Affolés par les sondages qui dégringolent et s’apercevant soudain qu’il est plus difficile d’être au pouvoir que de pérorer rue Solferino ou dans les arrière-salles des bistrots, nos nouveaux dirigeants n’ont plus qu’un mot à la bouche : pé-da-go-gie.
Prenant les Français pour des enfants de classes maternelles un peu arriérés, ils vont, une baguette à la main, jouer les maitres d’école et nous « révéler » que la situation du pays est difficile, que notre économie se meurt, que le chômage augmente, que l’Etat est ruiné et que tous nos malheurs viennent de dix années de gestion de la droite.
Puis, reprenant leur souffle, ils vont écrire sur leur tableau noir les mots dont ils nous rebattent déjà les oreilles depuis plus de cent jours : efforts, justice, équité, durée.
Les petits élèves que nous sommes censés être vont, bien sûr, faire les yeux ronds. Cela fait des décennies que tous les pions qui se sont succédé sur l’estrade nous rabâchent les mêmes vérités. Les 4,5 millions de chômeurs du pays savent parfaitement que le chômage ne fait que s’aggraver et tous les contribuables de France et de Navarre, riches et moins riches, savent parfaitement que, depuis plus de 40 ans, l’Etat est infoutu de gérer convenablement son budget.
Quant aux efforts à faire, nous les connaissons aussi puisque nous avons le privilège d’être l’une des populations les plus imposées du monde au point d’en être étranglés et d’avoir, parfois et de plus en plus souvent, envie d’aller voir ailleurs.
Non, nous n’avons pas besoin de pédagogie mais d’une politique claire, réaliste, audacieuse, avec un cap précis. Depuis un demi-siècle, aucun de nos présidents ne nous a dit où il voulait nous conduire et quel destin il entrevoyait pour la France.
Parler de « chantier de réformes », de « force tranquille », de « fracture sociale », de « rupture », de « changement » ne veut strictement rien dire si on ne précise pas quelle place on veut donner à notre vieux pays dans un monde totalement bouleversé où la vieille Europe, ne produisant plus rien et continuant à consommer jusqu’à plus soif, est devenue la débitrice en faillite des nouveaux empires qui règnent désormais sur la planète.
Le problème de la France d’aujourd’hui n’est pas de savoir s’il faut marier les homosexuels, libéraliser les drogues, donner le droit de vote aux étrangers ou envoyer l’armée pour calmer les trafiquants du nord de Marseille. Il est de savoir comment nous pouvons faire face à la mondialisation, réinventer une économie (et donc une société) capable d’assurer notre survie au milieu au tsunami mondial qui nous submerge.
Valéry disait : « Les grandes civilisations savent désormais qu’elles sont mortelles ». Les Français ont parfaitement compris qu’ils étaient en train de « crever ». Hollande croit déceler chez les Français des « inquiétudes » et de « doutes ». C’est, en fait, de l’affolement, du désespoir et déjà la conviction que ce n’est pas cet énième changement qui permettra de sauver le pays.
Si pédagogie il devait y avoir ce serait sans doute aux « élèves » d’apprendre à leurs « maitres » quelques réalités cruelles qu’ils ont bien vite oubliées dans leurs palais dorés.

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