Nos ministres sont partis en vacances, contrairement à 42% des Français qui, cette année, ne peuvent pas s’offrir ce luxe. On leur souhaite naturellement d’avoir beau temps avant les tempêtes prévues pour la rentrée. On aimerait aussi qu’entre une partie de pêche et une séance de bronzage, ils réfléchissent un peu à tout ce qu’ils nous ont dit et à ce qui les attend.
Chacun reconnait que, pour leurs premiers pas, Hollande et Ayrault ont plutôt fait bonne figure. Le président bonhomme et même bon-enfant, plus souriant qu’à la « normale » et le Premier ministre, sérieux, austère même, très « prof d’allemand ». Le couple est réussi, François plutôt rigolard, Jean-Marc déjà pleurnichard.
Mis à part les gaffeurs de service, Montebourg, Duflot, Taubira, Peillon et Vallaud-Belkacem, les ministres sont restés jusqu’à présent d’une discrétion à toute épreuve et bien malin serait celui qui serait capable de citer leur nom.
Cela dit, il faut constater que, jusqu’à présent, cette nouvelle équipe qui devait faire monts et merveilles, qui savait que la situation du pays était catastrophique et qui avait eu tout le temps de se préparer pour affronter les réalités n’a pas fait grand-chose.
Pour les Français, le bilan de ces premiers mois se limite à 7,3 milliards d’impôts de plus et à une augmentation régulière du chômage et de la précarité. Que le ministre du « redressement productif » ait fait quelques moulinets avec son sabre de bois n’a rien changé au sort de tous ceux qui, au retour des vacances, vont se retrouver sur le carreau, à Aulnay-sous-Bois ou ailleurs.
Il faut donc que toute cette fine équipe profite des vacances pour comprendre que quand on est –enfin- au pouvoir on n’est plus en campagne électorale et que toutes les contradictions sur lesquelles on pouvait jouer grâce à la bienveillance de la presse et à la naïveté des électeurs éclatent au grand jour.
N’importe quel enfant, même un peu débile, sait parfaitement qu’on ne peut pas à la fois réindustrialiser le pays et massacrer les investisseurs, riches ou banquiers, à la fois réduire les déficits et augmenter les primes de rentrée scolaire ou le Smic, tout en embauchant des fonctionnaires, à la fois sauvegarder le niveau de vie des moins favorisés et s’en prendre aux heures supplémentaires, à la fois évoquer de la compétitivité et nier le problème du coût du travail, à la fois parler de justice fiscale et oublier que 52% des Français ne paient pas l’impôt sur le revenu, à la fois vouloir construire 500.000 logements par an et bloquer les loyers, à la fois dire qu’on va sauver l’automobile et n’imaginer que de vagues projets pour les véhicules électriques encore balbutiants, etc., etc.
Quand on est dans l’opposition, on ne craint jamais le ridicule et on peut donc parfaitement affirmer qu’il faut, d’un trait de plume, interdire les licenciements, les délocalisations, les faillites et la fuite des capitaux. Comme n’importe quel barbier qui promet de raser gratis un jour, on peut même jurer qu’on sait comment redonner du travail à chacun, rééquilibrer les comptes de l’Etat et la balance du commerce extérieur, le tout, bien sûr, grâce à la concertation.
Mais Hollande et ses amis ne sont plus dans l’opposition. Et ce n’est pas en créant une multitude de commissions Théodule, de comités Zigomar et d’usines à gaz pétaradantes qu’ils vont pouvoir, à la rentrée, trouver les 33 milliards qui nous manquent pour le budget 2013 et des solutions pour nos 4,5 millions de chômeurs. Or, tout le reste n’est que boniments pour estrades de foire.
Il va bien falloir qu’ils sortent de toutes leurs contradictions, qu’ils changent de ton avec les patrons même s’ils ne les aiment pas, qu’ils taillent dans les effectifs de la fonction publique même si c’est là leur fonds de commerce, qu’ils permettent aux plus modestes de gagner un peu plus pour qu’ils puissent surnager, qu’ils reconnaissent que ce sont essentiellement les charges qui plombent notre économie, qu’ils avouent que la justice fiscale ne veut pas dire uniquement massacrer les riches et qu’ils constatent que ce n’est pas en bloquant les loyers qu’on attirera des investisseurs vers le bâtiment.
Ils ont quinze jours de vacances pour sortir de leurs fantasmes, de leur idéologie, de leurs slogans à deux sous.
La météo nous impose un été pourri mais les réalités risquent fort de leur pourrir l’automne, avec un déluge de fermetures d’usines, une tempête déclenchée par les syndicats, le raz-de-marée des déficits, sans parler de l’orage de l’euro et de l’Europe.

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