On se demande parfois si, en ce début du XXIème siècle, la franc-maçonnerie pèse encore, dans le domaine politique, le poids qu’elle a eu sous la IIIème et la IVème République. Certes, de nombreux aspects de l’idéologie maçonne sont parfaitement respectables, à commencer par la laïcité, mais le folklore des « frères trois points » –les déguisements dont ils s’accoutrent, les séances initiatiques, le rituel, les titres dont ils s’affublent- semble bien souvent ridicule et, pire encore, le secret dont aiment à s’entourer « les loges » permet de soupçonner que cette fraternité ressemble bien souvent au pire des copinages qui faciliterait toute les dérives.
Comme à chaque fois qu’un nouveau pouvoir s’installe au sommet de l’Etat, on cherche à savoir jusqu’à quel point la franc-maçonnerie a pu noyauter l’équipe. Des listes circulent, forcément incertaines, et on peut faire confiance à nos hebdomadaires pour publier, avant longtemps, des numéros spéciaux sur « Hollande et les francs-maçons », « Le grand retour de la franc-maçonnerie » ou « Les francs-maçons sont-ils dangereux ? ».
Selon toutes les rumeurs qui bruissent actuellement dans Paris, François Hollande serait lui-même franc-maçon, membre du Grand Orient de France. Jean-Marc Ayrault aussi. En 2008, maire de Nantes, il avait proposé à son Conseil municipal de voter une subvention de 400.000 € pour la rénovation du local des loges nantaises. Manuel Valls aussi. Son meilleur ami n’est autre qu’Alain Bauer, ancien Grand Maître du Grand Orient et parrain d’un de ses fils. Michel Sapin aussi. Vincent Peillon aussi qui déclara un jour : « La franc-maçonnerie et la laïcité sont les religions de la République ». Jean-Yves Le Drian aussi. Stéphane Le Foll aussi. Arnaud Montebourg aussi. Jérôme Cahuzac aussi.
Ainsi le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur, le ministre du Travail, le ministre de l’Education nationale, le ministre de la Défense, le ministre de l’Agriculture, le ministre du Redressement productif et le ministre du Budget –mais la liste ne serait pas exhaustive- seraient francs-maçons. Cela ferait, évidemment, beaucoup et on dépasserait alors les pourcentages de l’époque de François Mitterrand pour retrouver ceux d’avant-guerre.
Est-ce gênant ? Oui. D’abord, parce qu’on aimerait que nos ministres n’aient de comptes à rendre à personne d’autre qu’à la représentation nationale et qu’ils ne se sentent affiliés à aucune obédience. Ensuite, parce que leur appartenance à une loge va, naturellement, jeter le discrédit sur l’objectivité avec laquelle ils prendront telle ou telle décision ou procéderont à telle ou telle nomination de haut fonctionnaire. Enfin et surtout, parce qu’imaginer une réunion du Conseil des ministres avec tous nos plus hauts responsables revêtus de leur petit tablier et honorant « l’architecte suprême » est tout de même insupportable.
On accuse déjà le nouveau président de la République de vouloir instaurer « un Etat PS ». Mais, après « un Etat RPR » ou « un Etat UMP », ce ne serait que de bonne guerre. Il serait beaucoup plus ennuyeux d’avoir « un Etat franc-maçon ».

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