François Hollande affirme qu’il tiendra toutes ses promesses électorales et notamment qu’il imposera bien à 75% les revenus supérieurs à un million d’euros. On verra.
Ce qui est sûr c’est que Bernard Arnault ne croit sans doute pas aux rumeurs qui circulent depuis plusieurs jours à Bercy, qu’ont reprises hier Le Figaro et les Echos (journal qui appartient à Arnault) et selon lesquelles l’Elysée et Matignon auraient décidé de lever un peu le pied dans leur chasse aux riches.
Arnault vient de demander la nationalité belge aux autorités de Bruxelles qui ont fait savoir que son cas allait être étudié avec soin, au milieu de 47.000 autres demandes du même genre. Arnault possédant déjà une résidence en Belgique et y ayant de nombreux intérêts, il est vraisemblable que le royaume lui accordera rapidement un passeport et tous les avantages allant avec.
Ce matin, Arnault a fait savoir qu’il n’avait demandé que de bénéficier de la double nationalité, franco-belge, et qu’il entendait rester français et contribuable français. Personne n’est tout à fait dupe de cette mise au point et s’il souhaite rester français on ne voit pas pourquoi Arnault voudrait aussi devenir belge…
Or Bernard Arnault n’est pas n’importe qui. Polytechnicien et empereur incontesté du luxe, le patron de LVMH est la 1ère fortune de France, la 1ère fortune européenne et la 4ème fortune mondiale, avec un patrimoine évalué à 41 milliards de dollars.
Arnault n’a jamais caché ses préférences politiques. En 1981, au lendemain de la victoire de François Mitterrand, il avait (déjà) émigré et c’était vers les Etats-Unis. Il a été le témoin de mariage de Nicolas Sarkozy lorsque celui-ci a épousé Cécilia et il était, naturellement, à la fameuse soirée du Fouquet’s en 2007. Si Hollande n’aime pas les riches, le plus riche des Français ne porte sans doute pas Hollande dans son cœur.
On dira qu’en voulant ainsi fuir à court terme la France socialiste pour des raisons, évidemment, fiscales, le bonhomme démontre qu’il est « un mauvais Français » et que cette prévisible désertion n’est pas une catastrophe nationale.
Pas si sûr. D’abord, on peut se demander si « le plus mauvais Français des deux » est le milliardaire qui n’en peut plus et qui s’apprête à « foutre le camp » ou le chef de l’Etat qui, pour des raisons idéologiques et démagogiques, veut persécuter les créateurs d’empires économiques qui assurent le peu qui reste du prestige de notre pays. Chacun le sait, aux yeux du monde, la France ne brille plus que dans deux derniers domaines : la mode et les grands vins. Or, Arnault, c’est à la fois Dior et un grand nombre d’autres « griffes » prestigieuses et la plupart de nos plus belles étiquettes de Champagne ou de Bordeaux.
Ensuite, il est évident que cette semi-fuite vers Bruxelles est un symbole, c’est-à-dire un signal pour ne pas dire un exemple que d’autres pourraient bien avoir envie de suivre.
A Londres mais aussi à Genève, on a l’habitude de dire que la ville s’est enrichie grâce aux Français à trois reprises : lors de la révocation de l’Edit de Nantes, lors de la Révolution française et en 1981, lors de l’arrivée au pouvoir des socialistes. David Cameron a d’ailleurs implicitement évoqué ces trois souvenirs historiques en déclarant qu’il était prêt à « dérouler le tapis rouge » pour les Français qui voudraient fuir les persécutions fiscales que préparait Hollande.
Hollande a décrété sa chasse aux riches pour trouver de l’argent et au nom de la « justice ». Les Français qui détestent les riches tout en espérant, trois fois par semaine, gagner au loto ont applaudi. Ils avaient oublié qu’à force de faire « cracher les rupins au bassinet » on finissait par les écoeurer et les faire partir, ce qui est toujours très ennuyeux quand on parle de redressement productif et qu’on est donc à la recherche d’investisseurs.
En voulant devenir franco-belge, le plus riche des Français lance un avertissement, pour le moment sans frais, au chef de l’Etat.
Appauvrir les riches n’a, hélas, jamais enrichi les pauvres, mais les faire fuir a toujours ruiné un pays. Quand on veut faire la guerre au chômage et aux déficits, on a besoin du nerf de la guerre, même si on déteste les riches et le monde de la finance.

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