Les 27 se réunissent aujourd’hui, une nouvelle fois, à Bruxelles pour un énième sommet qu’on qualifie, comme d’habitude, de « sommet de la dernière chance ».
Personne ne se fait la moindre illusion et chacun sait parfaitement que cette réunion se terminera, comme toujours, par un communiqué d’autosatisfaction où les 27 « se féliciteront » (entre eux) des « avancées significatives » (qui ne signifient rien) auxquelles ils seront parvenus et de la « bonne entente » (en fait une mésentente à peine cordiale) qui règne désormais entre tous les responsables de l’Europe.
Quels que soient les sourires, les poignées de mains et les postures adoptées devant les photographes, jamais l’Europe n’a été en si mauvais état. Le cataclysme de la crise a fait éclater au grand jour des réalités qu’on voulait ignorer. Non seulement il y a, dans ces 27, des pays qui n’ont rien à faire au milieu de ceux qui sont encore de grandes puissances (même s’ils ont perdu beaucoup de leur puissance) mais il y a aussi, au nord, ceux qui ont su s’adapter plus ou moins à la mondialisation et, au sud, ceux qui ont voulu croire que rien n’avait changé.
La situation de la Grèce prouve bien qu’il était absurde de faire entrer dans ce club de riches des « mendigots ». Le duel entre François Hollande et Angela Merkel démontre l’abîme qui sépare les « gens du nord » des « gens du sud ».
Le président français veut qu’on parle de croissance. La chancelière allemande met la rigueur avant tout. Le Français a raison. La rigueur à la prussienne ne peut qu’asphyxier définitivement les agonisants. On le voit à Athènes. Angela Merkel est d’ailleurs d’accord maintenant pour évoquer, du bout des lèvres, ce besoin de croissance. Mais la croissance ne se décrète pas et ce ne sont pas les quelques dizaines de milliards qu’on va y consacrer qui vont permettre à des pays à la croissance négative de refaire surface.
Le désaccord le plus profond entre le Français et l’Allemande porte sur ce qu’on appelle « la mutualisation » et que le Français préfère nommer « la solidarité ». En clair, faire payer par les riches les dettes des pauvres. Ca part d’un bon sentiment. Faire payer les riches a, d’ailleurs, toujours été l’une des grandes idées des socialistes. Mais les Allemands qui seraient les premiers payeurs ne sont pas des sentimentaux. Ils n’accepteraient, éventuellement, de faire jouer cette « solidarité » qu’à la condition que l’Europe devienne fédérale et qu’un véritable pouvoir européen puisse contrôler la gestion des dépensiers irresponsables. Autant dire qu’à la condition que l’Europe devienne allemande. Ce n’est, heureusement, pas pour demain.
La position de François Hollande avec ses « euro-obligations » est donc incohérente puisqu’il refuse de voir que la mutualisation exige le fédéralisme. Jamais aucun pays riche n’acceptera de payer indéfiniment, à fonds perdus, pour des pays pauvres ayant gardé leur souveraineté et donc le droit de faire n’importe quoi et de dépenser à tout-va.
On dira que les pays européens ont déjà renoncé à l’essentiel de leur souveraineté. Il n’y a plus de frontières, les lois de Bruxelles l’emportent sur celles des parlements nationaux, la justice européenne a le dernier mot sur les tribunaux de chaque pays et 17 des pays européens ont renoncé à leur prérogative de « frapper monnaie » pour adopter l’euro. Il n’y aurait donc qu’un tout petit pas supplémentaire à faire pour que les nations européennes disparaissent à tout jamais et se fondent dans un « machin » inévitablement dirigé par Berlin.
On ne nous l’avait pas précisé mais il était évident qu’en créant une monnaie unique, l’euro, nous mettions « la charrue avant les bœufs » et que nous nous engouffrions dans une voie qui ne pouvait que nous conduire vers une gestion tout aussi unique de notre économie et de nos finances.
Le face-à-face Hollande-Merkel ne peut être qu’un dialogue de sourds. Hollande répète qu’il faut, par solidarité, sauver la Grèce et bientôt le Portugal, l’Espagne, l’Italie et même Chypre car sinon l’Europe va exploser. Merkel répète, par réalisme, que l’Allemagne en a assez de payer pour tout le monde et notamment pour ces pays qui rabaissent l’âge de la retraite, multiplient les allocations, embauchent des fonctionnaires et qui, alors qu’il leur faut trouver, dans les jours qui viennent, 10 milliards pour boucler leur budget (en déficit) ne font qu’un milliard d’économies et ne trouvent rien de mieux à faire que de créer 7,5 milliards d’impôts nouveaux, ce qui ne va sûrement pas faciliter la croissance. David Cameron sourira, sans doute, à ces allusions à peine voilées.
Il est évident qu’un socialiste arrivant au pouvoir et voulant mettre en œuvre toutes ses promesses électorales est assez mal placé pour donner des leçons de croissance et de rigueur à une Europe en déconfiture, même s’il peut compter se faire applaudir par les pays en débandade.

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