Parmi toutes ses promesses, François Hollande s’était engagé à « moraliser » notre vie politique. Après un quinquennat qui avait été marqué par une cascade de scandales étouffés et de turpitudes en tout genre, du feuilleton Bettencourt-Woerth au drame de Karachi en passant par l’affaire de l’Epad, les Français avaient été sensibles à ce candidat qui se disait à la fois normal et moral.
Le nouveau président aurait pu demander à Matignon ou à un ministère quelconque de préparer un texte qui aurait été discuté par le Parlement et qui aurait traité du statut du chef de l’Etat, des modes de scrutin, du cumul de mandats, de la parité, des conflits d’intérêt, des délits d’initiés, des incompatibilités, des commissions et des rétro-commissions, en rappelant à tous nos élus l’a.b.c. de la moralité publique et privée.
Mais se souvenant de la fameuse phrase de Clemenceau –« Quand on veut enterrer un problème, on crée une commission »- François Hollande a préféré commencer par charger un certain nombre de personnalités plus ou moins connues de réfléchir sur la question, comme si on avait besoin de se demander si un élu de la République pouvait –ou non- taper dans la caisse, caser sa maitresse ou faire accorder à son beau-frère un contrat public.
Il a donc ressorti son vieil ami Jospin du placard dans lequel il se morfondait en le nommant président de cette « Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique » et, pour faire bonne mesure, il a désigné l’ineffable Roselyne Bachelot comme vice-présidente. Le reste de la commission est composé de treize hauts fonctionnaires, magistrats ou professeurs d’université à l’intégrité qu’on veut croire irréprochable.
Un ami de ce blog, excellent fouineur du Journal Officiel, m’apprend, ce matin, quelques détails qui m’avaient échappé.
Lionel Jospin touchera pour cette mission 122.000 €, Roselyne Bachelot 92.000 € et les treize pantins qui les entoureront 80.000 € chacun. A ce prix-là, nous sommes tous prêts à jouer les moralistes pendant quelques semaines.
Naturellement, comme toute commission, celle-ci doit « consulter ». Elle s’est donc offert trente-quatre « consultants » qui toucheront chacun 35.000 €. Parmi ces consultants choisis, évidemment, pour leurs compétences, on trouve une certaine Sylviane Agacinski, philosophe de son état mais surtout épouse de Lionel Jospin, et un certain Pierre Bachelot, fils de sa mère.
Si on fait l’addition, on s’aperçoit que la République –autant dire le contribuable- va payer 2.444.000 € pour une vague étude sur la moralisation de notre vie publique.
Certains s’indigneront, d’autres ironiseront. Ils auront tort. Avant même d’avoir commencé à réfléchir, cette commission a tenu, par elle-même, à démontrer aux Français à quel point notre personnel politique, toutes couleurs confondues, se moquait du monde et entendait bien continuer à se goberger aux frais de la République.
La question n’est pas de savoir quelles seront les conclusions des travaux de cette commission mais bien de savoir combien de temps, à ce rythme et avec de telles aberrations, il faudra au Front National pour atteindre les 30 ou 40%.
Avec une telle morale de leurs dirigeants, on comprend que les Français n’aient plus le moral.

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