Le moins qu’on puisse dire est que ces législatives ne passionnent pas grand monde. Pour la très grande majorité des Français, les jeux sont déjà faits. La gauche va, logiquement, l’emporter car les électeurs ne vont pas se contredire eux-mêmes un mois après avoir choisi François Hollande. Nos compatriotes savent désormais que, sauf en période de cohabitation, un président sortant est battu (Giscard en 1981, Sarkozy en 2012) et que les législatives donnent toujours une confortable majorité au président qui vient d’être élu (1981, 1988, 2002, 2007) a fortiori depuis l’instauration du quinquennat et la tenue des législatives au lendemain de la présidentielle.
D’après les « experts », pour demain et la semaine prochaine, le tout est de savoir si le PS aura, à lui seul, la majorité absolue à l’Assemblée ou s’il aura besoin des Ecologistes de Cécile Duflot, voire des communistes de Mélenchon.
Personne n’imagine un seul instant une victoire de la droite. Hollande n’a pas encore eu le temps de commettre une erreur susceptible de lui faire perdre sa majorité et la droite est encore KO couchée, après sa défaite de la présidentielle.
On peut –par jeu- se demander ce qui se serait passé si Sarkozy n’avait pas abandonné la partie (et sans doute la politique) au soir de son échec. Après tout, et contre toute attente, il ne lui a manqué que moins de 2% des voix pour être réélu. Il est vraisemblable que si, au lieu de suivre les conseils de son âme damnée, Buisson, et d’aller faire l’école… buissonnière du côté de l’extrême-droite, il avait écouté Juppé et Fillon qui le suppliaient de recentrer son discours, il aurait pu encore grignoter les quelques centaines de milliers de voix qui lui ont manqué, en faisant oublier ses dérives droitières et en face d’un adversaire qui ne soulevait pas l’enthousiasme. Mais on ne refait pas l’histoire.
En tous les cas, s’il n’avait pas déserté le champ de bataille, la droite aurait pu se présenter, pour ces législatives, en opposition plausible en évoquant la crise, le manque d’expérience de l’équipe de Hollande et les promesses totalement démagogiques que le nouveau président prétend encore vouloir tenir.
Or, non seulement, la droite est orpheline d’un chef capable de la mener au combat, comme a osé le souligner Fillon (avec, bien sûr, quelques arrière-pensées) mais il semble qu’après ce quinquennat en zigzag elle ne sache plus elle-même ce qu’elle représente.
Qu’y a-t-il aujourd’hui de commun entre la droite qui se dit « populaire » et qui visiblement serait prête, pour sauver les meubles, à pactiser avec le Front National et la droite dite « humaniste » où l’on retrouve pêle-mêle, les survivants du gaullisme, les nostalgiques de la démocratie chrétienne et les vieux radicaux ? Strictement rien.
Ces législatives devraient permettre de clarifier les choses à droite. Car si à gauche tout le monde va faire mine de jouer l’union pour mieux se partager le gâteau, à droite, chacun va accuser les autres de la défaite, surtout si elle prend les allures d’une débandade.
On nous dit que l’affrontement Fillon-Copé est une histoire d’égos et d’ambitions personnelles. Certes. Mais cette haine entre les deux hommes va bien au-delà. Fillon est un gaulliste social, « enfant » de Philippe Séguin mais renié par Chirac. Copé est un enfant trouvé, élevé à l’ENA, qui, après avoir fréquenté les orphelinats de Chirac et de Juppé puis s’être fait expulser de celui de Sarkozy, a décidé d’adopter la silhouette de celui qui n’avait pas voulu de son ralliement.
La droite parlementaire a donc à choisir aujourd’hui non seulement entre deux hommes mais aussi entre deux conceptions de ce qu’elle entend être à l’avenir : une droite humaniste derrière Fillon ou une droite populaire -pour ne pas dire populiste- derrière Copé.
Ce sont les électeurs qui, demain et dimanche prochain, choisiront. La vraie question est de savoir combien y aura-t-il de survivants parmi les fillonistes et parmi les copéistes.

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