La rafle du Vel d’Hiv constitue, à elle seule, l’une des pages les plus noires, les plus honteuses de notre histoire. Ce sont des policiers français qui ont arrêté, ce 16 juillet 1942, 13.000 juifs à Paris et en banlieue pour complaire à l’occupant nazi. L’ignominie avait d’ailleurs commencé dès 1940 avec les lois anti-juives prises par le gouvernement de Pétain.
Mais « la France » est-elle coupable de cette infamie ? Jacques Chirac a été, en 1995, le premier président de la République à l’affirmer.
Certes, Philippe Pétain avait reçu les pleins pouvoirs par un vote des parlementaires et la très grande majorité des Français, abasourdis par la défaite, l’acclamait.
Mais le gouvernement de Vichy n’était pas « légal » pour autant. Dans une démocratie les élus du peuple ont tous les droits sauf un : celui de remettre leurs pouvoirs à d’autres. La Chambre des députés, élue en 1936 (c’était donc celle du Front populaire, on l’a oublié) n’avait, juridiquement, pas le droit de se suicider et de permettre au vieux maréchal de remplacer la République par l’Etat français.
On dira qu’il s’agit là d’un débat de constitutionnalistes et que si Vichy n’était peut-être pas « légal » au sens strict du terme, l’adhésion incontestable du peuple donnait à Pétain toute sa « légitimité » et qu’il incarnait donc bel et bien les Français.
Incarnait-il « la France » ? Toute la question est là.
Pour certains, la France n’est qu’un pays comme les autres qui, au fil des siècles, a connu ses heures de gloire et de honte, ses victoires et ses défaites, faisant preuve tantôt de courage, souvent de lâcheté et se devant d’assumer le meilleur et le pire d’un passé forcément chaotique.
Pour d’autres, la France est « une idée » qu’ils se font, « un idéal » qu’ils revendiquent avec fierté et qu’ils sont prêts à offrir en exemple à l’univers tout entier. C’est le pays de Montaigne, de Descartes, de Voltaire, des Soldats de l’an II, des Droits de l’homme, de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité. Pas celui de Sedan, de l’affaire Dreyfus, de la débâcle de 40, de Dien Bien Phu ou de la torture en Algérie.
Chacun se fait donc « une certaine idée de la France », comme disait l’autre.
Personne ne conteste que « l’Etat français » ait commis l’irréparable mais quelques-uns pensent qu’en 1942 « la France » n’était pas à Vichy mais à Londres. Ils n’étaient peut-être qu’une poignée autour d’un général à titre provisoire alors que des foules considérables se pressaient autour du vainqueur de Verdun mais dès lors qu’ils avaient refusé le déshonneur de la défaite et la honte de la collaboration c’étaient bien eux qui étaient « la France », sans doute vaincue, sans doute en exil mais fidèle à cette « certaine idée ».
Aujourd’hui, l’heure est à la repentance. Non seulement on préfère célébrer l’anniversaire de Trafalgar plutôt que celui d’Austerlitz, mais on apprend avec délectation aux jeunes que la France a surtout été un pays esclavagiste, colonialiste, collaborateur. C’est sans doute un peu vrai. Mais alors il ne faut pas s’étonner si, à force de nous voir pratiquer l’autoflagellation en nous vautrant dans la honte, les nouvelles générations n’ont plus vraiment foi en l’avenir de leur pays.
Le 16 juillet 1942 est, évidemment, une date qu’il ne faut pas oublier mais François Hollande aurait été bien inspiré en prononçant aussi un beau discours le 18 juin.
Il est bien dommage que, pour une fois, il ait préféré suivre l’exemple de Chirac plutôt que celui de Mitterrand qui, lui, a toujours affirmé que ce n’était pas « la France » qui avait commis l’irréparable mais le gouvernement de Vichy, déclarant « alors, il n’y avait qu’une France légitime, la France libre ».

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