L’anti-sarkozisme a permis à François Hollande de se faire élire président de la République. Mais rien ne dit que ce même anti-sarkozisme puisse servir de politique pendant tout le quinquennat. C’est un peu court. Or, on a bien l’impression que la gauche au pouvoir n’a qu’une seule idée en tête : « détricoter » systématiquement tout ce qui a pu être fait entre 2007 et 2012 par ses prédécesseurs.
Alors que ni Chirac ni Sarkozy n’avaient osé supprimer les 35 heures instaurées par Jospin et Martine Aubry, Hollande veut annuler le recul du départ à la retraite à 62 ans, le principe du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partis à la retraite et les quelques allégements fiscaux décrétés par Sarkozy.
Pourtant, tout le monde reconnait que, dans le monde d’aujourd’hui, la retraite à 60 ans est une aberration, qu’il y a beaucoup trop de fonctionnaires dans le pays et que la France est écrasée d’impôts. Certes, Sarkozy a eu tort de s’attaquer à l’âge de la retraite alors que la réforme (qui s’imposait) n’aurait dû tenir compte que de la durée des cotisations ce qui aurait été infiniment plus juste. Il a eu tort aussi de s’en prendre à toute la fonction publique alors qu’il y a, évidemment, des ministères où l’on manque de personnel et d’autres où les ronds-de-cuir sont pléthoriques. Et il est vrai que certains des allégements fiscaux qu’il a décidés semblaient bien souvent favoriser les « privilégiés ».
Mais en supprimant d’emblée la défiscalisation des heures supplémentaires, le nouveau pouvoir prouve surtout qu’il veut régler des comptes.
9 millions de Français bénéficiaient de cette mesure. Ce n’étaient ni de gros capitalistes ni de grands patrons mais de modestes salariés, bien souvent payés au SMIC, et qui pouvaient ainsi un peu arrondir leurs fins de mois difficiles en travaillant, quand c’était possible, deux ou trois heures de plus par semaine. 9 millions de « braves gens » qui, pour la plupart, ont sans doute voté François Hollande. Ils doivent, ce matin, commencer à déchanter.
Moscovici et Cahuzac nous affirment qu’inciter, par la défiscalisation, les patrons à recourir aux heures supplémentaires leur permet de ne pas avoir à embaucher. Rien ne le prouve. Les patrons donnent quelques heures supplémentaires à leurs salariés quand il y a un petit surplus de travail, de commandes à honorer. Pour embaucher, il faudrait qu’ils soient sûrs de l’avenir, ce qui n’est le cas pour personne aujourd’hui, ou alors qu’une nouvelle réglementation leur permette de licencier plus facilement en cas de retournement de la situation.
Les socialistes semblent toujours convaincus que pour faire baisser le chômage il suffit de partager le travail. C’était déjà ce qu’avait cru naïvement Léon Blum en instaurant les 40 heures, en 1936, et le chômage avait aussitôt explosé. Hollande et ses amis de la rue Solferino continuent à croire que les 35 heures et la retraite à 60 ans ont permis de créer des emplois. Ils ignorent sans doute que nous avons plus de 4,5 millions de chômeurs. Ils ne veulent toujours pas reconnaitre une loi évidente de l’économie : moins on travaille et moins il y a de travail.
Re-fiscaliser les heures supplémentaires ne va pas créer des emplois. Les patrons, de plus en plus inquiets de l’avenir, continueront à recourir aux heures supplémentaires quand ils en auront besoin. Mais, en les payant davantage, ils vont évidemment perdre encore un peu de leur pauvre compétitivité. Et leurs salariés vont encore perdre un peu de leur pouvoir d’achat.
On dira que la défiscalisation de ces heures supplémentaires n’était qu’un pis-aller, une « astuce » pour essayer de faire gagner un peu plus aux plus défavorisés en les faisant travailler un peu plus. C’est vrai mais c’était déjà ça.
Hollande prône le « redressement productif » de la France. C’est une très bonne idée. Mais ce n’est pas en s’attaquant, par anti-sarkozisme primaire, aux quelques « niches » qui permettaient aux uns de produire un peu plus et aux autres de mettre un peu de beurre dans les épinards qu’on va redresser la production.
On attend une grande réforme de la fiscalité, une remise à plat du Code du Travail et du système de protection sociale, des mesures concrètes pour réveiller l’innovation. Hollande ne doit plus s’attaquer au sarkozisme, il doit s’attaquer au « mal français », c’est-à-dire, en fait, beaucoup plus à l’héritage de la gauche qu’à celui de la droite qui, depuis 50 ans, s’est bien souvent contentée d’entériner la politique de ses adversaires.
Personne n’ose le dire mais « le mal français » c’est un socialisme rampant depuis un demi-siècle, avec trop d’impôts, trop de lois, trop de fonctionnaires, l’assistanat généralisé et un Etat collectiviste et ventripotent. Ce qu’on espère de ce président socialiste ce n’est pas seulement « qu’il la joue simple, modeste et normale », mais qu’il libère la France de cette idéologie totalement passéiste qui l’a conduite à la ruine.
L’ennui, c’est que ce président qui se dit « normal » est tout de même socialiste. Ce qui n’est pas « normal » dans ce monde du XXIème siècle.

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