Dimanche soir, nous saurons si le PS obtient, à lui seul, la majorité absolue à l’Assemblée Nationale. Dans ce cas, ses accords avec les Ecologistes et le ralliement du Font de gauche ne lui auront été d’aucune utilité. Et nous aurons un Etat-PS, à 100%, même si François Hollande se croit obligé de faire entrer dans le gouvernement Ayrault 2 un ou deux communistes de service, voire un ou deux Verts de plus. Mais alors comment résister au très mauvais jeu de mots : un vert, ça va, trois verts, bonjour les dégâts.
Cela dit, le véritable intérêt de ce deuxième tour des législatives est ailleurs et ce scrutin risque bien d’apparaitre comme (relativement) historique. Même si François Bayrou sauve sa peau in extrémis et même si Marine Le Pen n’est pas élue, ce vote du 17 juin 2012 va, évidemment, marquer à la fois la disparition du centre et l’entrée de l’extrême-droite dans la cour des Grands.
Naturellement, les « experts » vont nous démontrer que Bayrou a accumulé les maladresses, ce qui est vrai, et que Marine Le Pen a réussi à dé-diaboliser le parti de son père, ce qui est tout aussi vrai, et qu’il ne faut donc pas tirer de conclusions trop hâtives de ces résultats.
Mais, quelles qu’aient pu être les erreurs de l’un et les habiletés de l’autre, il faudra bien constater que ce que fut jadis l’UDF a totalement disparu et qu’avec les scores qu’il fait désormais le Front National ne peut plus être considéré comme un simple exutoire dans lequel se retrouveraient quelques nostalgiques de la collaboration ou de l’OAS.
Ces législatives démontrent que les Français ne veulent plus ni de Borloo, ni de Morin, ni de Bayrou qui semblent maintenant d’une époque révolue alors que nombre d’entre eux ne considèrent plus l’ancien parti de Jean-Marie Le Pen comme infréquentable et adhèrent même à certaines de ses positions.
En clair, alors que la gauche, ou du moins le PS version Hollande, a résolument basculé vers une social-démocratie plus ou moins centriste, les électeurs de droite se sont nettement radicalisés, « droitisés ».
On doit noter que toute l’Europe s’est droitisée de la même manière, sans doute en raison de la crise, de la mondialisation, des problèmes de l’immigration, mais il est évident que Nicolas Sarkozy a accéléré, chez nous, ce mouvement, en reprenant à son compte, pendant tout son quinquennat et pour des raisons purement électoralistes, les thèmes du Front National qu’il banalisait.
La gauche va donc avoir tous les pouvoirs dans un pays sans doute plus à droite que jamais.
On comprend les inquiétudes et la valse-hésitation des dirigeants de l’UMP. S’allier avec le Front National (comme le demandent beaucoup de militants et de sympathisants de l’UMP) c’est, évidemment, devenir, sur le papier, largement majoritaires mais c’est, ipso facto, renoncer à tout ce à quoi on faisait semblant de croire. Car, on ne l’a pas assez souligné, un accord avec le FN imposerait, de toute évidence, la soumission au programme et à l’idéologie de Marine Le Pen. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, si des négociations s’ouvraient entre l’UMP et le FN ce serait Marine Le Pen qui aurait toutes les cartes en main et on peut compter sur elle pour se montrer intransigeante.
Au passage, on doit noter que tous ceux qui, à l’UMP, sont favorables à un tel « rapprochement » -de Gérard Longuet à Nadine Morano en passant par un certain nombre d’élus méridionaux- sont depuis fort longtemps des adeptes de la plupart des thèses frontistes.
C’est au cours de l’été, quand ils auront digéré leur défaite, que les ténors devenus aphones de l’UMP vont devoir décider si, après s’être adressés, comme ils le font actuellement, « aux électeurs du Front National » ils doivent franchir une étape de plus et s’adresser directement à Marine Le Pen. Elle les attend de pied ferme.
Mais, après avoir vu disparaitre le centre, peut-on imaginer voir disparaitre la droite « de bon aloi » ?
Quoi qu’il en soit, ces législatives qui ne semblent avoir intéressé personne vont redessiner notre paysage politique.

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