Ces législatives de dimanche prochain ne semblent guère passionner les Français. Il est vrai qu’on va simplement leur demander s’ils regrettent déjà leur vote du 6 mai dernier et s’ils veulent donc se désavouer à un mois d’intervalle. A gauche, le 6 mai, à droite, le 10 juin ?
Il faut bien constater que, pendant ces premières semaines, François Hollande arrivant au pouvoir n’a fait aucune erreur majeure. Il a été plus « normal » que nature. Il a nommé un Premier ministre insipide à souhait et un gouvernement qui, mis à part Christiane Taubira et Montebourg, n’a aucune raison d’affoler les foules. Il a même commencé à faire semblant de mettre un peu d’eau dans son vin (le retour à la retraite à 60 ans sera pour ceux ayant débuté leur carrière à 18 ans, les loyers ne seront pas encadrés en cas de travaux d’amélioration, etc.).
Ajoutons qu’il s’est plutôt bien sorti de son premier tour de piste international, face à Angela Merkel, à Obama, aux dirigeants du G8 et de l’Otan, en réaffirmant son exigence de voir le principe de la croissance ajouté aux impératifs de la rigueur et sa volonté d’assumer la souveraineté de la France en anticipant de quelques mois le départ de nos troupes combattantes d’Afghanistan. Son évocation d’un éventuel recours à la force pour mettre un terme aux massacres en Syrie a été, évidemment, une maladresse, mais elle a été vite oubliée.
On ne voit donc pas, pour le moment, ce que les électeurs pourraient reprocher à la gauche. Et d’autant plus que les nouveaux ténors continuent, comme si de rien n’était, dans cette campagne législative, à brandir tous les slogans de la campagne présidentielle et à nous affirmer, contre toute évidence, que toutes les promesses du candidat-élu seront tenues, qu’ils embaucheront des fonctionnaires et réduiront la dette, qu’ils augmenteront les allocations et diminueront les déficits, qu’ils faciliteront les investissements et matraqueront les grosses fortunes.
La grande chance de la gauche, c’est, bien sûr, que la droite soit encore tétanisée par sa défaite, comme si elle ne s’y était pas attendue. Non seulement elle est incapable de présenter un contre-programme cohérent et crédible mais elle offre le spectacle pitoyable d’une armée en déroute où, après la disparition du chef, les officiers vaincus s’entredéchirent comme des chiffonniers pour prendre la tête de ce qui reste des troupes en débandade.
Certes, les législatives sont aussi des élections locales où la notoriété d’un candidat dans sa circonscription joue un rôle important. Mais l’omniprésence autoritaire de Sarkozy pendant toute la durée du quinquennat a transformé tous ces élus sortants en godillots soumis et il y a fort à parier qu’à peu près partout on leur fasse payer non seulement le bilan des cinq dernières années mais aussi la note de l’antisarkozisme qui a été, pratiquement, l’unique moteur de la présidentielle.
François Hollande peut donc dormir sur ses deux oreilles. Ni le Front de gauche de Mélenchon, ni les Verts de Cécile Duflot (déjà au gouvernement) ne compromettront la victoire de ses amis socialistes et le Front National de Marine Le Pen qui pourra provoquer de nombreuses triangulaires aggravera encore la défaite de l’UMP.
Le nouveau président va donc se retrouver avec une Assemblée Nationale, un Sénat, des régions, des départements et des grandes villes entièrement à sa dévotion. Et une opposition sur le carreau. Cerise sur le gâteau, la CGT, elle-même, dévorée par ses querelles internes, sera incapable de venir troubler la fête.
Ce n’est qu’au cours de l’été, quand il va se réveiller, que les Français vont devoir en faire autant et s’apercevoir que, si leur président est « normal », il est aussi… socialiste ce qui, de nos jours et par temps de crise, n’est, peut-être, pas aussi normal qu’on pourrait le croire.
Arnaud Montebourg a beau répéter qu’il va empêcher les patrons « voyous » et « escrocs » de licencier, Pierre Moscovici a beau jurer ses grands dieux que la France va rétablir, avant longtemps, ses équilibres, Manuel Valls a beau multiplier ses effets de manche, Hollande, lui-même, a beau recevoir, par fournées entières, les chefs de parti, les syndicats et tous les représentants de tous les corps intermédiaires, il va bien falloir qu’un jour ou l’autre, et le plus tôt serait le mieux, ce nouveau pouvoir sorte de l’ambiance euphorique des campagnes électorales au cours desquelles on peut dire n’importe quoi pour constater et reconnaitre qu’il est à la tête d’un pays en faillite, à l’économie moribonde.
Il ne serait alors pas normal que le président et ses hommes continuent à nous raconter qu’ils peuvent tenir leurs promesses. Aussi généreux qu’ils prétendent vouloir être avec tous les défavorisés, les socialistes au pouvoir, vont devoir finir par s’apercevoir qu’ils n’ont pas en sou en poche de que si l’on veut relancer un minimum de croissance, c’est-à-dire d’investissements, il n’est pas très malin de faire fuir les « riches », même si on les déteste souverainement.
On se demande, avec angoisse, quand et surtout comment François Hollande va amorcer son virage de la raison. Laurent Fabius pourra peut-être lui raconter comment les choses se sont passées en 1984.

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