Clemenceau disait souvent : « Quand on veut enterrer un problème on crée une commission ». Il avait raison. Depuis l’époque du « Tigre », on a créé tant de commissions de tout et de n’importe quoi que, sur ce plan-là, la France ressemble à un immense cimetière dans lequel, sous les pierres tombales de toutes ces commissions, gisent d’innombrables problèmes toujours pas résolus.
Ne soyons cependant pas injustes. Une commission permet de caser quelques copains mis en chômage technique par les électeurs, voire de vieux complices que l’âge et les circonstances poussaient vers des maisons de retraite. En leur accordant, aux uns et aux autres, aux frais de la République, un peu de beurre pour mettre dans leurs épinards, un bureau, quelques secrétaires, voire une voiture de fonction, on renvoie un ascenseur tombé en panne depuis longtemps et on fait semblant de croire qu’ils peuvent encore servir à quelque chose même s’ils n’ont, bien souvent, jamais servi à rien.
On ne le sait pas toujours mais il y aurait en France, actuellement, quelque chose comme… 697 commissions qui couteraient en gros 28 millions d’euros par an au contribuable. Il y a, par exemple, « la Commission sur l’initiative française pour les récifs coralliens », « la Commission d’indemnisation des dégâts de gibiers », « la Commission du calcul intensif », « la Commission du bien-être des gens de la mer », « la Commission de la néologie en matière juridique », etc., etc. Cela tient à la fois de Courteline, d’Ubu et de Kafka.
Alors qu’il nous a promis de faire des économies (et des augmentations d’impôts), François Hollande vient de créer une commission de plus : « la Commission pour la rénovation de la vie publique ». Comme le dit l’homme de la rue : « Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir ! ».
Cette commission a pour but de « proposer des mesures de moralisation de la vie publique et des règles de déontologie ». Elle étudiera donc la question du non-cumul des mandats, celle du statut pénal du président de la République, celles des modes de scrutin mais aussi les questions de la simple morale à laquelle nos élus ne devraient pas déroger.
Il est, en effet, important de savoir –enfin !- si oui ou non les élus de la République peuvent taper dans la caisse, recevoir des pots-de-vin ou des rétro-commissions, pistonner leurs amis, caser leur famille dans des postes juteux. On attend avec impatience les réponses à toutes ces questions que ne semble jamais s’être posé un certain nombre de ténors et de seconds-couteaux de notre personnel politique.
Le président a nommé Lionel Jospin à la tête de cette commission, dix ans après la défaite cuisante et mémorable de l’ancien Premier ministre à la présidentielle de 2002. C’est ce qui s’appelle « ressortir un pote du placard ». Jospin a laissé l’image d’un parpaillot rigoureux, « l’austère qui se marre », ce qui peut laisser croire que, sur le plan de la moralité, il est au-dessus de tout soupçon. On ne va tout de même pas lui reprocher d’avoir accusé la droite d’avoir été dreyfusarde ni lui demander comment il a bien pu s’offrir sa belle maison de l’île de Ré.
Pour faire bonne mesure, Hollande lui a accolé Roselyne Bachelot qui s’est surtout illustrée en trahissant Chirac auquel elle devait tout, puis, plus récemment, Sarkozy en crachant dans la soupe au fil d’un petit bouquin vengeur, mais aussi en embauchant son propre fils à son propre cabinet et, elle la pharmacienne de profession, en faisant acheter par l’Etat à un laboratoire qu’elle connaissait bien des millions de vaccins totalement inutiles.
On peut imaginer que cette commission étudiera aussi le statut de la compagne du chef de l’Etat.
Jospin, Bachelot et leurs acolytes ont quatre mois pour répondre à toutes ces questions et nous dire, par exemple, si Valérie Trierweiler peut encore envoyer des tweets vengeurs…

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