L’Algérie célèbre les 50 ans de son indépendance et, une fois de plus, c’est l’occasion, en France, de s’interroger sur les relations franco-algériennes. Elles sont désespérément mauvaises.
Pourtant, un demi-siècle après la fin de cette guerre qui ne voulait pas dire son nom, il y a évidemment de moins en moins, d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée, de survivants de ces « événements » (85% de la population algérienne n’étaient pas nés en 1962).
Aujourd’hui, en Algérie, quand on parle de « la guerre », on évoque les années terribles, 1992-2000, au cours desquelles l’armée (algérienne) pourchassa, traqua, massacra les Islamistes qui avaient remporté les élections et qui s’étaient à leur tour lancés dans le terrorisme quand le pouvoir avait annulé ce scrutin. Et en France, la guerre d’Algérie n’est plus qu’un très lointain et très mauvais souvenir. On a même oublié que c’est cette guerre d’Algérie qui acheva la IVème République et que, sans de Gaulle, la France aurait sans doute basculé dans le pire des chaos.
Pourtant aussi, depuis l’indépendance, d’innombrables entreprises françaises font des affaires en Algérie, Paris achète du gaz et du pétrole à Alger et des centaines de milliers d’Algériens sont bien contents d’avoir trouvé du travail en France.
Mais rien n’y fait, nos relations demeurent détestables. Giscard, Mitterrand, Chirac et Sarkozy ont tout essayé pour tenter de normaliser cette situation. En vain. Ils se sont toujours heurtés à la haine anti-française des gens au pouvoir à Alger.
Pourquoi ? Parce qu’aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, un demi-siècle après les accords d’Evian, ce sont toujours les anciens responsables de la rébellion qui dirigent (d’une main de fer) l’Algérie. Bouteflika est encore président, le Front de Libération Nationale est encore le parti dominant, les anciens chefs des willayas tiennent encore les rênes de l’administration et de l’économie. Et la guerre contre les Islamistes n’a fait que les renforcer.
Or, le bilan de ces cinquante années d’indépendance est épouvantable. L’Algérie avait tout pour réussir, des infrastructures laissées par les Français, une agriculture florissante, une jeunesse prometteuse et surtout ses fabuleuses richesses pétrolières. Mais, aujourd’hui, l’Algérie est un pays en ruines, dévasté par l’incompétence notoire de ses dirigeants et, plus encore, par leur corruption. Personne n’est capable de dire où sont passés les gigantesques revenus du gaz et du pétrole et la jeunesse algérienne n’a qu’un rêve : obtenir un visa pour aller tenter sa chance en France.
Pour expliquer leurs échecs et cacher le système maffieux qu’ils ont instauré, tous les dirigeants, Ben Bella, Boumediene et maintenant Bouteflika n’ont jamais eu qu’un seul alibi : la France, responsable de tous les malheurs de l’Algérie, avec la colonisation et la guerre d’indépendance.
Il va sans dire que l’opinion algérienne n’est pas dupe. Mais elle est muselée par un régime autoritaire de vieillards plus ou moins en uniforme qui se targuent, aujourd’hui encore, de lui avoir donné l’indépendance et de l’avoir sauvée d’une révolution islamiste.
Tant que cette génération qui n’a comme fonds de commerce que la haine de l’ancienne puissance coloniale sera au pouvoir il est totalement absurde d’essayer de normaliser nos relations avec Alger.
Bouteflika veut « des excuses » de la France. Il oublie que dans toute guerre « les torts » sont toujours partagés et que si la répression menée par l’armée française contre les bandes de fellaghas a souvent été sans pitié, le terrorisme du FLN a été tout aussi affreux, avec ses attentats aveugles, ses innombrables assassinats de civils totalement innocents, sans parler du massacre des harkis. Il oublie aussi qu’alors qu’elle avait gagné militairement la guerre, la France a accepté de donner l’indépendance à l’Algérie et que les Algériens ont totalement trahi les accords d’Evian.
A plusieurs reprises, et sans qu’on comprenne vraiment pourquoi, les prédécesseurs de François Hollande ont voulu signer « un traité d’amitié » avec l’Algérie. A chaque fois, ils ont été injuriés par Alger. Il serait sans doute temps que nous comprenions que les Algériens (du moins ceux qui sont au pouvoir) ne sont pas nos « amis ». Nous pourrions d’ailleurs nous en consoler facilement.
On veut donc espérer que François Hollande saura ignorer comme il convient les exigences délirantes du petit potentat d’Alger et attendra tranquillement que cette génération qui a conduit l’Algérie au désespoir disparaisse pour envisager d’éventuelles relations normales (mais sans plus) avec ce pays.

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