Les soirées électorales sont toujours un spectacle réjouissant à la télévision. Chacun, vainqueur ou vaincu, se félicite de ses bons résultats. Hier soir, personne ou presque n’a dérogé à la tradition. Martine Aubry et ses amis, vendant peut-être un peu la peau de l’ours avant de l’avoir tué, nous ont laissé entendre que le PS pourrait bien, dimanche prochain, remporter, à lui seul, la majorité absolue des sièges et Jean-François Copé et les siens nous ont affirmé, les yeux dans les yeux, que l’UMP avait fait… mieux que le PS.
Bref, tout le monde était content, comme toujours. A part, peut-être, Jean-Luc Mélenchon, bien obligé de reconnaitre qu’il avait eu tort d’aller défier Marine Le Pen dans son fief, et François Bayrou qui ne semblait toujours pas comprendre pourquoi son ralliement de dernière minute à François Hollande avait déplu à ses électeurs.
En fait, au-delà de cette autosatisfaction quasi générale et traditionnelle, il n’y a que trois chiffres à retenir de ce premier tour des législatives.
D’abord, les 42% d’abstentions. C’est un (triste) record dans toute l’histoire de la Vème République. Il prouve à l’évidence que, depuis que les législatives se font dans la foulée de la présidentielle, les Français considèrent qu’elles n’ont plus aucun intérêt. Notre système s’est totalement présidentialisé. La course à l’Elysée est désormais la seule compétition encore capable d’attirer du public.
On en vient à se demander si ceux qui proposent que les deux scrutins se fassent le même jour n’ont pas raison. On pourrait d’ailleurs aller encore plus loin et décider que le président élu désigne lui-même les parlementaires. On gagnerait du temps et de l’argent.
Mais personne ne se rend compte qu’on confond ainsi totalement, depuis quelques années, le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. D’ailleurs décider (comme l’a fait Jean-Marc Ayrault et comme l’avait fait Nicolas Sarkozy) qu’un ministre battu aux législatives ne peut pas rester au gouvernement est, évidemment, mélanger dangereusement les genres. C’est oublier que le travail du gouvernement n’a rien à voir avec celui du Parlement et qu’un ministre ne reçoit pas sa légitimité du peuple mais du président de la République. Une telle « loi » sous-entend aussi qu’un ministre (sénateur ou issu de la société civile) qui ne se présente pas aux législatives n’a aucune légitimité. Il faudra qu’un jour on en revienne aux grands principes de la séparation des pouvoirs.
Le deuxième chiffre à retenir c’est, bien sûr, celui des résultats du Front National. 13,73% à des législatives est beaucoup plus significatif que 17,90% à une présidentielle et cela confirme la position du parti de Marine Le Pen sur la troisième marche du podium, derrière le PS (29,35%) et l’UMP (27,19%). Les autres, le Front de gauche (6,74%) ou Europe-Ecologie-les-Verts (5,40%) ne font que de la figuration et n’ont pas droit au podium.
Si le Front National n’obtient aucun élu dimanche prochain cela posera, bien sûr, un problème et d’autant plus que, grâce au jeu des alliances et des combines, les amis de Cécile Duflot et ceux de Jean-Luc Mélenchon en auront plusieurs.
Enfin, dernier chiffre à retenir : les 1,77% du MoDem. Bayrou qui avait hérité de l’UDF de Giscard aura bel et bien tué la poule aux œufs d’or et le centrisme français. Il n’y a désormais plus personne entre la gauche triomphante et une UMP qui ne sait plus elle-même où elle en est, avec ses « humanistes » qui, derrière Juppé ou Fillon, tentent de survivre et ses « populaires » qui, avec Copé, lorgne vers l’extrême-droite, tout en s’en défendant.
Pour le reste, c’est comme d’habitude. Le président nouvellement élu aura sa majorité confortable car « la victoire va à la victoire » et les ténors, de gauche mais aussi de droite, retrouveront leur siège, comme si de rien n’avait jamais été, car « il n’y a que les petits qui paient les pots cassés ». Fillon, Copé, Alliot-Marie, toute les « figures » de la Sarkozie -et même Woerth (!)- seront réélus. Seule, peut-être, Nadine Morano disparaitra et personne ne la regrettera.

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