Certains commentateurs semblent surpris, ce matin, par les résultats des législatives d’hier qui n’ont pourtant rien d’étonnant. Tant que l’élection des députés se fera dans la foulée de la présidentielle, nous aurons des « vagues » qui seront de la même couleur que celle de celui qui a été élu à l’Elysée. Roses comme hier, comme en 1981 ou 1988, bleues comme en 2002 ou 2007.
Les Français qui n’ont, contrairement à ce qu’on nous raconte, jamais été favorables à la cohabitation et à ses incohérences, ne vont jamais se contredire à quelques semaines d’intervalle. Et d’autant moins qu’entre les deux scrutins le pouvoir, quel qu’il soit, n’a pas encore eu le temps de les décevoir et de reconnaitre que toutes ses promesses électorales n’étaient que des promesses de Gascon et de la poudre aux yeux.
Mis à part les propos inconsidérés de Vincent Peillon et le tweet de Valérie Trierweiler, rien n’a terni jusqu’à présent la victoire de François Hollande qui s’en est remarquablement bien sorti pour ses premiers pas, avec ses allures de bon-enfant poupin en président « normal » et ses débuts sur la scène internationale.
L’UMP encore groggy n’avait d’ailleurs pas la force d’entamer son procès, de lui demander comment il ferait face à la dette et à nos déficits avec tous ses engagements bien souvent irresponsables, comment il comptait conjuguer « croissance » et « rigueur » pour ne pas dire « austérité » et comment il pourrait bien trouver des solutions pour l’Europe après avoir déclaré la guerre à Angela Merkel.
Le PS a triomphé, hier, parce que son opposition n’existait pas. Et il faudra sûrement un certain temps pour que l’UMP puisse remonter sur sa selle en décidant soit de reconstituer un centre-droit avec les dépouilles des centristes, soit de se donner un coup de barre à droite, en tirant les leçons des succès du Front National. L’ancien parti de Nicolas Sarkozy a tout l’été pour faire son choix. Mais il ne devrait pas oublier que si cette droitisation avait réussi en 2007, elle a coûté en grande partie sa réélection à Sarkozy en 2012.
Certains s’étonnent du succès du Front National qui a obtenu deux élus ce qui n’est tout de même pas un raz-de-marée. Il faut d’abord remarquer que Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard l’ont emporté grâce à des triangulaires. Dans tous les duels, le candidat frontiste a été battu, à commencer par Marine Le Pen elle-même. Nulle part, pour l’instant, le FN ne peut atteindre les 50%.
Il n’en demeure pas moins scandaleux qu’un parti qui représente entre 15 et 18% des voix n’ait que deux députés alors que les Verts avec 2,31% des voix à la présidentielle ont 17 députés. Il est vrai que Cécile Duflot avait obtenu par l’accord qu’elle avait signé avec Martine Aubry quelques places de choix pour ses amis (et elle-même). Cela dit, on peut compter sur Collard qui se présente déjà comme « un casse-couilles démocratique » pour faire parler de lui dans l’hémicycle.
Pour le reste on a vu, une fois de plus, que le parachutage des « vedettes » était bien souvent à haut risque. Ségolène Royal, Jack Lang et Claude Guéant ont été battus par des « sans-grades » enfants du pays. Si les législatives sont bien des élections nationales, elles demeurent encore parfois, aussi, des scrutins « locaux » où le réflexe « anti-parisien » demeure vivace.
Ajoutons que rares, sans doute, seront ceux, même à droite, qui pleureront à chaudes larmes les défaites de Nadine Morano, Michèle Alliot-Marie ou Georges Tron et que certains s’étonneront, peut-être, de la réélection d’Eric Woerth, preuve que l’on peut être à la fois… « présumé innocent » et réélu.
On attend maintenant le gouvernement Ayrault n°2. Hollande va-t-il vouloir faire une place aux communistes (qui semblent n’en pas vouloir) et offrir une prime aux écologistes qui vont avoir désormais un groupe à l’Assemblée ?
En fait, on attend surtout Hollande et le gouvernement au pied du mur. Il serait temps maintenant de passer aux choses sérieuses.

Mots-clefs :