La crise n’a pas pris de vacances. Elle n’est ni à Brégançon ni au Cap Nègre. En ce début de semaine du 15 août et après s’être (plus ou moins) passionnés pour les Jeux Olympiques, les Français ne s’intéressent qu’à la météo et la télévision ne leur parle que de faits divers particulièrement dramatiques. Pourtant tout continue à se dégrader et la déliquescence de notre pays s’accélère.
Ce lundi, nous avons appris que la production industrielle avait encore reculé au 2ème trimestre (-1,9% par rapport à 2011), que l’emploi intérimaire était en recul (de 1,4%) pour le troisième mois consécutif et avait atteint son niveau le plus bas depuis mai 2010, que le déficit des comptes courants s’était encore creusé en juin (de 4,9 milliards, après 4 milliards en mai).
On dira que François Hollande n’est au pouvoir que depuis cent jours. C’est vrai. Mais on aurait pu espérer que l’arrivée d’une nouvelle équipe inverse les tendances et qu’après ces fameux cent jours on assiste à l’ébauche de l’amorce d’un semblant de redressement. Or, il ne se passe rien, tout continue inexorablement à dégringoler comme avant, malgré les promesses, les affirmations les plus péremptoires, les coups de menton.
Certes, la droite nous avait affirmé qu’une victoire des socialistes provoquerait un cataclysme. Il n’y a pas eu de cataclysme au sens propre du terme mais cette crise terrible continue à tout détruire systématiquement, comme si elle n’avait pas appris que nous avions changé de majorité.
Et chacun sait qu’à la rentrée, dans deux ou trois semaines, quand les Français auront abandonné les plages ensoleillées, ils retrouveront une situation encore bien pire que celle qu’ils avaient quittée en juin dernier. Aucun miracle n’aura eu lieu pendant la trêve estivale pour les ouvriers de PSA, à Aulnay-sous-Bois ou ailleurs, pour les employés du groupe Doux, pour des milliers de salariés un peu partout dans le pays et dont les entreprises s’apprêtent à lancer des plans dits « sociaux ».
Certains veulent espérer que François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Moscovici, Montebourg et leurs amis ont travaillé d’arrache-pied pendant leurs vacances pour « gamberger » des solutions (qu’ils auraient dû imaginer pendant leurs longues années d’opposition) capables de permettre un « redressement productif » puisqu’ils ont inventé ce nouveau vocable. Mais personne n’y croit vraiment.
« Libération » qu’on ne peut pas considérer comme un journal d’opposition au nouveau régime se demande, ce matin, avec une certaine naïveté, si la France, « enveloppée dans une curieuse torpeur » ne se réfugie pas « derrière une ligne Maginot » et si « la présidence normale de François Hollande ne se transforme pas en présidence pépère ».
Nous sommes quelques-uns à nous être déjà posé cette question. Un président normal peut-il faire face à une situation exceptionnelle ? Le style n’a d’ailleurs rien à voir ici. Qu’il soit souriant, jovial, bon-enfant et qu’il veuille consulter, concerter, rechercher le consensus n’apaisera pas la tempête.
Face à un drame sans précédent, il faut évidemment, répondre avec des décisions radicales et innovantes. Pas avec les vieux remèdes de bonnes femmes de la rue Solferino, faire payer les riches, embaucher de nouveaux fonctionnaires, créer des emplois bidons et subventionnés, bloquer les loyers.
On l’a déjà dit ici, le paradoxe de la situation de François Hollande est que, s’il veut avoir la moindre chance de redresser la production du pays, il lui faut adopter des mesures qu’on a toujours considérées comme étant « de droite », même si la droite ne les a jamais appliquées elle-même : libérer les entreprises, baisser les charges, réduire les dépenses de fonctionnement de l’Etat, etc.
Il est intéressant de remarquer qu’à gauche certains commencent à se poser des questions sur la gouvernance « pépère » de celui que l’un d’entre eux avait traité de « capitaine de pédalo ».

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