Même si l’on ne s’intéresse guère au sport, il est difficile d’ignorer que les Jeux Olympiques se déroulent actuellement à Londres et, avant de s’émerveiller devant les prouesses des uns et de s’étonner des contre-performances des autres, il y a une chose qui frappe. C’est l’engouement des Britanniques pour cette énorme manifestation.
Mieux encore. Mis à part les quelques ronchons qui râlent en se demandant combien tout ça va coûter aux contribuables ou qui sont furieux des embouteillages que cela provoque dans les rues de Londres, tous les Britanniques qu’interrogent les télévisions se disent « fiers d’être Britanniques ». Les jeunes, les vieux, les riches, les pauvres, les blancs, les noirs, ceux qui ont des allures de lord comme ceux qui ressemblent à des Hooligans.
Tous sont fiers de la cérémonie d’ouverture, fiers de leur reine qui a accepté de jouer un gag très british avant de s’endormir un peu dans la tribune officielle, fiers de voir toutes les caméras de la planète braquées pour deux semaines sur leur capitale.
Comme ils avaient d’ailleurs déjà été fiers d’être britanniques, il y a quelques semaines, lors du soixantième anniversaire du couronnement d’Elisabeth.
On se pose alors forcément une question. Nous arrive-t-il aussi, de temps en temps, à nous autres, d’être fiers d’être français ?
La dernière grande manifestation de liesse populaire commence à dater un peu. C’était en juillet 1998 quand la foule envahit les Champs Elysée après la victoire au Mondial de football de Zidane et de ses amis.
Certains avaient alors affirmé, un peu vite, qu’une nouvelle France « blanche, black, beurre » avait vu le jour et que les Blancs, les Blacks et les Beurres, agitant des drapeaux bleus, blancs, rouges, étaient enfin tous fiers d’être français. La suite des événements a malheureusement prouvé que ces jeunes avaient été fiers de la victoire beaucoup plus que de la France et que cette fierté n’empêchait pas certains d’entre eux de siffler La Marseillaise à la première occasion et dans ce même stade de France. Quoi qu’il en soit, depuis, on n’a plus jamais vu de foules manifester leur fierté d’être français.
On dira que la situation économique et sociale de notre pays n’incite guère à l’enthousiasme et à l’autosatisfaction. Mais les Britanniques connaissent les mêmes crises que nous, parfois en pire.
Le problème est ailleurs. Les Britanniques célèbrent leur grandeur passée, leurs victoires, leur domination, jadis, sur les mers, l’empire des Indes, quand le soleil ne se couchait jamais sur les terres de l’Union Jack.
Nous, nous ne nous complaisons que dans les pages les plus noires de notre Histoire. Il y a quelques semaines, nous commémorions la Rafle du Vel d’Hiv et du même coup la défaite de 1940 et la honte de la collaboration. Peu avant, nous commémorions le cinquantième anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, une autre défaite, cette fois politique. Et nous en profitions pour faire l’auto-procès de notre politique coloniale et accuser notre armée des pires atrocités. Nous avons une Garde des Sceaux, indépendantiste guyanaise, qui s’est illustrée en faisant passer une loi qui fait de l’esclavage un crime contre l’humanité –ce qui est vrai- mais qui fait surtout passer la France pour un pays de criminel.
Et on pourrait multiplier à l’infini les exemples de ce masochisme institutionnel qui répète à satiété à nos jeunes que la France n’a jamais été qu’un pays vaincu, esclavagiste, colonialiste, tortionnaire. Pourtant ce ne sont pas les pages glorieuses, les épopées et les héros qui nous manquent.
Comment voudrait-on alors que les jeunes, blancs, blacks ou beurres, puissent être fiers d’être Français. Les blancs sont honteux, les autres bien souvent haineux.
Or, c’est connu, un pays qui a honte de son passé n’a pas d’avenir.

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