L’état de grâce n’aura pas duré longtemps. Cent jours après son élection, François Hollande commence à dégringoler sérieusement dans les sondages. Selon une étude de l’Ifop publiée, il est vrai, par le Figaro, 54% des Français sont (déjà) mécontents de lui.
Autant dire que le président « normal » a mangé son pain blanc et qu’à la rentrée, quand les choses sérieuses vont vraiment commencer, il aura en face de lui non seulement la crise européenne, non seulement un chômage qui va exploser, avec des licenciements et des fermetures d’entreprises en cascade, non seulement des déficits qui se creuseront encore mais aussi une opinion qui ne le regardera plus avec les yeux de Chimène.
Ce qui est étonnant dans ce sondage de l’Ifop c’est que si les Français sont majoritairement mécontents de François Hollande en général, ils approuvent très majoritairement la plupart des décisions qu’il a prises depuis son entrée à l’Elysée.
75% approuvent le retrait anticipé de nos troupes d’Afghanistan, 71% approuvent le retour à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans, 68% approuvent l’encadrement des loyers, 67% approuvent l’embauche de nouveaux enseignants, 67% approuvent l’augmentation de l’ISF, 59% approuvent l’augmentation de 2% du Smic
Les « sondés » ne désapprouvent que la re-fiscalisation des heures supplémentaires (à 61%) et la hausse des droits de succession (à 64%).
On pourrait déduire de cette étonnante contradiction que c’est le bonhomme qui commence à déplaire et non pas la politique qu’il tente de mener.
Or, jusqu’à présent, le chef de l’Etat a surtout travaillé son image en jouant le président « normal », simple, brave type, sympa, proche des gens pour incarner jusqu’à la caricature l’anti-Sarkozy, l’anti-bling-bling, autoritaire, cassant, voire méprisant.
On peut donc se demander si ces Français qui ne supportaient plus Sarkozy apprécient son contraire et si, après avoir chassé l’hyper-président, ils ne sont pas déçus par les premiers mois d’un « hypo-président » pour reprendre, pour une fois et à regret, une formule de Nadine Morano.
Il ne fait aucun doute que François Hollande ne crève pas l’écran et ne casse pas trois pattes à un canard. Après l’agité qui faisait n’importe quoi et son contraire tous azimuts, il est reposant si ce n’est rassurant et d’autant plus que, pour l’instant, il n’a pas fait grand-chose si ce n’est répéter inlassablement qu’il serait fidèle à son programme et créer des commissions de tout et de n’importe quoi pour noyer le poisson et refiler le bébé et la patate chaude à d’autres.
Mais les Français savent, chaque jour davantage, que la situation du pays s’aggrave considérablement et qu’il n’y a plus une minute à perdre pour prendre le taureau par les cornes.
Or les choses sont simples. Pour redresser la France, il n’est pas suffisant d’augmenter les impôts et de réduire les dépenses, de faire payer les riches (et les moins riches) et de rogner sur quelques grands projets. Il faut ressusciter notre économie, réindustrialiser le pays, redonner aux créateurs de richesses et d’emplois la chance d’être compétitifs. Cela suppose une gigantesque révolution, dans les textes comme dans les esprits. Il faut tout chambouler, notre fiscalité, le code du travail, notre dialogue (de sourds) social, notre système de protection qui a fini par créer un assistanat généralisé dont bénéficient même ceux qui n’en ont pas besoin.
Ce travail de titan exige une volonté à toute épreuve. Les Français commencent à se demander si Hollande est vraiment le titan dont ils auraient besoin.

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