Il faut bien dire qu’on avait complètement oublié Dominique de Villepin. Ceux qui avaient (un peu) cru en lui l’année dernière avaient été très déçus qu’il jette l’éponge dans la course à l’Elysée. Les uns avaient été scandalisés qu’il n’ait pas pu obtenir les fameuses 500 signatures pour se présenter. Les autres avaient même imaginé que l’ancien Premier ministre avait trouvé là un faux prétexte pour abandonner la partie. On disait qu’il avait eu, en fait, ces signatures mais que, devant les sondages qui ne lui accordaient que 2% des voix, il avait préféré trouvé cet alibi pour ne pas se ridiculiser.
Ce matin, sur BFM, Villepin, revenant, a déclaré qu’il pensait à réintégrer l’UMP, qu’il avait déjà rencontré Jean-François Copé et qu’il allait rencontrer Fillon, Raffarin, Juppé et « tout le monde ».
Il ne fait aucun doute qu’il y a aujourd’hui une place à prendre à la tête de l’UMP. Certes, les candidats sont déjà nombreux. Il y a, bien sûr, Copé et Fillon mais il y a aussi Juppé et maintenant Baroin et même Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais tous ont un « défaut » qui pourrait être rédhibitoire. Ils ont tous été, d’une manière ou d’une autre, sarkozistes. Or, après le quinquennat qui vient de s’achever et les deux défaites électorales qui l’ont sanctionné, la droite, en lambeaux, ne pourra pas se reconstruire avec ceux qui ont été sur le devant de la scène de 2007 à 2012.
Cette bataille pour prendre le commandement de l’opposition dépasse d’ailleurs de beaucoup une simple querelle d’égos. Elle souligne l’énorme fracture provoquée au sein de l’UMP par la droitisation à outrance à laquelle s’est livré Sarkozy tout au cours de son quinquennat et plus encore dans les derniers mois. Tous ces gens n’ont plus rien à faire ensemble. Dans une auberge espagnole, comme l’était devenue l’UMP, après un cataclysme, chacun repart de son coté, dans sa propre direction.
Pudiquement aujourd’hui, personne n’ose s’en prendre à l’ancien président qu’on a servi docilement. Alors, on fait le procès de Patrick Buisson comme si c’était cet homme de l’ombre, cette âme damnée, qui avait tiré les ficelles d’une marionnette nommée Sarkozy. C’est un peu facile et personne n’est dupe.
En réalité, les choses sont simples. L’UMP a tout l’été pour décider si elle doit se rapprocher des électeurs –si ce n’est des dirigeants- du Front National pour constituer une opposition radicale à la gauche au pouvoir (et récupérer des voix) ou si elle doit s’accoquiner plus ou moins avec Borloo et ses amis qui viennent de constituer un groupe à l’Assemblée.
Virage à droite-toute ou retour vers le centre ? Cela fait des années que cette droite qui prétendait rassembler toutes les familles de la droite et du centre-droit se pose cette même question. Maintenant, il lui faut prendre position car elle ne pourra pas s’en tenir, pendant les cinq ans à venir, au « ni-ni », ni à l’extrême-droite ni au centre, qu’elle avait adopté pour rejeter à la fois le Front National et le Front républicain.
Ce choix inévitable provoquera évidemment, et avant la prochaine échéance électorale des municipales de 2014, l’explosion du mouvement avec, d’un côté, les « populaires » et, de l’autre, les « humanistes » qui ne peuvent plus cohabiter ensemble.
Sur le papier, Villepin a, évidemment, une carte à jouer. Personne ne peut lui reprocher de s’être compromis avec Sarkozy. Pendant tout le quinquennat, il a été le seul, à droite, à dénoncer, sans ménagement, les erreurs du président. Et le « gaullisme social » qu’il incarne jusqu’à la caricature devrait rassembler non seulement une bonne partie de ces élus désorientés mais aussi de nombreux Français déçus (et c’est un euphémisme) par Sarkozy et dont certains n’ont voté Hollande que par défaut.
Hier, on vient encore d’annoncer une nouvelle augmentation du nombre des chômeurs, la fermeture prochaine de nombreuses entreprises, une baisse du niveau de vie et une inévitable augmentation des prélèvements obligatoires. Tous les Français ont déjà compris que, comme l’a dit Villepin ce matin «Des promesses ont été faites mais la réalité s’impose » et qu’il serait grand temps que « le gouvernement atterrisse ».
Devant une droite battue et rebattue, sans chef, ni idéologie et une droite omnipotente mais qui va droit dans le mur, Villepin se sent prêt à assumer le rôle d’homme recours si ce n’est providentiel dont il a toujours rêvé.
Seulement voilà, Villepin a tout pour déplaire. Il n’a jamais été élu, il a toujours affiché son mépris pour les élus, voire même pour les électeurs, il n’a pas su gérer le petit parti qu’il avait créé, République solidaire, il est, avec sa morgue incurable, désespérément seul et s’en complait.
Se prenant toujours pour de Gaulle, il est convaincu qu’on viendra le chercher comme les dirigeants de la IVème République agonisante étaient allés chercher le Général à Colombey en 1958. On peut dire que la Vème République est, elle aussi, finissante, que la crise sans précédent dans laquelle nous sommes engloutis rappelle la gravité de ce qu’était la guerre d’Algérie, que la montée du Front National évoque les succès du Poujadisme de 1955 et que les sondages de l’époque ne donnaient que… 2% à de Gaulle.
Bref, personne ne se faisant la moindre illusion sur les chances de François Hollande à redresser le pays, tout le monde est sans doute d’accord pour dire qu’il nous faudrait un nouveau de Gaulle.
L’ennui c’est que Villepin n’est pas de Gaulle.
Les « petits marquis » de l’UMP préféreront s’entredévorer jusqu’au dernier plutôt que de se rallier à son panache blanc et on voit mal des Français qui viennent de faire semblant de gober toutes les belles promesses de Hollande adhérer à un villepinisme parfois difficile à comprendre.

Mots-clefs :