Tout le monde observe avec délectation la guéguerre qui a commencé entre François Fillon et Jean-François Copé pour s’emparer des lambeaux de l’UMP et devenir, pendant les cinq ans à venir, le chef de l’opposition au régime socialiste et donc le candidat naturel de la droite lors de la prochaine présidentielle de 2017.
La bataille pour la présidence du groupe UMP de l’Assemblée nationale, aujourd’hui, n’a été qu’une toute première péripétie et le succès de Christian Jacob, président sortant et homme de Copé, était prévisible et n’a aucune signification pour l’avenir.
Ce qui est sûre c’est que le combat entre l’ancien Premier ministre et l’actuel patron de l’UMP dépasse de beaucoup les ambitions et les haines personnelles des deux lascars. Les deux hommes ont des conceptions radicalement différentes de ce que devrait être la droite pour avoir la moindre chance de retrouver rapidement des couleurs.
Fils naturel de Philippe Séguin, le nouveau député de Paris est un gaulliste social qui rêve d’une droite de bon aloi, c’est-à-dire de centre-droit. Prêt à tout pour assouvir ses ambitions, le député-maire de Meaux est convaincu que la France s’est « droitisée » et que donc, quitte à se salir un peu les mains, il faut s’adresser résolument aux électeurs du Front National pour tenter de récupérer tout ou partie des 18% d’électeurs qui ont choisi Marine Le Pen, au premier tour de la présidentielle.
Copé n’a sans doute pas remarqué que ses amis de l’UMP qu’on qualifiait de « populaires » et qui, eux, avaient déjà, sans pudeur, multiplié les sourires vers l’extrême-droite viennent de connaitre une défaite cuisante. Ils étaient 43, ils ne sont plus que 19. Depuis qu’ils ont été dupés par Sarkozy en 2007, les électeurs du Front National ne sont plus sensibles aux sirènes de l’UMP.
Curieusement donc, l’ancien Premier ministre de Sarkozy donne totalement –mais un peu tardivement- tort à l’ancien président qu’il a docilement servi pendant cinq ans et qui, sous les conseils de son âme damnée, Buisson, (mais c’était aussi dans sa nature) avait radicalisé à fond son discours alors que Copé qu’on présentait souvent comme « l’opposant de l’intérieur » du même Sarkozy veut visiblement marcher sur (et dans) les pas de celui-ci.
Ce duel à mort prouve, en tous les cas, que l’UMP a vécu. Quel que soit le vainqueur à l’automne prochain lors de l’élection du nouveau patron du mouvement, les vaincus n’accepteront pas de suivre comme un seul homme celui qui l’aura emporté.
Analysant à la loupe les résultats de ces dernières législatives, les Fillonistes sont persuadés que c’est cette droitisation du sarkozisme qui a causé leur perte alors que les Copéistes sont convaincus, au contraire, que, si elle avait été encore davantage soulignée, le président sortant aurait fini par gagner les 2% qui lui ont manqué.
Mais à force de regarder ces querelles intestines au sein de l’ancienne sarkozie, personne n’a fait attention à la réapparition de Jean-Louis Borloo qu’on avait totalement oublié depuis qu’il avait renoncé, bien piteusement, à se présenter à la présidentielle. Or « le zozo » (selon le terme même de Fillon) est ressorti de sa boite. Coucou, c’est moi ! Il vient de créer un nouveau « truc », « l’Union des démocrates indépendants », il va avoir, avec ses amis radicaux, son groupe à l’Assemblée et il a déjà été rejoint par le peu qui reste du Nouveau centre et du MoDem.
Autant dire que le Valenciennois ébouriffé qui, quand il avait jeté l’éponge dans la course à l’Elysée, avait affirmé, pour le regretter, que le centre n’existait plus, espère maintenant le faire renaitre.
Si l’on s’en tient aux derniers résultats des radicaux et des amis d’Hervé Morin ou de François Bayrou, le rêve de Borloo est, évidemment, ridicule. Le centre existe encore moins aujourd’hui qu’il n’existait il y a six mois quand Borloo le constatait.
Mais Borloo qui déteste Fillon plus que tout est convaincu que l’ancien Premier ministre (dont il n’avait pas pu avoir la peau pour Matignon) sera totalement incapable de regrouper sous sa bannière tous les UMP anti-Copé et qu’il pourra donc, lui, les récupérer dans un grand mouvement de centre-centre-droit, sorte de résurgence de l’UDF de jadis et de Giscard.
Cela dit, si de nombreux Français sont fondamentalement centristes, même parfois sans l’avouer, cela fait des décennies que le centre, écartelé par la bipolarisation de notre système, n’a jamais pu s’imposer comme une réalité. Et on imagine assez mal « le zozo » en chef de l’opposition pendant les cinq ans qui viennent. Mais sait-on jamais ?
Dès que François Hollande va commencer à décevoir, ce qui ne devrait pas trop tarder, les Français vont de nouveau se retourner avec la droite. Les (mauvais) souvenirs de Sarkozy les inciteront, peut-être, à regarder vers le centre et le fameux duel n’opposera pas alors Copé à Fillon mais Fillon à Borloo.

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