 millions de chômeurs venait d’être franchie (4,5 millions si on a l’honnêteté de compter toutes les catégories de sans-emplois) et les experts de l’OFCE nous ont annoncé que le chômage atteindrait les 11% à la fin de 2013.
Ce matin, Libération révélait qu’Arcelor-Mittal avait bel et bien décidé de fermer définitivement les hauts-fourneaux de Florange, Le Figaro publiait une interview de Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, qui déclarait : « Le marché automobile va chuter de 8% en 2012 et nous ne voyons pas d’amélioration pour l’année prochaine. Nous avons un problème de coût du travail et avons besoin de flexibilité » alors que Les Echos publiait une interview de Philippe Varin, PDG de PSA, qui déclarait, lui : « La situation actuelle n’est pas tenable. Il est évident qu’un certain nombre d’usines vont fermer ».
Comment, dans un contexte pareil, Ayrault pourrait-il rassurer les Français ? Ce n’est plus l’heure des paroles, des promesses, de la pommade. Il est Premier ministre, il doit donc maintenant passer aux actes.
Jusqu’à présent, il s’est contenté de nous parler de nos déficits et de notre dette et de nous annoncer des augmentations d’impôts. 20 milliards supplémentaires (qui ne seront d’ailleurs pas suffisants), répartis entre les entreprises et les particuliers. Ce n’est plus de la rigueur, c’est de l’austérité, même si les deux mots sont toujours proscrits.
Hollande nous avait dit qu’il refuserait cette austérité exigée par le traité budgétaire signé par Sarkozy et imposé par Angela Merkel, car, selon lui, elle tuerait tout espoir de croissance et conduirait à la catastrophe. Il s’était fait fort de renégocier le traité et d’y faire ajouter un volet « croissance ». Mais, finalement, le nouveau président a dû avaler son chapeau et ce volet n’est plus qu’un vague post-scriptum symbolique. Il est évident que le budget 2013 qui va être adopté et qui commencera à respecter les règles du traité va réduire encore la consommation et paralyser les investissements, ce qui asphyxiera toute croissance.
Les Français auxquels va s’adresser, ce soir, le Premier ministre sont évidemment conscients des problèmes de la dette et sans doute partisans de la fameuse règle d’or, totalement méprisée pendant plus de trente ans par tous nos gouvernements. Ils ne veulent pas laisser à leurs enfants et petits-enfants comme seul héritage une dette abyssale. Mais, quand on est en train de se noyer dans une tempête épouvantable, on ne pense pas à sa descendance, on pense, égoïstement, à sa propre survie.
Comment Ayrault pourrait-il convaincre les millions de chômeurs, les millions de Français qui savent qu’ils vont, à leur tour, eux aussi, basculer dans le chômage et tous nos compatriotes qui voient leurs revenus dégringoler qu’il faut se serrer davantage encore la ceinture pour préserver l’avenir, calmer les marchés et plaire aux agences de notation ?
Ayrault veut faire de la pédagogie (c’est son grand mot) et nous dorer la pilule mais son traitement de choc risque bien de tuer le malade.
Hollande nous avait promis « le changement ». Certains, une majorité, l’avaient cru « sur parole ». Et dans les « actes », on s’aperçoit qu’il fait comme les autres, il augmente les impôts pour tenter de boucher un trou sans fond. Pas d’idées neuves, pas de vision, pas d’ambition. On comprend la chute dans les sondages. Les Français s’aperçoivent que ce président est si « normal » qu’il en est épouvantablement médiocre.
Et ce n’est pas ce malheureux Premier ministre qui n’a vraiment rien d’époustouflant ni même d’enthousiasmant qui va nous rassurer, ce soir, en nous faisant croire que « tout va très bien Madame la Marquise », que « les signaux vont passer au vert », qu’on va voir « le bout du tunnel » et qu’il suffit de faire « un petit effort passager ». Ombre d’un chef de l’Etat à court d’idées et déjà au bout du rouleau, il ne peut jouer que les syndics de faillite.

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