En regardant aujourd’hui (et il était difficile d’y échapper) les festivités du jubilé de la Reine d’Angleterre, on finissait par se dire, tout en ayant, bien sûr, souri devant le côté un peu désuet pour ne pas dire un brin ridicule de la manifestation, qu’après tout cette royauté n’était pas aussi inutile qu’on pourrait le croire.
Il ne fait aucun doute que pour ses sujets –leur enthousiasme le démontrait aujourd’hui- cette vieille dame en chapeau incarne la nation britannique, c’est-à-dire son peuple, son flegme élégant, la langue de Shakespeare, sa terre sous la pluie, sa culture, le thé à 5 heures, le cricket, les Rolls, l’amour des chiens, des chevaux et du pudding.
Que les Conservateurs ou les Travaillistes soient au pouvoir n’a aucune importance, « Elle » est là, au-dessus de la mêlée, au balcon de ses palais, brandissant l’Union Jack. La Grande-Bretagne n’est plus une île depuis le tunnel sous la Manche, connait, et souvent en pire, tous les problèmes que nous avons, nous aussi, à affronter, mais elle reste à part, et surtout plus ou moins unie, soudée… grâce à sa Reine.
C’est peut-être ce qui nous manque. Quelqu’un incarnant la nation. Car il faut bien dire que, mis à part de Gaulle, aucun de nos présidents n’a jamais réussi à tenir ce rôle si particulier. Tous, au soir de leur élection nous ont déclaré qu’ils étaient désormais « le président de tous les Français ». Mais ils étaient soit un président « de droite », soit un président « de gauche ». Et, d’ailleurs, tous nommaient aussitôt un Premier ministre de leur camp, un gouvernement de leur camp, des hauts fonctionnaires de leur camp. C’est le système qui veut ça et personne, bien sûr, n’aurait l’idée saugrenue de souhaiter un retour de la royauté en France.
N’empêche qu’il nous manque, en effet, quelque chose et que 48 ou 49% des Français ne se sentiront jamais représentés par notre chef de l’Etat et attendront toujours avec impatience la prochaine alternance pour se reconnaitre dans le nouvel élu.
Certes, nous avons en commun le buste de Marianne, le drapeau tricolore, La Marseillaise, notre langue, certains grands principes, quelques beaux souvenirs historiques, des restes d’une grande culture mais tout cela manque cruellement de chair et commence à s’étioler dangereusement. On aimerait que notre personnel politique en prenne conscience.
Depuis des années, quand ils nous parlent de la France c’est pour évoquer la croissance qu’ils nous promettent, en vain, le chômage qu’ils n’arrivent pas à juguler, la compétitivité que nous ne retrouvons pas ou « l’exception française » qu’ils prétendent sauvegarder et qui a déjà causé notre ruine.
Ils n’ont pas compris que, face à la mondialisation inéluctable, à l’Europe vacillante, à l’immigration inévitable, à tous les chamboulements qui ont totalement bouleversé notre pays, notre peuple, notre société, nous aimerions qu’on nous parle, de temps en temps, de la France qu’on n’ose plus dire « éternelle » mais qui, au-delà de tous les clivages politiques, sociaux, culturels, continue, vaille que vaille, quotidiennement à nous unir.
En Angleterre, il leur suffit d’apercevoir la Reine dans son carrosse pour savoir qu’ils sont encore Anglais et que ça veut tout de même encore dire quelque chose. Ils ont plus de chance que nous. Vive la Reine !

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