Tout le monde est d’accord pour reconnaitre que notre « mille-feuilles » administratif est devenu totalement ridicule avec ses communes, ses communautés de communes, ses communautés d’agglomération, ses pays, ses cantons, ses arrondissements, ses départements et ses régions.
Non seulement plus personne ne sait qui fait quoi, qui est responsable de quoi que ce soit, ce qui paralyse la vie du pays, mais il est évident que cette ribambelle d’échelons coute une fortune car, à chaque niveau, on a des élus qui touchent leur salaire, des bataillons de ronds-de cuir, des escadrons de secrétaires, des enfilades de locaux parfois somptueux et des embouteillages de voitures de fonction.
On ne le sait pas toujours mais la France compte… 611.132 élus, toutes catégories confondues, ce qui fait un élu pour cent habitants, vieillards et bébés compris. Aux Etats-Unis, 313 millions d’habitants, il n’y a que 250.000 élus. Et pour animer cette kyrielle d’administrations, la France salarie aussi 1,8 million fonctionnaires territoriaux. C’est fou !
Il est évident qu’il faut, au plus vite, supprimer une ou deux feuilles du mille-feuilles. Après avoir obligé les communes de quelques centaines d’habitants à se regrouper, il va bien falloir, un jour, choisir entre le département et la région.
On a oublié que les départements avaient été délimités afin de permettre à tous les citoyens de pouvoir gagner la préfecture en une seule journée… à cheval. Depuis, en plus de deux siècles, on a inventé le chemin de fer, la voiture et même l’internet.
Mais il est vrai que de nombreuses régions, telles qu’elles ont été dessinées, n’ont strictement aucun sens. En Rhône-Alpes, les habitants de Saint Etienne n’ont rien à voir avec les Savoyards. En Languedoc-Roussillon, rien ne rapproche les Lozériens des Perpignanais. En Midi-Pyrénées, tout sépare les habitants du Lot de ceux de l’Ariège. En Pays de la Loire, les habitants du Mans sont plus proches de Paris que de Nantes. Quant à la région Centre, certains se demandent pourquoi c’est Orléans qui en est la capitale. Ils ignorent que Michel Debré, maire d’Amboise, haïssait Jean Royer, maire de Tours, et qu’il s’est donc opposé à ce que Tours, qui s’imposait pourtant, devienne la capitale de sa région. Et on pourrait multiplier les exemples de ce découpage absurde de nos régions qui fait qu’à part les Bretons (qui voudraient récupérer Nantes) et les Corses, rares sont les gens qui se sentent attachés à leur région.
Il faudra donc encore un bon nombre d’années avant qu’on ose supprimer le département. Et on peut compter sur les 600.000 élus pour se draper dans leur écharpe si ce n’est dans leur dignité et sur les 1,8 million de fonctionnaires territoriaux pour hurler à la remise en cause en la démocratie et de la République. De Gaulle disait qu’il était difficile de diriger un pays qui possédait 360 fromages. Il est sûrement encore plus difficile de s’attaquer à 600.000 fromages.
Pour donner l’exemple en amorçant le mouvement et surtout pour faire des économies, le gouvernement vient d’évoquer la possibilité de supprimer, éventuellement, quelques sous-préfectures. C’est aussitôt la levée générale de tous les boucliers.
Il est vrai que pour certaines petites villes qui ont déjà perdu leur régiment et leur tribunal (et bien souvent leur industrie traditionnelle) la fermeture de leur sous-préfecture ressemblerait à un coup de grâce. Mais qui peut dire à quoi sert un sous-préfet si ce n’est à aller déposer, une ou deux fois par an, une gerbe au pied du monument aux Morts ? Ce n’est évidemment pas lui qui va redynamiser sa sous-préfecture, attirer des investisseurs, créer de l’emploi. Il a une belle casquette mais il n’a aucun pouvoir, aucun moyen.
Il serait désagréable de citer des noms mais chacun a déjà dîné, dans une bourgade charmante et perdue, chez le médecin, le notaire ou le vétérinaire, avec Monsieur le Sous-Préfet du coin. En l’entendant, au dessert, vanter l’action du gouvernement (quel qu’il soit) on trouve qu’il ne lui manque que des favoris et des binocles et que rien n’a changé depuis Alphonse Daudet et son fameux sous-préfet aux champs.
Bien sûr qu’il faut supprimer un bon nombre de sous-préfectures. Mais il sera intéressant de voir si ce gouvernement va avoir le « courage » de dégraisser un peu cet autre mammouth qu’est l’administration territoriale que la décentralisation, funeste à bien des égards, n’a fait que rendre plus ventripotent encore.

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