Hollande est-il un jean-foutre ? C’est la question qu’une majorité de Français (et donc un certain nombre de ceux qui ont voté pour lui) commence à se poser.
Jusqu’à présent, on l’a trouvé plutôt sympathique et bon-enfant. Tout au plus lui a-t-on reproché de s’être accouplé avec cette harpie de Valérie Trierweiler. Ce n’était pas un drame. Mais maintenant, après ces cent jours passés à ne rien faire, il est plus qu’au pied du mur et il va bien falloir qu’il fasse ses preuves non plus de candidat bénéficiant du rejet dont avait à souffrir son adversaire mais de président en fonction.
Il ne se fait pas d’illusion et sait parfaitement qu’il a été élu parce que les Français ne supportaient plus « l’autre ». Assez astucieusement, il avait d’ailleurs fait toute sa campagne non pas sur le thème cher à la gauche traditionnelle du « grand soir » et de « l’aube prometteuse » mais sur celui de l’anti-sarkozisme, en se présentant en homme « normal ».
Il avait compris qu’en France, après l’agitation et les tempêtes, nous aimions faire la sieste. Après Napoléon, Louis XVIII, après de Gaulle, Pompidou. Deux « bons gros » rassurants, apaisants. Personne n’aurait, bien sûr, l’idée saugrenue de comparer Sarkozy à Napoléon ou à de Gaulle, mais, après un quinquennat de fébrilité inutile tous azimuts, nous avions besoin d’un peu de calme et de pondération. Autant dire d’un bon gros.
Malheureusement, les rondeurs ne suffisent pas à faire un homme d’Etat, surtout quand il lui faut affronter les pires des crises économiques, sociales, morales.
Si on ne sait toujours pas comment il compte prendre le taureau par les cornes -car parler de redressement productif, de justice, d’équité, d’efforts partagés ne veut strictement rien dire- on a déjà compris quelle était sa méthode de gouvernance : le double langage dissimulé derrière la concertation.
Il déclare qu’il n’aime pas les riches, que son ennemi est la finance et il invite à gueuletonner à l’Elysée les grands patrons du CAC40 alors que son Premier ministre fait la danse des voiles devant le Medef tout en préparant un matraquage des entreprises.
La composition de son gouvernement nous avait d’ailleurs déjà mis la puce à l’oreille. Nommer aux Affaires Etrangères Laurent Fabius, le ténor du « non » au Traité européen, au Redressement productif Arnaud Montebourg, le chantre de la dé-mondialisation, à l’Intérieur Manuel Valls, le partisan de la tolérance zéro, tout en nommant ailleurs des gens comme Christiane Taubira ou Cécile Duflot démontrait bien qu’il avait l’intention de ménager la chèvre et le chou tout en nous offrant à boire et à manger, voire du lard et du cochon.
Depuis, lui et ses sbires ne nous parlent que de concertation, créent des commissions, organisent des sommets sociaux ou économiques, prévoient des rencontres syndicats-patronat pour gagner du temps (c’est-à-dire en perdre) et noyer le poisson en voulant nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
Un chef d’Etat n’est pas un « gentil organisateur » de tables rondes, de colloques, de symposiums, de consultations. Il doit décider d’une politique et la mettre en application. Les palabres et les parlottes n’ont rien à faire ici et nous raconter qu’on va trouver des solutions en organisant des rencontres amicales entre les syndicats, arcboutés sur la défense de droits qu’ils considèrent comme acquis, et le patronat qui exige un peu de flexibilité relève évidemment de l’escroquerie.
On peut retarder les échéances pendant quelques semaines, surtout l’été quand les Français préfèrent prendre la route des vacances plutôt que celle de Pôle-Emploi. Mais vient toujours un moment où il faut reprendre le collier. Nous y sommes.
Aujourd’hui, non seulement Hollande retrouve Angela Merkel et les problèmes de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie avec le choix à faire entre la rigueur (imposée par la chancelière allemande et les réalités) et la croissance (indispensable pour s’en sortir et exigée par les peuples) mais il retrouve surtout tous les problèmes franco-français, en clair et avant tout les plans de licenciement qui se sont accumulés sur son bureau pendant qu’il bronzait à Brégançon.
On sait qu’il lui faut trouver de toute urgence au moins 33 milliards pour boucler son budget et que la croissance sera encore plus faible que prévue, sans doute à moins de 1%. Or, tout en ne faisant rien, il a déjà augmenté l’allocation de rentrée scolaire de 25%, le Smic de 2%, annoncé la création de 150.000 emplois d’avenir, aux frais de la République, alors que Vincent Peillon a commencé à embaucher de nouveaux fonctionnaires.
Ils nous disent que tout cela était dans le programme du candidat Hollande. C’est vrai (si ce n’est qu’il avait promis 300.000 emplois d’avenir). Mais cela ne nous dit pas comment il compte financer toutes ces générosités de candidat tout en faisant maintenant semblant de caresser dans le sens du poil les grands patrons.
Bref, il est grand temps d’arrêter le double langage, les parlottes et de trancher dans le vif.
Sinon, en effet, les Français considèreront leur nouveau président comme un jean-foutre et attendront avec impatiences la première occasion pour le lui faire savoir.

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