Les magistrats souhaitent-ils faire remonter la cote de popularité de Nicolas Sarkozy ? Le voudraient-ils qu’ils ne s’y prendraient pas autrement.
La « descente » qu’ils viennent d’effectuer à son domicile, à son cabinet et à son nouveau bureau alors qu’il venait de partir pour l’étranger relève évidemment de la justice-spectacle. Nos juges ont, sans doute, oublié que la cote de popularité de Jacques Chirac était brusquement remontée quand, à peine avait-il quitté l’Elysée, la justice s’était mise à lui chercher des poux dans la tête.
Certes, la justice est « indépendante », certes, Sarkozy est redevenu un citoyen, et donc un justiciable, comme les autres, certes, beaucoup de Français sont persuadés, en leur âme et conscience, que Liliane Bettencourt l’a aidé financièrement pour sa campagne présidentielle de 2007, tout comme, d’ailleurs, ils sont convaincus que le même Sarkozy avait déjà, en 1995, organisé tout un système de rétro-commissions (notamment dans le cadre de la vente de sous-marins au Pakistan) pour financer la campagne de son mentor d’alors, Edouard Balladur.
Mais personne ne peut croire un seul instant que les magistrats, aussi habiles soient-ils, découvriront un jour des preuves irréfutables démontrant que le ministre de l’Intérieur de l’époque est ressorti de chez la femme la plus riche du monde avec une valise de billets de banque sous le bras, pas plus d’ailleurs qu’ils ne pourront prouver que des amis du ministre du budget de l’époque sont revenus de Suisse avec des malles de petites coupures.
Que Sarkozy soit allé, en pleine campagne 2007, passer 20 minutes chez Liliane Bettencourt ne prouve rien pas plus que les nombreuses navettes entre Genève et Paris de ses amis en 1995. Il y a, bien sûr, des soupçons, voire des présomptions mais notre système exige, et c’est heureux, que ces présomptions soient d’innocence.
Les magistrats ont cru qu’en mettant Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, en prison pendant trois semaines, ils le feraient « craquer ». La méthode a, bien sûr, quelque chose de scandaleux. Pourquoi ne pas l’avoir carrément soumis à la question ? Mais elle était surtout d’une étonnante naïveté. Ce genre de personnage a la carapace autrement plus dure que le délinquant de base.
Les affaires Bettencourt de Karachi vont donc encore amuser la galerie et les gazettes pendant un certain temps avant de disparaitre dans les sables mouvants de notre justice mais on peut d’ici là on peut compter sur Christiane Taubira pour s’acharner sur l’ancien président de la République qu’elle veut visiblement accrocher à… un croc de boucher.
C’est peut-être d’ailleurs là ce qui fait sourire les Français qui trouvent soudain qu’il y a, peut-être, tout de même, une justice dans ce pays. Sarkozy s’était réjoui que les juges s’acharnent sur son prédécesseur Chirac et il s’était lui-même acharné sur son plus redoutable adversaire, Dominique de Villepin. C’est à son tour de connaitre les plaisirs des cabinets des juges d’instruction.
Mais l’avocat qu’il est sait qu’il n’est pas encore derrière les barreaux et le démagogue qu’il a toujours été sait que l’opinion a toujours préféré les accusés, coupables ou innocents, aux magistrats. Surtout quand, au-delà des affaires de financements occultes, cela ressemble à des règlements de comptes politiques.

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