Archives par moisseptembre 2012



Hollande serait-il machiavélique ?

La formation d’un gouvernement est toujours un exercice difficile. Sur le coup, les observateurs relèvent le nombre de femmes présentes dans l’équipe, les tendances représentées, les circonscriptions d’origine de chacun, voire la moyenne d’âge. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’on commence à comprendre pourquoi un tel ou untel a été choisi par le président-souverain et placé ici ou là.
Avec le gouvernement Ayrault, on avait tout de suite vu que le président « normal » s’était choisi un Premier ministre encore plus « normal » que lui, c’est-à-dire encore plus fade, ce qui lui garantissait que son vizir ne lui ferait jamais d’ombre.
Mais on s’était étonné de quelques nominations inattendues. D’abord, celles de deux de ses anciens rivaux lors des primaires de la gauche : Montebourg et Valls. La chose était d’autant plus étonnante que Montebourg, le chantre de la dé-mondialisation, était nommé au « Redressement productif », donc en première ligne de la mondialisation et que Valls qui s’était illustré avec un discours qui pouvait rappeler les meilleurs ténors de la droite dure était envoyé Place Beauvau.
Surprenante aussi, la nomination du « vieux » Fabius, apôtre du « non » au Traité constitutionnel européen, qui recevait le Quai d’Orsay alors qu’il était évident que le quinquennat allait être dominé par les affaires européennes.
Enfin, on souriait de voir que Cécile Duflot, la madone des Ecologistes, n’avait pas droit au ministère de l’Ecologie mais était expédiée au Logement.
Aujourd’hui, on comprend peut-être mieux. Hollande a tout appris de François Mitterrand-le-florentin lequel avait nommé à Matignon son ennemi juré Michel Rocard pour le tuer sur pied et sur place.
Et si Hollande n’avait pas choisi ses ministres pour former une équipe soudée, cohérente et capable d’affronter les pires difficultés mais avec la seule idée d’éliminer, plus ou moins à petit feu, d’éventuels rivaux pour 2017 ?
Montebourg avec son grand sourire carnassier et qui n’a rien compris au scénario est déjà vitrifié. Les ouvriers qui ne lui pardonneront jamais ses rodomontades grotesques le conspuent. Un de moins. Valls qui joue les super-Pasqua et qui donc est déjà sifflé par toutes les associations de bobos droits-de-l’hommistes, est mort à gauche. Deux de moins.
Fabius qui avait tendance à vouloir, faute de mieux, jouer les sages donneurs de leçons est réduit au silence et doit faire mine de soutenir le Traité budgétaire européen. Il va se déconsidérer au fil des mois tant il va devoir avaler, tout sourire, les pires des couleuvres.
Cécile Duflot qui s’accroche à son Logement et plus encore à l’hôtel particulier de son ministère doit faire des acrobaties pour expliquer qu’elle est solidaire à la fois du gouvernement et de ses amis d’Europe-Ecologie-les-Verts, donc à la fois « pour » et « contre » ce Traité budgétaire. A force de faire le saut de l’ange, elle va finir, avant longtemps, par rater son trapèze et par s’écraser sur la piste.
On dira que rien ne prouve un tel machiavélisme de la part du chef de l’Etat. Certes. Si ce n’est qu’à l’usage on ne voit vraiment pas pourquoi Hollande aurait nommé tous ces adversaires qui le détestent et qu’il ne porte pas dans son cœur à des postes importants auxquels rien ne les prédestinait. Sauf à vouloir justement les assassiner.
Si cette hypothèse florentine se confirmait, les politologues applaudiraient, sans doute, à la performance du Président. L’ancien premier secrétaire du PS manierait encore mieux que son maître de jadis la dague, les philtres, les coups fourrés, les coups bas et les coups de… Jarnac.
Le problème est que la France, aujourd’hui, n’a pas besoin d’un Machiavel. Que le monarque se délecte en envoyant ses éventuels rivaux au casse-pipe est classique mais sans intérêt.
En attendant, les usines que Montebourg devaient sauver ferment les unes après les autres, le retour à la sécurité que nous promettait Valls se fait de plus en plus attendre, à Marseille comme ailleurs, ce qui ne l’empêche pas de chasser le Rom aussi bien que ceux que, jadis, il qualifiait de « fascistes », Fabius rigole, dans le bureau de Vergennes, en voyant l’Europe sombrer corps et biens et Cécile Duflot ridiculise le gouvernement tout en se ridiculisant elle-même.
Personne ne peut croire que cette équipe tiendra cinq ans et Martine Aubry attend dans son beffroi lillois.

30 Sep 2012 | Comments (4)

Les imposteurs démasqués

Hier, à Florange, Arnaud Montebourg s’est fait huer par les métallurgistes d’Arcelor-Mittal qui ont fini par comprendre qu’il s’était payé leurs têtes en leur racontant que l’Etat n’accepterait jamais la fermeture de leurs hauts-fourneaux. Aujourd’hui, porte de Versailles, devant le Mondial de l’automobile, le nom du ministre du « Redressement productif » (sic !) a été conspué par les ouvriers de PSA qui ont fini par comprendre qu’il s’était moqué d’eux en leur affirmant que l’Etat n’accepterait jamais la fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois et le licenciement de 8.000 salariés.
Hollande, Ayrault et Montebourg ont capitulé aussi bien devant Lakshmi Mittal que devant Philippe Varin.
On ne peut pas le leur reprocher. Le gouvernement n’a strictement aucun pouvoir pour empêcher des patrons de fermer une usine et de licencier puisqu’il n’a aucun moyen pour obliger des clients à acheter des voitures ou de l’acier. Et, même si le gouvernement socialiste nationalisait Arcelor et Peugeot-Citroën, cela ne changerait rien aux lois du marché.
Ce qu’on peut reprocher à Montebourg et à ses supérieurs c’est d’avoir voulu faire croire à tous ces ouvriers affolés que le gouvernement avait des recettes-miracles pour les sauver du drame du chômage et que, par un coup de baguette magique, il allait faire renaitre l’industrie automobile française et la sidérurgie lorraine. C’était, évidemment, de l’imposture et la réalité n’a pas mis longtemps pour démasquer les imposteurs.
Demain, l’extrême-gauche (le Parti communiste, le Parti de Gauche de Mélenchon, les amis de Besancenot et quelques autres) va manifester à Paris contre le Traité européen budgétaire mais aussi contre la politique d’austérité qui en découle. Beaucoup de salariés menacés par des plans de licenciement actuels se joindront sans doute au cortège et il sera intéressant de voir si les Ecologistes qui ont annoncé qu’ils voteraient contre ce traité seront, eux aussi, descendus dans la rue.
Tout risque bien de commencer à se gâter pour Hollande et ses copains. Les sondages le font sentir. L’automne pourrait être brûlant. Nous n’en sommes pas encore à avoir des manifestations violentes comme en Grèce ou en Espagne mais, les mêmes causes provoquant les mêmes effets, on peut redouter que tout ne dégénère rapidement chez nous aussi, quand les Français réaliseront ce que ce budget 2013 va leur imposer comme sacrifices. Et, même si, selon Hollande, Ayrault, Moscovici et Cahuzac, ils seraient les seuls victimes de l’austérité, ce ne seront pas Arnault et ses amis du CAC40 qui descendront dans la rue.
Tous les Français reconnaissent qu’il faut rétablir nos comptes et qu’il n’est plus possible de continuer la fuite en avant des déficits. Mais ils savent tous aussi -et même ceux qui n’ont pas fait l’ENA- que, sans un minimum de croissance, le pays va crever sur place parce que le chômage va exploser davantage encore et que donc les recettes vont encore diminuer et les dépenses encore augmenter. Or, la croissance exige un minimum de consommation et un peu d’investissement et le budget que nous présente Ayrault massacre tout espoir d’une reprise de la consommation de ménages et d’un redémarrage des investissements des entreprises.
La politique est un art difficile. Il faut savoir ménager la chèvre et le chou, le possible et le souhaitable, le présent et l’avenir, la rigueur et la croissance et surtout ne jamais tuer le malade pour qu’il meure en bonne santé.
Hollande a toujours récusé les mots « rigueur » et « austérité ». Mais ce budget 2013 n’est ni de la rigueur ni de l’austérité. C’est un assassinat de notre économie fomenté par des amateurs qui cachent leur incompétence avec une imposture en racontant qu’ils ne s’en prennent qu’aux riches. Ils s’en prennent en fait aux deux « mamelles » de la croissance, cette fameuse consommation et ces fameux investissements.
Là encore, bien vite, ils vont être démasqués car –du moins on peut l’espérer- les Français ne vont pas vouloir qu’on leur porte ainsi le coup de grâce. Ils savent que, pour s’en sortir, il leur faudrait un minimum d’oxygène, or, les technocrates de la rue Solferino veulent les étouffer sous l’oreiller.

29 Sep 2012 | Comments (8)

Les Roms, la carence de l’Etat et l’anarchie

Des habitants des quartiers nord de Marseille ont chassé des Roms qui s’étaient installés au pied de leurs immeubles. La sénatrice socialiste, maire de ces arrondissements, Samia Ghali, s’est refusée « à condamner ou à cautionner » ses électeurs mais a dit les « comprendre ». C’était déjà elle qui avait demandé, il y a quelques semaines, qu’on envoie l’armée faire la chasse aux dealers dans ces mêmes zones de non-droit. Le sénateur-maire UMP de Marseille, Jean-Claude Gaudin a, lui, vigoureusement condamné cette opération.
Gaudin a parfaitement raison. C’est aux forces de l’ordre, et à elles seules, d’intervenir dans ce genre de situation. Dans un Etat de droit, les citoyens n’ont pas à faire la police eux-mêmes et les « milices » sont évidemment inacceptables.
Cela dit, quand les autorités ont été maintes fois averties d’un vrai problème et que, par peur du qu’en-dira-t-on, elles n’ont rien fait, on peut « comprendre » que les « braves gens » finissent pas être excédés et par vouloir régler eux-mêmes les choses. Ils ont tort mais ce sont, bien sûr, les autorités qui, par leur passivité, sont les premières responsables de ces débordements inadmissibles.
Le problème des Roms est insoluble. Citoyens européens, ils ont maintenant le droit de circuler, chez nous, en toute liberté. Nomades par tradition, ils refusent de se sédentariser. Ne pouvant guère trouver d’emploi, ils sont soupçonnés, parfois à juste titre, de tous les larcins commis aux alentours de leurs campements.
L’Europe a envoyé des sommes très importantes à la Roumanie et à la Bulgarie, leurs pays d’origine, pour que ces deux gouvernements leur offrent des conditions de vie plus acceptables et qu’ils cessent d’émigrer massivement. Visiblement, ces millions ont été détournés par Bucarest et Sofia et les Roms sont toujours victimes d’un profond racisme chez eux où on les traite en parias.
On peut accuser les Roumains et les Bulgares de maltraiter leurs concitoyens Roms, l’Europe d’avoir ouvert nos frontières à tout vent et nos propres concitoyens de ne pas souhaiter avoir pour voisins ces étranges étrangers inquiétants, il n’en reste pas moins que quelques dizaines de milliers de « Romanichels », comme on disait autrefois, déambulent de bidonvilles en banlieues pourries à travers la France et que chaque fois que Manuel Valls fait, comme ses prédécesseurs, détruire un campement illégal, ce campement se reconstitue quelques centaines de mètres plus loin.
Ce problème n’est, certes, que marginal. Mais il souligne, si besoin en était, l’impuissance du « pouvoir » en face de certaines réalités. Pas plus qu’Arnaud Montebourg, malgré tous ses moulinets, ne va pouvoir sauver les emplois chez PSA Aulnay ou chez Arcelor-Mittal, Manuel Valls, malgré toute sa « bonne » volonté, ne va pouvoir régler le dossier Roms.
Lionel Jospin avait dit un jour que l’Etat ne pouvait pas « tout ». Hollande va bientôt constater que l’Etat ne peut « rien » en face de la plupart des vrais problèmes.
Ce qui est révélateur dans cette affaire marseillaise (qui pourrait bien se reproduire ailleurs avant longtemps) c’est que, devant cette impuissance de l’Etat, des citoyens aient décidé de régler eux-mêmes leur problème. La carence de l’Etat peut provoquer le début de l’anarchie.

29 Sep 2012 | Comments (3)

Un fieffé menteur

Les Français savaient qu’il était insipide et sans saveur, ils ont appris, hier soir, qu’en plus Jean-Marc Ayrault était un fieffé menteur.
Pendant plus de deux heures d’horloge, tout au long de l’émission « Des paroles et des actes », et avec un culot stupéfiant, le Premier ministre nous assené une incroyable suite de contre-vérités.
Oui, nous a-t-il juré, les yeux dans les yeux, « une croissance de 0,8% est une hypothèse réaliste ». Tous les experts sérieux estiment que 0,3% serait déjà inespéré. Oui, a-t-il continué, le gouvernement « va ramener le déficit public à 3% en 2013 ». Ca ne tient pas debout et la France fait déjà partie des pays qui tentent de négocier à Bruxelles des délais pour arriver à ce retour à la normale. Et, comble du comble, il nous a affirmé : « 9 Français sur 10 ne seront pas touchés par les hausses d’impôts » alors que la refiscalisation des heures supplémentaires, pour ne citer qu’un seul exemple, va toucher 9 millions de salariés. Qui pourrait d’ailleurs croire qu’une augmentation de 10 milliards des prélèvements obligatoires sur les ménages ne concernerait que « les riches » ?
Ayrault a reconnu, du bout des lèvres, que François Hollande y avait été un peu fort en nous promettant qu’il inverserait la courbe du chômage « dans un an ». Moins affirmatif que son chef, le Premier ministre se contente de dire « On fera tout pour réussir. Il est important de se fixer des objectifs ambitieux ». Ce n’est donc plus une certitude mais un simple objectif. De même, Ayrault a reconnu qu’Hollande n’avait pas vraiment, comme il s’y était engagé, renégocié le traité budgétaire européen, imposé par Angela Merkel et signé par Sarkozy, mais qu’il avait tout de même… « fait bouger les lignes », ce qui ne veut strictement rien dire.
Le Premier ministre sait mieux que personne (du moins on veut l’espérer) que la croissance ne sera pas de 0,8%, que les 3% ne seront pas atteint l’année prochaine et que tous les Français vont être massacrés par les nouvelles mesures budgétaires. Pourquoi nous raconte-t-il des balivernes ?
Certes, il n’est pas le premier locataire de Matignon à prendre les Français pour des gogos et à tenter de rassurer les marchés en faisant preuve d’un optimisme délirant.
Mais les Français voient chaque jour leur situation et celle du pays se dégrader, leur niveau de vie dégringoler et les plans de licenciement se multiplier. Ils ont lu le programme du gouvernement et fait leurs comptes. Ils ont parfaitement compris que la fameuse tranche à 75% pour les plus fortunés n’était qu’un pitoyable gadget destiné à leur dorer la pilule terriblement amère. En même temps, ils ont entendu Vincent Peillon annoncer qu’il voulait recruter 60.000 nouveaux fonctionnaires (qu’il ne trouvera sans doute pas), ils ont vu les pitreries d’Arnaud Montebourg qui veut faire rendre gorge aux patrons, à commencer par Mittal. Tout cela leur semble incohérent et dérisoire. Quant aux marchés, Ayrault devrait savoir qu’on ne leur a jamais fait prendre des vessies pour des lanternes ni des propos d’estrade pour des garanties.
En mentant ainsi effrontément, Jean-Marc Ayrault s’est disqualifié. On était en droit d’attendre un langage de vérité et surtout une toute autre politique avec une vision claire et ambitieuse de l’avenir du pays.
Au lieu d’imaginer la place que pourrait avoir la France dans l’Europe de demain et au milieu de la mondialisation, au lieu de nous annoncer un vrai « changement » (qui s’impose) de toute notre vie économique et sociale, une révolution, en fait, pour nous éviter une mort programmée, Ayrault nous laisse simplement espérer que François Hollande sera candidat à sa propre réélection en 2017…
On nous avait présenté cette émission comme une session de « rattrapage » pour ce Premier ministre qui avait raté ses débuts. Il ne s’est même pas rattrapé aux branches.

28 Sep 2012 | Comments (4)

Des paroles et des actes

Jean-Marc Ayrault veut « rassurer les Français », ce soir, à la télévision, au cours de l’émission « Des paroles et des actes ». Le titre de l’émission est évidemment effroyable pour le Premier ministre car les Français en ont assez des paroles et exigent maintenant des actes.
Les socialistes sont au pouvoir depuis plus de quatre mois. Ils ne peuvent plus nous raconter qu’ils découvrent avec stupéfaction une situation pire que celle qu’ils avaient imaginée ni même continuer à nous dire que tout est de la faute de leurs prédécesseurs. Ce sont maintenant de grands garçons qui sont entrés dans la vie active et quoi doivent s’assumer.
Il y a un mois, François Hollande nous jurait ses grands dieux qu’il saurait inverser la courbe du chômage en un an. Il ne lui reste donc plus que onze mois.
Or, hier, on a appris que la barre des 3 millions de chômeurs venait d’être franchie (4,5 millions si on a l’honnêteté de compter toutes les catégories de sans-emplois) et les experts de l’OFCE nous ont annoncé que le chômage atteindrait les 11% à la fin de 2013.
Ce matin, Libération révélait qu’Arcelor-Mittal avait bel et bien décidé de fermer définitivement les hauts-fourneaux de Florange, Le Figaro publiait une interview de Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, qui déclarait : « Le marché automobile va chuter de 8% en 2012 et nous ne voyons pas d’amélioration pour l’année prochaine. Nous avons un problème de coût du travail et avons besoin de flexibilité » alors que Les Echos publiait une interview de Philippe Varin, PDG de PSA, qui déclarait, lui : « La situation actuelle n’est pas tenable. Il est évident qu’un certain nombre d’usines vont fermer ».
Comment, dans un contexte pareil, Ayrault pourrait-il rassurer les Français ? Ce n’est plus l’heure des paroles, des promesses, de la pommade. Il est Premier ministre, il doit donc maintenant passer aux actes.
Jusqu’à présent, il s’est contenté de nous parler de nos déficits et de notre dette et de nous annoncer des augmentations d’impôts. 20 milliards supplémentaires (qui ne seront d’ailleurs pas suffisants), répartis entre les entreprises et les particuliers. Ce n’est plus de la rigueur, c’est de l’austérité, même si les deux mots sont toujours proscrits.
Hollande nous avait dit qu’il refuserait cette austérité exigée par le traité budgétaire signé par Sarkozy et imposé par Angela Merkel, car, selon lui, elle tuerait tout espoir de croissance et conduirait à la catastrophe. Il s’était fait fort de renégocier le traité et d’y faire ajouter un volet « croissance ». Mais, finalement, le nouveau président a dû avaler son chapeau et ce volet n’est plus qu’un vague post-scriptum symbolique. Il est évident que le budget 2013 qui va être adopté et qui commencera à respecter les règles du traité va réduire encore la consommation et paralyser les investissements, ce qui asphyxiera toute croissance.
Les Français auxquels va s’adresser, ce soir, le Premier ministre sont évidemment conscients des problèmes de la dette et sans doute partisans de la fameuse règle d’or, totalement méprisée pendant plus de trente ans par tous nos gouvernements. Ils ne veulent pas laisser à leurs enfants et petits-enfants comme seul héritage une dette abyssale. Mais, quand on est en train de se noyer dans une tempête épouvantable, on ne pense pas à sa descendance, on pense, égoïstement, à sa propre survie.
Comment Ayrault pourrait-il convaincre les millions de chômeurs, les millions de Français qui savent qu’ils vont, à leur tour, eux aussi, basculer dans le chômage et tous nos compatriotes qui voient leurs revenus dégringoler qu’il faut se serrer davantage encore la ceinture pour préserver l’avenir, calmer les marchés et plaire aux agences de notation ?
Ayrault veut faire de la pédagogie (c’est son grand mot) et nous dorer la pilule mais son traitement de choc risque bien de tuer le malade.
Hollande nous avait promis « le changement ». Certains, une majorité, l’avaient cru « sur parole ». Et dans les « actes », on s’aperçoit qu’il fait comme les autres, il augmente les impôts pour tenter de boucher un trou sans fond. Pas d’idées neuves, pas de vision, pas d’ambition. On comprend la chute dans les sondages. Les Français s’aperçoivent que ce président est si « normal » qu’il en est épouvantablement médiocre.
Et ce n’est pas ce malheureux Premier ministre qui n’a vraiment rien d’époustouflant ni même d’enthousiasmant qui va nous rassurer, ce soir, en nous faisant croire que « tout va très bien Madame la Marquise », que « les signaux vont passer au vert », qu’on va voir « le bout du tunnel » et qu’il suffit de faire « un petit effort passager ». Ombre d’un chef de l’Etat à court d’idées et déjà au bout du rouleau, il ne peut jouer que les syndics de faillite.

27 Sep 2012 | Comments (4)

Hollande et ses rodomontades onusiennes

François Hollande a fait, hier, ses débuts devant l’Assemblée générale des Nations-Unies. Il est vraisemblable que les chefs d’Etat qui l‘ont écouté ont dû avoir la même réaction que les Français quand il leur avait annoncé que la courbe du chômage serait inversée dans un an. Ce type ne connait pas ses dossiers ou alors il se fout carrément de nous.
Le président français a, en effet, suggéré, hier, d’envoyer des troupes en Syrie pour protéger « les zones libérées » par les rebelles anti-Assad et d’en envoyer d’autres au Mali pour chasser les Islamistes qui sont devenus maitres de tout le nord du pays.
Si tout le monde s’indigne des massacres perpétrés depuis des mois contre les populations civiles par les fidèles du dictateur syrien et si tout le monde s’inquiète des succès des hommes d’Al Qaïda au Maghreb Islamique au Mali, les deux idées d’Hollande sont totalement farfelues, pour ne pas dire irresponsables.
En Syrie, l’ONU ne pourra jamais rien faire puisque Moscou et Pékin, deux membres permanents du Conseil de Sécurité, soutiennent à bout de bras le régime d’Assad, d’abord, pour des raisons géostratégiques, ensuite, parce que ni les Russes ni les Chinois n’ont pas oublié que les Occidentaux les avaient roulés dans la farine à propos de la Libye et, enfin, parce que, dans les deux capitales, on est persuadé qu’une victoire des rebelles donnerait le pouvoir à des Islamistes et ferait explosé le baril de poudre du Proche-Orient.
Pratiquement, d’ailleurs, l’idée de protéger les « zones libérées » est absurde. Ces zones libérées sont fluctuantes de jour en jour, d’heure en heure, et mettre des troupes pour les protéger exposerait ces troupes, en première ligne, aux attaques des unités régulières d’Assad. Les forces « tampons » ne peuvent exister qu’entre deux belligérants d’accord pour une trêve. Ce n’est pas le cas en Syrie.
Pour ce qui est du Mali, c’est tout aussi irréaliste. Hollande voudrait que l’ONU donne mandat à une force africaine pour aller récupérer le nord du pays et promet alors que la France apportera une aide logistique à ces troupes africaines.
Pensant à nos otages que détient l’AQMI, Hollande ne veut pas qu’il y ait de soldats français à terre. S’imagine-t-il une seule seconde que les Islamistes feront un distinguo entre des troupes au sol et un appui aérien ? Il est évident qu’en intervenant au Mali, même pour un simple appui logistique, nous sacrifierions nos otages.
Mais ce n’est pas tout. Hollande ignore l’histoire et la géographie. Il ne sait pas que, depuis des décennies, toutes les opérations lancées par des Occidentaux contre des maquisards, des rebelles ou des terroristes ont lamentablement échoué. Du Vietnam à l’Afghanistan. On ne lui a pas rappelé que toutes les interventions menées par des forces panafricaines avaient tourné au désastre. Enfin, il n’a aucune idée de ce qu’est le Sahel.
Les hasards de ma vie professionnelle m’ont fait passer des mois avec les rebelles toubous, au Tibesti, dans le nord du Tchad. Autant dire les mêmes guerriers dans le même désert. L’armée française elle-même les pourchassait depuis des années avec ses meilleures unités, des chars et de l’aviation. Jamais l’armée française n’a pu venir à bout, dans ce paysage lunaire, de ces quelques centaines de preneurs d’otages (ils avaient capturé Françoise Claustre, Marc Combe et le commandant Galopin qu’ils assassinèrent) et bandits de grands chemins. Leur chef, Hissein Habré, finit par prendre le pouvoir à N’Djamena et fut reçu à Paris avec tous les honneurs dus à un chef d’Etat.
Il faut s’être un peu promener dans ces déserts pour comprendre que les meilleures armées du monde ne peuvent que s’y ensabler dans les dunes.
Hollande a tort de se mettre, lui aussi, à jouer les fanfarons et les va-t-en-guerre. Mais, aujourd’hui, les Français lui reprochent davantage le trois-millionième chômeur officiel que ses rodomontades onusiennes qui l’ont un peu ridiculisé à la face du monde.

26 Sep 2012 | Comments (4)

Y a-t-il un racisme anti-Blanc?

Dans le livre qu’il vient d’écrire –« Manifeste pour une droite décomplexée »- Jean-François Copé dénonce ce qu’il appelle « le racisme anti-blanc » qui, selon lui, sévit dans certains quartiers difficiles. Et, maire de Meaux, ville difficile s’il en est, il en donne des exemples.
Copé est, évidemment, en pleine campagne électorale pour la présidence de l’UMP et, challenger de François Fillon qu’il tente de présenter comme un mollasson, candidat des quartiers élégants, il n’hésite pas à faire un peu de populisme et à taper fort, allant, par exemple, jusqu’à proposer qu’on impose un uniforme à nos collégiens.
Tout le monde a compris que ce duel Fillon-Copé allait se jouer sur la droitisation, ou non, de cette famille politique qu’on n’ose plus, depuis longtemps, appeler gaulliste. Pour gagner la prochaine présidentielle, Copé affirme déjà qu’il faut viser l’électorat du Front National, Fillon semble se contenter de celui des centristes. Le tout est de savoir si les militants de l’UMP qui, seuls, départageront les deux hommes opteront, ou non, pour cette radicalisation de leur mouvement.
Quoi qu’il en soit, en osant parler d’un « racisme anti-blanc », Copé fait preuve d’un courage évident et provocateur. Jusqu’à présent, seule, l’extrême-droite avait évoqué ce problème. Or, il est certain qu’aujourd’hui, dans notre pays, ce sont les Blancs qui sont les premières victimes du racisme. Il suffit de prendre le métro, de déambuler dans certains quartiers ou de traverser certaines banlieues pour s’en apercevoir.
Certes, ce racisme ne s’exprime pas (encore) par des actes violents, contrairement au racisme anti-juif ou anti-arabe. Certes, les Blancs ne sont pas victimes de la discrimination à l’embauche, contrairement aux Arabes ou aux Noirs. Mais, si les expressions de « sale Nègre ! » ou « sale Arabe ! » ont –heureusement- pratiquement disparu, on entend maintenant, de plus en plus souvent, des « sale Blanc ! » destinés à ceux qu’ils appellent « les Gaulois », notamment dans les quartiers où les dits-« Gaulois » deviennent minoritaires.
Comment s’en étonner ? Cela fait des années que tous nos dirigeants politiques, droite et gauche confondues, passent leur temps à répéter que les Blancs ont toujours eu tous les torts. Les Blancs ont colonisé la planète, pratiqué l’esclavagisme, mené (et perdu) des guerres coloniales, torturé en Algérie et ailleurs. Voilà pourquoi des jeunes, maghrébins ou africains, ayant souvent la nationalité française, sifflent la Marseillaise.
A cette repentance généralisée s’est ajoutée une soudaine admiration béate pour toutes les civilisations « exotiques ». A entendre certains de nos maitres à penser, la musique des Zoulous, les peintures des Toubous et les poèmes des Papous seraient infiniment supérieurs à tout ce qu’ont pu produire Mozart, Monet ou Baudelaire. On a même offert aux intéressantes collections ethnographiques du Musée de l’Homme un nouveau musée, Quai Branly.
Plus grave encore, nos législateurs ont officialisé un racisme dont seraient seuls coupables les Blancs et seules victimes les Noirs ou les Arabes (et les Juifs). L’incitation à la haine raciale n’est condamnée que si un Blanc s’en prend à un… non-Blanc. A force de répéter que les Blancs étaient racistes, il ne faut pas s’étonner que les autres le soient devenus. Tout comme, à force de rabâcher que la France était le pays de toutes les discriminations et de prôner une discrimination « positive », il était prévisible que certains finiraient par se sentir discriminés.
Or, si certains « Gaulois » s’inquiètent d’une immigration mal gérée (c’est le moins qu’on puisse dire), ils ne sont pas forcément racistes pour autant. Pendant des années, le deuxième personnage de l’Etat a été un Noir (Gaston Monnerville) sans que cela ne choque personne et, aujourd’hui, ces mêmes « Gaulois » adulent souvent des sportifs ou des artistes de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
Il ne faut pas confondre l’hostilité à l’immigration massive, la peur de l’islamisme fanatique et le racisme.
Le racisme anti-Blancs qu’il serait absurde de nier a, sans aucun doute, en grande partie, pour origine le dénigrement systématique de la France, de sa culture, de sa civilisation que les « Gaulois » eux-mêmes pratiquent ainsi que cette propension qu’ils ont à parler sans cesse de racisme et de discrimination.
Il serait grand temps que nos politiciens, notre Ecole, nos médias évoquent plus souvent les pages glorieuses de notre Histoire (car il y en a aussi) plutôt que ses heures les plus sombres et qu’on rappelle, un peu énergiquement, à « nos amis de couleurs » que le racisme est aussi intolérable contre les Blancs que contre les Noirs et que d’ailleurs ils ont été, semble-t-il, bien contents de venir chercher du travail, un peu de liberté et un peu de bien-être dans un pays majoritairement blanc, jusqu’à présent.
Une chose est sûre : il sera difficile de reprocher à un « Gaulois » qui aura été traité de « sale Blanc » d’être devenu raciste à son tour.
Copé a, sur ce point, parfaitement raison. Mais il va, sûrement, être trainé dans boue et c’est lui qu’on va accuser de racisme… Il est vrai qu’il a le défaut d’être blanc.

26 Sep 2012 | Comments (14)

Le cheval de Troie du Qatar et nos banlieues

Qu’après avoir acheté plusieurs de nos grands palaces, certaines de nos entreprises et même le PSG, le Qatar décide d’« investir » dans nos banlieues pose un problème et laisse entrevoir une réponse.
Cet état-croupion du Golfe n’est pas seulement une monarchie qui ne sait plus quoi faire des dollars que lui rapporte son gaz. C’est aussi une dictature sunnite qui, comme son grand voisin l’Arabie saoudite, tente de faire oublier son régime en se lançant dans une surenchère contre son ennemi traditionnel, l’Iran des ayatollahs, en subventionnant à coups de millions l’extrémisme islamiste. Ils ont financé les rebelles de Bengazi que nos dirigeants imaginaient démocrates et qui ont imposé la Charia. Ils arment les bandes terroristes affiliées à Al Qaïda qui sont désormais les maitres de tout le nord du Mali (et détiennent nos otages). Ils aident les rebelles syriens qui se battent contre le régime alaouite d’Assad aux cris de « Allah ou Akbar ! »
Il serait grand temps que nos dirigeants occidentaux finissent par comprendre que toutes ces monarchies du pétrole qu’ils considèrent comme des alliés indéfectibles sont, en fait, les grands pourvoyeurs de fonds de tous les groupes islamistes qui ont déclaré la guerre à l’Occident.
Pour tous ces potentats musulmans qui boivent de l’alcool, font la bringue sur la Côte d’Azur et envoient leurs enfants dans les meilleures universités américaines, financer les émules de Ben Laden leur donne bonne conscience et surtout leur permet d’espérer qu’ils n’auront pas à connaitre, à leur tour, le sort du Chah, de Ben Ali, de Moubarak ou de Kadhafi.
On nous raconte que le Qatar, sachant que ses réserves de gaz ne sont pas inépuisables, investit en Occident pour préparer son avenir. Mais à qui fera-t-on croire qu’investir dans nos banlieues est un bon placement ?
Il est évident qu’en déversant quelques dizaines de millions sur nos cités de non-droit, l’émir du Qatar ne cherche ni à gagner de l’argent ni à faire parler de son tout petit pays. Comme en Libye, au Mali ou en Syrie, il s’achète une conduite, joue de la solidarité islamique –ou plutôt islamiste- et espère calmer ainsi ceux qui, chez lui, pourraient vouloir faire vaciller son trône.
Si on le laisse faire, il va financer des associations qui, dans nos zones « pourries » à très fortes communautés musulmanes, font du « social ». C’est en créant des dispensaires, des écoles, des centres d’alphabétisation, des foyers d’aide aux plus défavorisés, de petits ateliers que les Islamistes ont réussi, partout, à recruter des adeptes, à convertir les foules, à tisser leur toile d’araignée.
Laisser les dollars du Qatar envahir nos banlieues ce n’est pas seulement reconnaitre notre déclin et notre incapacité à gérer nous-mêmes convenablement nos « quartiers », c’est aussi et surtout permettre au Cheval de Troie de l’Islam radical d’entrer, de plain-pied et en fanfare, dans ces zones difficiles et pour lesquelles nous avons déjà englouti, en pure perte, des sommes considérables.
Il ne fait aucun doute que certains sauront autrement mieux utiliser ces millions venus du Qatar qu’ils n’ont voulu utiliser les milliards de tous les plans, plus ou moins fumeux, que, depuis des décennies, tous nos gouvernements successifs ont imaginés.
François Hollande et Jean-Marc Ayrault ne semblent pas avoir compris le danger évident que représentait cette soudaine générosité de « nos amis Qataris »…

25 Sep 2012 | Comments (10)

Le vert est dans le fruit.

Les écologistes sont « contre » la ratification du traité européen (d’austérité) signé jadis par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel -mais imposé par cette dernière-, que François Hollande avait promis de refuser « en l’état » mais qu’il a fini par accepter, toute honte bue, en se cachant derrière le petit doigt (qui ne cache pas la forêt) d’un additif évoquant vaguement la croissance.
Les écologistes ont naturellement le droit de penser que la règle d’or, le retour à l’équilibre des comptes, en une période de crise aigüe, ne peuvent qu’aggraver encore la situation de tous ceux, innombrables, que le chômage, la précarité de l’emploi, la hausse du coût de la vie et la baisse généralisée des revenus ont grandement fragilisés.
Ce n’est évidemment pas en pratiquant l’austérité à haute dose, à la prussienne, qu’on relancera la consommation ou l’investissement et qu’on créera des emplois. Certains peuvent donc être tentés de penser qu’il vaudrait mieux continuer à s’endetter pour, précisément, essayer de sortir de la crise, qu’on verra bien après, qu’il y a le feu dans la maison et que tant pis pour les marchés et les agences de notations.
Ce débat qui oppose ceux qui regardent l’avenir plus ou moins lointain et ceux qui constatent qu’on est aujourd’hui au fond du trou ne fait que commencer et il faut bien dire que les Verts sont logiques avec eux-mêmes quand ils refusent les arguments des experts comptables, même si –ce qui est totalement incompréhensible- ils ont déjà fait savoir qu’ils voteraient le budget 2013 qui n’est rien d’autre que le début de la mise en oeuvre de l’austérité exigée par le traité.
Mais tout se complique pour eux car deux des leurs –et pas des moindres puisqu’il y a leur ancienne patronne- sont membres du gouvernement, Cécile Duflot, ministre de l’Egalité des territoires et surtout du Logement, et Pascal Canfin, ministre délégué (inconnu) chargé du Développement.
Les deux « excellences » viennent de faire savoir qu’elles n’avaient pas du tout l’intention de démissionner. Elles préfèrent rester au gouvernement et mettre leurs opinions dans leur poche, avec leur mouchoir par-dessus, plutôt que d’être cohérentes, ce qui en politique veut dire honnêtes. On les comprend. La place est bonne, le fromage juteux et on a déjà vu beaucoup de politicards avalant toutes les couleuvres et se vautrant dans toutes les trahisons pour garder leur voiture avec chauffeur et cocarde.
Ce qui est plus étonnant c’est que ni Hollande ni Ayrault n’aient eu le courage de les virer immédiatement ou, pour le moins, d’exiger qu’ils se désolidarisent publiquement de leurs amis d’Europe-Ecologie-les-Verts.
Même si les socialistes ont donné, sans qu’on comprenne bien pourquoi, un groupe parlementaire aux Ecologistes, le PS n’a pas besoin des Verts pour mener la politique qu’il souhaite et tout le monde sait, depuis la dernière présidentielle, que les Ecolo ne représentent que 2,31% des Français.
Pourquoi alors une telle « indulgence » à leur égard alors que depuis le début du quinquennat le président et le Premier ministre évoquent à tout bout de champ l’indispensable « solidarité gouvernementale » ?
Hollande veut-il, à tout prix, démontrer qu’il est, en effet, totalement incapable de prendre une décision ? Ayrault souhaite-t-il vraiment prouver qu’il n’est absolument pas fait diriger un gouvernement ? Pensent-ils réellement, l’un et l’autre, qu’en face de tous les défis qu’il faudrait relever dans l’urgence, un peu de chienlit autour de la table du Conseil des ministres est nécessaire ?
En tolérant de tels désaccords sur un problème aussi essentiel, les deux têtes du pouvoir ne comprennent pas que… le vert est dans le fruit, que tout commence à partir à vau-l’eau et que les Français se mettent à regretter leur vote d’il y a 4 mois.

25 Sep 2012 | Comments (7)

Le voile et la kippa

Dans la famille Le Pen, on a le sens de la formule et plus encore celui de la provocation. Cela fait partie des gènes et surtout du fonds de commerce. Avec sa dernière « sortie » sur le voile et la kippa, Marine Le Pen a réussi sa « rentrée ». Tout le monde ne parle plus que de cela.
Mais, une fois de plus, on en revient à la fameuse phrase de Laurent Fabius : « Le Pen pose les bonnes questions et donne les mauvaises réponses ».
Il ne fait aucun doute que le voile et la kippa sont, l’un et l’autre, des signes « ostensibles », voire « ostentatoires » de croyance religieuse (comme le port d’un petit crucifix autour du cou ou le turban des Sikhs).
Ceux qui ont réussi à faire interdire le voile (intégral) nous avaient présenté des arguments qui ne tenaient pas debout. Selon eux, le voile aurait été dégradant pour la femme et dangereux pour la sécurité. Dans un pays où le topless, les minijupes, l’érotisme, pour ne pas dire la pornographie, font florès, il est difficile de savoir ce qui est le plus dégradant pour la femme. Cacher son visage ou montrer ses fesses ? D’autre part, le port du voile, contrairement à celui des cagoules, n’a jamais augmenté le nombre des braquages de banques.
En vérité, on a interdit le port du voile parce qu’il n’était rien d’autre, à nos yeux, qu’une provocation de la part d’une poignée d’extrémistes voulant s’en prendre à notre société. Ce qui était, sans doute, un peu vrai. Mais en faisant ainsi de ces quelques milliers de femmes soumises aux pires traditions de l’Islam (2 à 3.000 tout au plus, sur tout le territoire) des « délinquantes », nous en faisions, évidemment, des héroïnes si ce n’est des martyres, nous stigmatisions, qu’on le veuille ou non, une religion et, plus grave encore, nous baffions une des libertés les plus élémentaires, celle de se balader dans les rues comme on l’entend.
Le port de la kippa n’est pas une provocation. Il n’est que l’affichage d’une foi, de l’appartenance à une communauté intégrée, elle, dans notre société.
En clair, les extrémistes musulmans sont des ennemis qui nous ont déjà déclaré la guerre, les extrémistes juifs font partie des nôtres et n’ont jamais souhaité détruire notre société.
Mais nous sommes allés beaucoup plus loin dans ce qu’il faut bien appeler nos « discriminations ».
Quand des humoristes s’en prennent à l’Islam, nous parlons de « la liberté d’expression » et nous avons parfaitement raison. Par définition, dans une démocratie, la liberté d’expression ne peut pas connaitre de limites et peut parfaitement s’en prendre à toutes les certitudes, à toutes les croyances, à tous les tabous. Il est totalement ridicule d’évoquer « la responsabilité » qu’auraient certains et « le respect » qui serait dû à d’autres.
Malheureusement -et c’est ici que le bât blesse- certains lobbies ont obtenu que notre fameuse et merveilleuse liberté d’expression soit… à géométrie variable. En France, on peut cracher en toute impunité sur le Christ, le Pape, les Chrétiens, Allah, le Prophète, les Musulmans mais la loi punit l’antisémitisme et la contestation des horreurs de la Shoah (ainsi d’ailleurs que toute plaisanterie sur les homosexuels).
Il est évidemment absurde et monstrueux de vouloir nier ce qui fut l’un des plus grands crimes de l’histoire de l’Humanité mais dès l’instant où l’on affirme que la liberté d’expression est sans limites, la loi Gayssot –du nom d’un ancien stalinien !) est inacceptable, parce que liberticide et les Musulmans ont beau jeu d’ironiser sur notre conception de la liberté d’expression. Deux poids, deux mesures. Nous acceptons l’islamophobie, nous poursuivons l’antisémitisme, nous interdisons le voile, nous tolérons la kippa.
Où Marine Le Pen donne une mauvaise réponse c’est quand elle veut interdire à la fois le voile et la kippa et jusque dans la rue. La laïcité dont elle se réclame aujourd’hui n’est pas l’interdiction faite aux citoyens d’afficher leurs croyances. Elle est, au contraire, la garantie donnée à chacun de pouvoir pratiquer comme il l’entend sa foi dès lors que ces pratiques n’interfèrent pas dans la vie publique.
On peut interdire les prières publiques des Musulmans dans les rues mais alors on devrait aussi interdire les processions et les pèlerinages des Catholiques qui traversent encore nos villages. Et à qui fera-t-on croire que le port du voile, de la kippa, d’un petit crucifix ou d’un turban gêne en quoi que ce soit la collectivité ?
Il faudrait que nos dirigeants, toutes couleurs confondues, arrêtent de vouloir interdire tout et n’importe quoi. Les Soixante-huitards se sont beaucoup trompés mais ils avaient raison quand ils affirmaient : « Il est interdit d’interdire ».
Répondant à Marine Le Pen tout en inaugurant le Mémorial de la Shoah de Drancy, François Hollande a déclaré : « Tout ce qui déchire et oppose est maladroit ». C’est vrai. Etait-ce une façon délicate de nous annoncer qu’il avait renoncé à ses projets de loi sur le mariage des homosexuels, le droit de vote des étrangers et l’euthanasie qui déchirent et opposent? On peut en douter.
Pompidou s’était, un jour de 1964, écrié alors qu’on lui présentait de nouveaux textes à signer : « Arrêtez d’emmerder les Français, il y a trop de lois dans ce pays, on en crève. Laissez-les vivre un peu et vous verrez, ça ira beaucoup mieux ». Oui, il y a trop de lois dans ce pays et surtout trop de lois liberticides. Autorisons le voile, la kippa, les crucifix et les turbans et ça ira beaucoup mieux. Il y a d’autres problèmes autrement plus importants à régler d’urgence dans ce pays.

22 Sep 2012 | Comments (20)

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