Nous avons évité la canicule d’été mais la rentrée risque bien d’être torride.
A gauche, on commence à reprocher à François Hollande de ne pas faire grand-chose. « Presque rien » a dit méchamment Mélenchon qui, après avoir été battu très sévèrement à la présidentielle et s’être ridiculisé aux législatives, entend maintenant jouer les procureurs sans pitié. Et Libération compare aujourd’hui les vacances du président à celles de… M. Hulot. A droite, devant la guérilla des chefaillons et la multitude des prétentions, on en vient à regretter Nicolas Sarkozy.
Autant dire que, d’un côté comme de l’autre, personne n’est emballé par le « casting » de ce quinquennat. Les socialistes se demandent s’ils n’auraient pas mieux fait de choisir, lors de leur primaire, Martine Aubry plutôt que Hollande car elle, au moins, aurait « fait des choses ». Et les électeurs de l’UMP qui reprochent à Fillon d’avoir été d’une « pâleur éblouissante » pendant cinq ans et à Copé d’avoir une ambition personnelle par trop voyante ont déjà oublié que Sarkozy les avaient conduits à la défaite. Mais on ne refait pas l’histoire, même si elle se répète souvent.
Nous allons donc nous retrouver, dès cette semaine, avec un président entouré d’une multitude de commissions-alibis en tous genres et semblant être apeuré par ses responsabilités, un Premier ministre qui va, sans doute en vain, comme son prédécesseur, tenter d’exister, un ministre des Finances à la recherche de 33 milliards, un ministre du Redressement productif totalement débordé par un déluge de plans sociaux, un ministre de l’Intérieur lançant, comme ses prédécesseurs, les forces de l’ordre contre les Roms et les clandestins, un ministre des Affaires étrangères voulant, à son tour, pacifier le Proche-Orient.
Il est vraisemblable que François Hollande finira par nous déclarer quelque chose comme « Il faut travailler plus pour gagner plus », que Jean-Marc Ayrault constatera qu’il est « A la tête d’un Etat en faillite », que Pierre Moscovici affirmera qu’ « Il faut faire payer les riches » sans vouloir reconnaitre que « Trop d’impôt tue l’impôt », qu’Arnaud Montebourg concédera que « L’Etat ne peut pas tout », que Manuel Valls nous promettra de « Nettoyer les voyous au Karcher » et que Laurent Fabius nous avouera que « L’orient est compliqué ».
L’opposition, encore abattue par ses défaites et toute à ses combats picrocholesques, n’aura, bien sûr, pas grand-chose à dire devant tous ces lieux communs dont elle a, elle-même, abusé si longtemps.
Pendant des années, devant « le mal français », la droite, tétanisée par le « politiquement correct », a mené une politique de gauche en augmentant les impôts, le nombre des fonctionnaires, la réglementation, les allocations et les subventions en tous genres, comme s’il n’y avait rien d’autre à faire que de coller des rustines et de créer des usines à gaz pour écoper à la petite cuillère le rafiot qui prenait d’eau. On a vu les résultats.
Aujourd’hui, devant la crise et le déliquescence d’un Etat incapable de faire face à la dette, au chômage, à la précarité, à l’insécurité, à la dégradation de l’Ecole, des hôpitaux et de tous les services publics, la gauche devrait adopter quelques vieux principes de la droite que celle-ci n’a jamais voulu ou osé appliquer, en baissant les prélèvements obligatoires, en réduisant le nombre des fonctionnaires, en libérant les entreprises, en limitant le rôle de l’Etat à ses devoirs régaliens. C’est ce qu’ont fait tous les pays qui s’en sont plus ou moins sortis.
Hélas, les hommes du nouveau pouvoir n’ont pas été élus pour cela et sont encore pétris de leur vieille idéologie. Ils nous disent que, pour trouver 33 milliards dans l’urgence, on n’a jamais rien inventé de mieux que d’augmenter les impôts. Mais si on veut vraiment redresser la production, relancer l’économie, retrouver un minimum de compétitivité, il est absurde de matraquer encore davantage ceux qui pourraient investir ou simplement consommer.
Ces 33 milliards ne sont plus guère dans la poche des contribuables. Ils sont dans des économies que l’Etat devrait faire. Il est délirant d’embaucher de nouveaux enseignants alors que nous en avons déjà plus d’un million, de recruter des policiers alors que, policiers et gendarmes confondus, la France a le plus fort taux de « forces de l’ordre » par habitant en Europe, d’augmenter de 25% la prime de rentrée scolaire, etc.
Ce n’est pas en continuant à augmenter les dépenses, en alourdissant encore les charges des entreprises et en réduisant toujours davantage le pouvoir d’achat des citoyens qu’on sauvera les salariés de Peugeot-Citroën ou des innombrables entreprises sur le point de déposer leur bilan.
Après Nicolas Sarkozy qui nous avait promis « la rupture », François Hollande nous a promis « le changement ». Mais ce avec quoi il aurait fallu « rompre » et ce qu’il faut « changer » c’est cette fameuse « exception française » qui fait que la France reste l’un des derniers pays socialisants de la planète sans qu’on puisse dire pour autant que ses citoyens soient les plus heureux du monde.
Que le président se veuille « normal » est une chose. Mais ce qu’il faudrait c’est que la France redevienne un pays normal. Nous avons un président normal dans un pays qui ne l’est pas.

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