C’est la première fois dans l’histoire de la République qu’un gouvernement a le culot d’annoncer une mesure importante -et bien sûr populaire- à quatre jours des élections législatives. Annoncer (le mercredi) à 110.000 électeurs (qui voteront le dimanche) qu’ils pourront prendre leur retraite deux ans plus tôt que prévu c’est ce qui s’appelle, au choix, de l’électoralisme ou de la démagogie.
Certes, la remise en cause de la loi Sarkozy-Fillon qui faisait passer l’âge légal du départ à la retraite de 60 à 62 ans faisait partie des promesses du candidat Hollande. Bien des électeurs avaient d’ailleurs cru comprendre que tout le monde pourrait bénéficier de ce retour à 60 ans. En fait, et Hollande l’avait précisé, sa promesse ne s’adressait, dans un premier temps, qu’à ceux ayant commencé à travailler à 18 ou 19 ans et ayant cotisé pendant 41 ou 41,5 ans. On l’a oublié mais la réforme de Sarkozy accordait déjà ce « privilège » du départ à 60 ans à ceux ayant commencé à travailler à 16 ou à 17 ans et ayant cotisé 41 ans.
Après avoir reçu les syndicats, Hollande a ajouté que les mères de famille pourraient bénéficier de deux trimestres « virtuels » de cotisations supplémentaires (elles avaient déjà droit à quatre trimestres supplémentaires) et que les chômeurs auraient désormais droit à deux trimestres supplémentaires dans le calcul de leurs années de cotisations.
Toutes ces nouvelles dispositions coûteront 1,1 milliard dès l’année prochaine et augmenteront d’année en année pour atteindre 3 milliards en 2017.
Bien sûr, la droite et le Medef s’étranglent d’indignation en affirmant que la situation financière du pays de permet pas de telles « folies ». Ils ont un peu raison.
Cela dit, la réforme de Sarkozy était absurde. S’il était évident qu’il fallait réformer nos retraites, n’était-ce qu’en raison de l’allongement de l’espérance de vie et de l’amélioration des conditions de travail, un minimum d’équité aurait exigé qu’on ne tienne compte que du nombre d’années de cotisations. S’attaquer, par pure idéologie, au symbole des 60 ans c’était évidemment obliger les salariés « défavorisés », n’ayant pas fait de longues études et étant donc entrés plus tôt que les autres dans la vie active, à travailler beaucoup plus longtemps que les autres pour avoir droit à leur retraite.
Sur le fond, il n’y a donc rien à redire. Non seulement c’était une promesse du candidat mais il est parfaitement normal de ne pas demander davantage d’années de cotisations aux uns par rapport aux autres.
C’est sur la forme qu’on peut s’étonner. Il est invraisemblable que le gouvernement s’attaque au dossier des retraites par décret. Le sujet mérite amplement un débat au Parlement et une loi. Hollande s’était engagé à redonner tous leurs pouvoirs aux corps intermédiaires et donc aux parlementaires.
Et puis pourquoi cette précipitation ? Ce texte ne devait être qu’à l’ordre du jour du Conseil des ministres de la semaine prochaine. Hollande a voulu le sortir avant le premier tour des législatives. Ce n’est pas convenable. D’ailleurs le décret ne sera publié au Journal officiel que dans quelques semaines et n’entrera en application que le 1er novembre, il n’y avait donc rien de si urgent.
On se demande, au cas où ce premier tour des législatives serait décevant pour la gauche, ce que le gouvernement va bien pouvoir nous annoncer brusquement la semaine prochaine, avant le second tour.
On reproche, ce matin, au président de la République les excès de vitesse de son cortège sur l’autoroute alors qu’il rentrait de Normandie où il avait assisté aux cérémonies de l’anniversaire du Débarquement. 180 km/heure c’est la perte du permis de conduire. Il faudrait qu’il apprenne à ne pas trop accélérer. Avec les retraites, il est allé trop vite. Il risque de perdre quelques points.

Mots-clefs : ,