Jean-Marc Ayrault vient d’annoncer que les couples homosexuels pourront convoler en justes noces dans les 36.000 mairies de la République dès l’année prochaine. Ce n’est pas une surprise. François Hollande l’avait promis tout au cours de sa campagne électorale. Et il est vraisemblable que cette loi passera comme une lettre à la poste. D’abord, parce que les socialistes sont majoritaires à l’Assemblée et au Sénat, ensuite, parce que les lobbies homosexuels ont réussi à faire croire à l’opinion publique que cette nouveauté allait « dans le sens de l’Histoire », pour ne pas dire du progrès, enfin, parce que les Français se préoccupent davantage de la dégradation de leur vie quotidienne que du sort des homosexuels.
Chacun de nos présidents a voulu marquer son mandat par une petite révolution. Giscard a abaissé l’âge de la majorité légale à 18 ans, Mitterrand a aboli la peine de mort, Chirac a supprimé le service militaire, Sarkozy a retardé l’âge de la retraite. Hollande aura autorisé le mariage des homosexuels. Ce qui n’empêche pas la France, depuis Giscard, de creuser sa dette, d’augmenter le nombre de ses chômeurs et de dégringoler sur bien des plans.
Tout le monde reconnait aujourd’hui –et c’est heureux- que la vie sexuelle fait partie de la vie privée de chacun et que chacun peut donc mener la sexualité qu’il entend. On a même compris que, pour des raisons matérielles, les homosexuels souhaitaient que le législateur reconnaisse l’existence de leurs couples. Le Pacs leur a donné satisfaction. Il peut, sans doute, être encore amélioré.
On comprend moins leur désir de mariage. Pendant des décennies, ils ont réclamé « le droit à la différence » et maintenant ils exigent qu’il n’y ait plus aucune différence. Ils veulent pouvoir, comme les autres, se marier et même, oubliant que les lois de la nature sont plus fortes que celles des parlements, avoir des enfants.
Dans l’ambiance actuelle, personne n’osera faire remarquer que les mots ont un sens. Depuis Adam et Eve, ou presque, le mariage est, comme le rappelle encore aujourd’hui le dictionnaire, « l’union légale d’un homme et d’une femme » qui pourront ainsi, officiellement, créer (en procréant) une famille. Et ce n’est pas verser dans l’homophobie la plus primaire que de rappeler que, quels que puissent être demain les progrès de la science, jamais deux personnes du même sexe ne pourront donner naissance à un enfant. Ce qui ne les empêche pas, bien sûr, de s’aimer et de vivre ensemble mais ce qui rend absurde l’expression même de « mariage homosexuel ».
On en vient à se demander si une société qui perd totalement le sens des mots, et donc ses repères, ne plonge pas dans la décadence, à force de ne plus savoir ce que parler veut dire.
Personne n’a sursauté quand Sarkozy nous a sorti « la discrimination… positive », personne n’a bronché quand on s’est mis à évoquer « la croissance… négative », personne n’a été étonné qu’on nous parle de « drogues… douces », personne ne s’insurge du « mariage… des homosexuels » ni d’ailleurs de l’autre innovation que nous préparent les socialistes, « le droit de vote… des étrangers », comme si le droit de vote n’était pas, par définition et fondamentalement, inhérent à la citoyenneté.
Ceux qui osent contester le mariage des homosexuels ou le droit de vote des étrangers, deux formules aussi absurdes l’une que l’autre, sont désormais immédiatement accusés d’homophobie ou de xénophobie. Ils ne sont, en fait, qu’attachés à l’étymologie des mots et refusent que, pour plaire à la mode et céder devant quelques minorités agissantes, on torde le cou aux réalités et qu’on se mette à faire dire aux mots le contraire de ce qu’ils veulent dire.
Les partisans de l’Europe fédérale viennent d’inventer, à leur tour, une expression qui aurait dû faire éclater de rire quelques centaines de millions d’Européens. Ils nous parlent maintenant de « la souveraineté… partagée », voulant sans doute nous faire croire qu’on pourrait à la fois être maitre chez soi et laisser les autres y faire la loi.
Mais nous sommes, depuis bien longtemps, habitués à ce que nos dirigeants nous racontent n’importe quoi. Il était prévisible qu’à force de perdre tout bon sens, ils finissent par perdre le sens des mots.

Mots-clefs : ,