Archives par moisjuin 2012



Les mystères de Bruxelles et les chèques en bois

Il y a quelque chose de mystérieux quelque part que le citoyen lambda qui n’a pas fait l’ENA a du mal à comprendre.
Depuis des mois, pour ne pas dire des années, on lui répète que nos pays sont en faillite, nos banques ruinées et notre économie dans le gouffre. Et voilà que soudain, au petit matin, on lui dit, de Bruxelles, que le miracle est arrivé, que nous sommes sauvés, que l’Europe va renflouer nos Etats et nos banques et même nous permettre de relancer la croissance.
Contrairement à ce que pensait le citoyen lambda, l’Europe n’est donc pas un club vacillant de pays plus ou moins ruinés. L’Europe est une autre planète, bien loin de la notre, richissime et généreuse qui, attendrie par tous nos malheurs, va accourir à notre secours. Ou alors, autre hypothèse, on voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Ce ne serait pas la première fois.
Où va-t-on trouver tous ces milliards que ces dirigeants plus ou moins en guenilles se disent prêts à distribuer à la volée ? Sous les sabots de quel cheval ?
On se souvient de l’histoire que racontait Sacha Guitry. Un jour, son banquier l’appelle pour lui dire qu’il est dans le rouge au-delà du tolérable et, sans s’émouvoir, Guitry lui répond froidement : « Ne vous inquiétez pas, cher ami, je vais vous faire un chèque ».
L’Europe aux pays presque tous ruinés va se faire des chèques à elle-même. Ils seront forcément en bois. Nos dirigeants qui s’indignent du surendettement des ménages font bien pire que ces malheureux smicards. Mais cela leur permet de se féliciter entre eux et de gagner du temps dans cette course vers l’abîme.
Reconnaissons-leur qu’on ne voyait pas très bien ce qu’ils pouvaient faire d’autre que de coller à la va-vite ces rustines et se mettant à pratiquer à haute dose la cavalerie.
Hollande peut se dire satisfait. On va faire semblant de faire un (tout) petit quelque chose pour la croissance et semblant de jouer la solidarité.
Mais avec quel argent ?

29 Juin 2012 | Comments (11)

Valérie Trierweiler remet ça !

C’est à tomber à la renverse ! On avait espéré qu’après l’affaire totalement ridicule du fameux tweet dans lequel elle soutenait l’adversaire de Ségolène Royal à La Rochelle, Valérie Trierweiler se ferait plus discrète et comprendrait que le rôle d’une « première compagne » du chef de l’Etat se limite, en effet, à jouer la potiche élégante et surtout effacée dans l’ombre de son homme. Eh bien pas du tout.
Aujourd’hui, paraît un livre à la gloire de François Hollande et qui raconte sa campagne. Le titre : « Hollande, président, 400 jours dans les coulisses d’une victoire ». C’est un livre de photos. Certaines sont amusantes. On voit le candidat se réconcilier avec ses adversaires de la primaire, rédiger son discours du Bourget, s’entrainer pour son face-à-face avec Sarkozy. Visiblement, le photographe, très complaisant, Stéphane Ruet a eu toutes les facilités pour suivre au plus près le candidat.
Mais ce qui est stupéfiant c’est que les légendes (qui rappellent dans la glorification du chef de l’Etat certaines dictatures africaines de la belle époque) sont signées par… « la journaliste » (sa profession est précisée en 4ème de couverture) Valérie Trierweiler.
Comment la compagne du Président a-t-elle eu le culot de ressortir sa carte de presse pour enfiler, au fil des pages sur papier glacé, ces perles de l’hagiographie la plus sirupeuse ? Comment n’a-t-elle pas compris qu’elle allait faire rigoler la France entière en légendant… la légende de son type ? Et surtout qu’elle allait scandaliser un certain nombre de Français qui trouvent que celle qui voudrait être « la première dame de France » n’a pas à se transformer en « courtisane » de l’homme au pouvoir.
Et cette fois on ne pourra pas nous raconter que François Hollande n’était pas au courant de ce nouveau dérapage. Inconscient lui aussi, il signe la préface de ce livre tout à sa gloire. Tout cela n’est pas très… « normal ».
Certains ont dit que le tweet rappelait la soirée du Fouquet’s. Cet album rappelle la croisière sur le yacht de Bolloré. On a envie de paraphraser la célèbre sortie de Montebourg quand on lui avait demandé, en 2007, quel était le principal défaut de Ségolène Royal (dont il était le porte-parole) et qu’il avait répondu « son compagnon ». Le principal défaut de François Hollande va peut-être bien être sa compagne.
En tous les cas, c’est déjà, pour lui, un boulet. « Un boulet à boulettes » murmure-t-on maintenant au PS.

28 Juin 2012 | Comments (11)

Le énième sommet « de la dernière chance »

Les 27 se réunissent aujourd’hui, une nouvelle fois, à Bruxelles pour un énième sommet qu’on qualifie, comme d’habitude, de « sommet de la dernière chance ».
Personne ne se fait la moindre illusion et chacun sait parfaitement que cette réunion se terminera, comme toujours, par un communiqué d’autosatisfaction où les 27 « se féliciteront » (entre eux) des « avancées significatives » (qui ne signifient rien) auxquelles ils seront parvenus et de la « bonne entente » (en fait une mésentente à peine cordiale) qui règne désormais entre tous les responsables de l’Europe.
Quels que soient les sourires, les poignées de mains et les postures adoptées devant les photographes, jamais l’Europe n’a été en si mauvais état. Le cataclysme de la crise a fait éclater au grand jour des réalités qu’on voulait ignorer. Non seulement il y a, dans ces 27, des pays qui n’ont rien à faire au milieu de ceux qui sont encore de grandes puissances (même s’ils ont perdu beaucoup de leur puissance) mais il y a aussi, au nord, ceux qui ont su s’adapter plus ou moins à la mondialisation et, au sud, ceux qui ont voulu croire que rien n’avait changé.
La situation de la Grèce prouve bien qu’il était absurde de faire entrer dans ce club de riches des « mendigots ». Le duel entre François Hollande et Angela Merkel démontre l’abîme qui sépare les « gens du nord » des « gens du sud ».
Le président français veut qu’on parle de croissance. La chancelière allemande met la rigueur avant tout. Le Français a raison. La rigueur à la prussienne ne peut qu’asphyxier définitivement les agonisants. On le voit à Athènes. Angela Merkel est d’ailleurs d’accord maintenant pour évoquer, du bout des lèvres, ce besoin de croissance. Mais la croissance ne se décrète pas et ce ne sont pas les quelques dizaines de milliards qu’on va y consacrer qui vont permettre à des pays à la croissance négative de refaire surface.
Le désaccord le plus profond entre le Français et l’Allemande porte sur ce qu’on appelle « la mutualisation » et que le Français préfère nommer « la solidarité ». En clair, faire payer par les riches les dettes des pauvres. Ca part d’un bon sentiment. Faire payer les riches a, d’ailleurs, toujours été l’une des grandes idées des socialistes. Mais les Allemands qui seraient les premiers payeurs ne sont pas des sentimentaux. Ils n’accepteraient, éventuellement, de faire jouer cette « solidarité » qu’à la condition que l’Europe devienne fédérale et qu’un véritable pouvoir européen puisse contrôler la gestion des dépensiers irresponsables. Autant dire qu’à la condition que l’Europe devienne allemande. Ce n’est, heureusement, pas pour demain.
La position de François Hollande avec ses « euro-obligations » est donc incohérente puisqu’il refuse de voir que la mutualisation exige le fédéralisme. Jamais aucun pays riche n’acceptera de payer indéfiniment, à fonds perdus, pour des pays pauvres ayant gardé leur souveraineté et donc le droit de faire n’importe quoi et de dépenser à tout-va.
On dira que les pays européens ont déjà renoncé à l’essentiel de leur souveraineté. Il n’y a plus de frontières, les lois de Bruxelles l’emportent sur celles des parlements nationaux, la justice européenne a le dernier mot sur les tribunaux de chaque pays et 17 des pays européens ont renoncé à leur prérogative de « frapper monnaie » pour adopter l’euro. Il n’y aurait donc qu’un tout petit pas supplémentaire à faire pour que les nations européennes disparaissent à tout jamais et se fondent dans un « machin » inévitablement dirigé par Berlin.
On ne nous l’avait pas précisé mais il était évident qu’en créant une monnaie unique, l’euro, nous mettions « la charrue avant les bœufs » et que nous nous engouffrions dans une voie qui ne pouvait que nous conduire vers une gestion tout aussi unique de notre économie et de nos finances.
Le face-à-face Hollande-Merkel ne peut être qu’un dialogue de sourds. Hollande répète qu’il faut, par solidarité, sauver la Grèce et bientôt le Portugal, l’Espagne, l’Italie et même Chypre car sinon l’Europe va exploser. Merkel répète, par réalisme, que l’Allemagne en a assez de payer pour tout le monde et notamment pour ces pays qui rabaissent l’âge de la retraite, multiplient les allocations, embauchent des fonctionnaires et qui, alors qu’il leur faut trouver, dans les jours qui viennent, 10 milliards pour boucler leur budget (en déficit) ne font qu’un milliard d’économies et ne trouvent rien de mieux à faire que de créer 7,5 milliards d’impôts nouveaux, ce qui ne va sûrement pas faciliter la croissance. David Cameron sourira, sans doute, à ces allusions à peine voilées.
Il est évident qu’un socialiste arrivant au pouvoir et voulant mettre en œuvre toutes ses promesses électorales est assez mal placé pour donner des leçons de croissance et de rigueur à une Europe en déconfiture, même s’il peut compter se faire applaudir par les pays en débandade.

28 Juin 2012 | Comments (4)

Un retour de Villepin ?

Il faut bien dire qu’on avait complètement oublié Dominique de Villepin. Ceux qui avaient (un peu) cru en lui l’année dernière avaient été très déçus qu’il jette l’éponge dans la course à l’Elysée. Les uns avaient été scandalisés qu’il n’ait pas pu obtenir les fameuses 500 signatures pour se présenter. Les autres avaient même imaginé que l’ancien Premier ministre avait trouvé là un faux prétexte pour abandonner la partie. On disait qu’il avait eu, en fait, ces signatures mais que, devant les sondages qui ne lui accordaient que 2% des voix, il avait préféré trouvé cet alibi pour ne pas se ridiculiser.
Ce matin, sur BFM, Villepin, revenant, a déclaré qu’il pensait à réintégrer l’UMP, qu’il avait déjà rencontré Jean-François Copé et qu’il allait rencontrer Fillon, Raffarin, Juppé et « tout le monde ».
Il ne fait aucun doute qu’il y a aujourd’hui une place à prendre à la tête de l’UMP. Certes, les candidats sont déjà nombreux. Il y a, bien sûr, Copé et Fillon mais il y a aussi Juppé et maintenant Baroin et même Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais tous ont un « défaut » qui pourrait être rédhibitoire. Ils ont tous été, d’une manière ou d’une autre, sarkozistes. Or, après le quinquennat qui vient de s’achever et les deux défaites électorales qui l’ont sanctionné, la droite, en lambeaux, ne pourra pas se reconstruire avec ceux qui ont été sur le devant de la scène de 2007 à 2012.
Cette bataille pour prendre le commandement de l’opposition dépasse d’ailleurs de beaucoup une simple querelle d’égos. Elle souligne l’énorme fracture provoquée au sein de l’UMP par la droitisation à outrance à laquelle s’est livré Sarkozy tout au cours de son quinquennat et plus encore dans les derniers mois. Tous ces gens n’ont plus rien à faire ensemble. Dans une auberge espagnole, comme l’était devenue l’UMP, après un cataclysme, chacun repart de son coté, dans sa propre direction.
Pudiquement aujourd’hui, personne n’ose s’en prendre à l’ancien président qu’on a servi docilement. Alors, on fait le procès de Patrick Buisson comme si c’était cet homme de l’ombre, cette âme damnée, qui avait tiré les ficelles d’une marionnette nommée Sarkozy. C’est un peu facile et personne n’est dupe.
En réalité, les choses sont simples. L’UMP a tout l’été pour décider si elle doit se rapprocher des électeurs –si ce n’est des dirigeants- du Front National pour constituer une opposition radicale à la gauche au pouvoir (et récupérer des voix) ou si elle doit s’accoquiner plus ou moins avec Borloo et ses amis qui viennent de constituer un groupe à l’Assemblée.
Virage à droite-toute ou retour vers le centre ? Cela fait des années que cette droite qui prétendait rassembler toutes les familles de la droite et du centre-droit se pose cette même question. Maintenant, il lui faut prendre position car elle ne pourra pas s’en tenir, pendant les cinq ans à venir, au « ni-ni », ni à l’extrême-droite ni au centre, qu’elle avait adopté pour rejeter à la fois le Front National et le Front républicain.
Ce choix inévitable provoquera évidemment, et avant la prochaine échéance électorale des municipales de 2014, l’explosion du mouvement avec, d’un côté, les « populaires » et, de l’autre, les « humanistes » qui ne peuvent plus cohabiter ensemble.
Sur le papier, Villepin a, évidemment, une carte à jouer. Personne ne peut lui reprocher de s’être compromis avec Sarkozy. Pendant tout le quinquennat, il a été le seul, à droite, à dénoncer, sans ménagement, les erreurs du président. Et le « gaullisme social » qu’il incarne jusqu’à la caricature devrait rassembler non seulement une bonne partie de ces élus désorientés mais aussi de nombreux Français déçus (et c’est un euphémisme) par Sarkozy et dont certains n’ont voté Hollande que par défaut.
Hier, on vient encore d’annoncer une nouvelle augmentation du nombre des chômeurs, la fermeture prochaine de nombreuses entreprises, une baisse du niveau de vie et une inévitable augmentation des prélèvements obligatoires. Tous les Français ont déjà compris que, comme l’a dit Villepin ce matin «Des promesses ont été faites mais la réalité s’impose » et qu’il serait grand temps que « le gouvernement atterrisse ».
Devant une droite battue et rebattue, sans chef, ni idéologie et une droite omnipotente mais qui va droit dans le mur, Villepin se sent prêt à assumer le rôle d’homme recours si ce n’est providentiel dont il a toujours rêvé.
Seulement voilà, Villepin a tout pour déplaire. Il n’a jamais été élu, il a toujours affiché son mépris pour les élus, voire même pour les électeurs, il n’a pas su gérer le petit parti qu’il avait créé, République solidaire, il est, avec sa morgue incurable, désespérément seul et s’en complait.
Se prenant toujours pour de Gaulle, il est convaincu qu’on viendra le chercher comme les dirigeants de la IVème République agonisante étaient allés chercher le Général à Colombey en 1958. On peut dire que la Vème République est, elle aussi, finissante, que la crise sans précédent dans laquelle nous sommes engloutis rappelle la gravité de ce qu’était la guerre d’Algérie, que la montée du Front National évoque les succès du Poujadisme de 1955 et que les sondages de l’époque ne donnaient que… 2% à de Gaulle.
Bref, personne ne se faisant la moindre illusion sur les chances de François Hollande à redresser le pays, tout le monde est sans doute d’accord pour dire qu’il nous faudrait un nouveau de Gaulle.
L’ennui c’est que Villepin n’est pas de Gaulle.
Les « petits marquis » de l’UMP préféreront s’entredévorer jusqu’au dernier plutôt que de se rallier à son panache blanc et on voit mal des Français qui viennent de faire semblant de gober toutes les belles promesses de Hollande adhérer à un villepinisme parfois difficile à comprendre.

27 Juin 2012 | Comments (10)

Victoires des Islamistes et montée de l’extrême-droite

La victoire (par les urnes) des Islamistes égyptiens, après celles des Islamistes tunisiens et libyens, est un événement considérable que nos dirigeants semblent sous-estimer.
On s’étonne que, de Paris à Washington, toutes les capitales occidentales « se félicitent » de l’élection au Caire de Mohamed Morsi, le candidat des Frères Musulmans. Une victoire de Chafik, l’ancien Premier ministre de Moubarak, aurait, nous dit-on, précipité l’Egypte vers une guerre civile. La victoire de Morsi va, évidemment, plonger l’Egypte et toute la région dans le chaos en les faisant reculer de quelques siècles en arrière. Et on sursaute quand on entend Barak Obama assurer le nouveau président égyptien de « l’aide que les Etats-Unis vont apporter à l’Egypte pour la transition vers la démocratie ». S’imaginerait-on vraiment, à la Maison-Blanche, que les Islamistes sont… des démocrates ? Il est vrai que les Etats-Unis s’étaient déjà réjouis, il y a plus de trente ans, du triomphe de l’ayatollah Khomeiny à Téhéran. Avant de déchanter bien rapidement.
En quelques mois, le sud de la Méditerranée a totalement basculé. Les trois dictateurs, Ben Ali, Kadhafi et Moubarak, ont été remplacés par des fanatiques religieux, même si on nous raconte que les Frères musulmans égyptiens sont moins extrémistes que les salafistes et que les lois de l’économie obligeront ces nouveaux régimes à respecter un minimum de règles internationales.
Or, il est évident que ces régimes islamistes vont non seulement, très rapidement, imposer à leurs populations la Charia, le voile des femmes, la lapidation et toutes les règles d’une lecture extrémiste du Coran mais qu’ils vont aussi, avant longtemps, remettre en cause tous les traités signés par leurs prédécesseurs, à commencer par ceux signés entre l’Egypte et Israël, quoi qu’en dise aujourd’hui Mohamed Morsi.
Si on a pu s’étonner de la victoire des Islamistes en Tunisie, petit pays qui, depuis Bourguiba, semblait très « occidentalisé », et en Libye où les querelles tribales entre gens de la Cyrénaïque et de la Tripolitaine semblaient plus importantes qu’un désir de retour au religieux, il est évident qu’en Egypte la société s’était depuis longtemps profondément islamisée sans que nous en ayons toujours pris conscience.
Pour faire oublier Nasser et le nassérisme, Sadate, ancien frère musulman lui-même, avait autorisé les « Frères » à sortir de la clandestinité. Depuis, la confrérie, avec l’argent des émigrés au Golfe, avait ouvert des dispensaires et des écoles dans toutes les zones pauvres du pays, pris une influence considérable et on ne voyait pratiquement plus que des femmes voilées, même dans les quartiers élégants du Caire.
Au milieu de beaucoup de balivernes, on nous a raconté que « le printemps arabe », de Tunis à Sanaa, en passant par Tripoli, Le Caire, Amman, Damas et même Bahreïn, était une révolte spontanée des peuples qui avaient soudain soif de liberté et de démocratie. Or, quand les foules hurlent « Allah ou Akbar », brandissent le Coran et s’agenouillent pour faire la prière en direction de La Mecque, ce n’est ni la liberté ni la démocratie qu’elles réclament. Elles veulent renverser un régime qu’elles considèrent comme étranger, comme inféodé à l’Occident, à l’impérialisme, au capitalisme et qui les a souvent plongés dans la misère. Elles veulent retrouver un passé glorieux quand « les Cavaliers du Prophète » conquéraient le monde.
« Le printemps arabe » ne s’est pas fait pour la démocratie, il s’est fait contre l’Occident. Et les dictatures occidentalisées qui prétendaient apporter la modernité et donc le progrès (ce qu’elles n’ont pas su faire) vont être remplacées par des théocraties qui ne seront plus « importées », qui redonneront un minimum de dignité à ces foules miséreuses et qui piétineront, au nom des paroles du Prophète, la Déclaration des Droits de l’Homme que n’avaient, il est vrai, jamais respectée les dictateurs.
En s’accoquinant avec ces régimes dictatoriaux, l’Occident a, évidemment, déconsidéré toutes ses « valeurs » aux yeux de ces foules. Mais on peut aussi se demander si en Occident-même, ces fameuses « valeurs » ne sont pas arrivées au bout du rouleau.
A ce rejet de l’Occident qui a provoqué « le printemps arabe » correspond étonnamment une crise de conscience dans nos pays. La montée de l’extrême-droite dans toute la vieille Europe ressemble, curieusement, aux révoltes du monde arabe. Là-bas comme ici, les victimes de plus en plus nombreuses du « système » n’en peuvent plus et cherchent à retrouver dans leur passé glorieux les fameuses « valeurs » qui avaient fait leur fortune.
Les uns veulent retrouver leur théocratie d’antan comme les autres rêvent à leurs nations d’hier. On nous parle de mondialisation mais les uns désirent retrouver leur califat et les autres leurs drapeaux. En tous les cas, ni les uns ni les autres ne veulent que ça continue comme avant.

25 Juin 2012 | Comments (11)

Hollande préfère Total aux Ecologistes

Il y a toujours quelque chose de réjouissant à voir un nouveau ministre qui, à peine nommé, s’imagine qu’il est vraiment ministre et qu’il a donc un semblant de pouvoir. Il prend alors aussitôt une initiative qu’il pense judicieuse et, comme il n’a rien compris au schmilblik, il se fait taper sur les doigts et se fait virer.
C’est ce qui vient d’arriver à Nicole Bricq. Le 16 mai dernier, elle avait été nommée ministre de l’Ecologie. On s’était demandé pourquoi. Si ce n’est qu’Hollande n’avait, évidemment, pas voulu mettre un écologiste comme ministre de l’écologie et qu’il était allé chercher cette sénatrice socialiste de Seine-et-Marne, ancienne chevénementiste, ancienne strauss-kahnienne, ancienne ségoléno-royaliste, dont l’unique titre de gloire jusqu’alors était d’avoir, dans une vie précédente, battu, lors des législatives de 1997, un certain… Jean-François Copé.
Le lendemain de son arrivée dans son superbe bureau de ministre, la brave dame, sans doute encore toute émue et voulant évidemment se faire bien voir par la faune et la flore écologistes, avait, au nom de la protection de la nature, suspendu le permis de forage attribué à Shell, Total et Tullow au large de la Guyane. Un superbe projet puisque les experts estiment que ce gisement renferme au moins 700 millions de barils, sans doute plus.
Mme le Ministre ne savait pas que le préfet de Guyane venait, le jour même et sur ordre de Matignon, de publier l’arrêté officialisant ce permis. Elle n’avait surtout pas compris –et c’est là la bonne nouvelle- qu’Hollande n’était pas assez fou pour se croire tenu par les accords PS-Europe-Ecologie-les-Verte, signés par Martine Aubry et Cécile Duflot. En échange des 2% d’Eva Joly, il a donné un maroquin à Cécile Duflot mais il ne va tout de même pas faire fermer toutes nos centrales nucléaires et en revenir à la lampe à huile, à la marine à voile et à l’élevage des moutons sur le Larzac.
Ce gisement de pétrole au large de la Guyane permettrait à la France d’avoir « son »pétrole (environ 10% de notre consommation). Christophe de Margerie, le patron de Total, n’a même pas eu à téléphoner à François Hollande…
Nicole Bricq se retrouve au Commerce extérieur où elle va devoir essayer de vendre nos Airbus qui consomment beaucoup et polluent encore davantage. Un minimum de dignité aurait pu la pousser à démissionner. Mais la place est bonne même dans un placard.
C’est Delphine Batho, ancienne copine de Mazarine à Henri IV, ami de Julien Dray à SOS-Racisme et à laquelle Ségolène Royal avait donné son siège de député des Deux-Sèvres en 2007 qui lui succède. Elle était ministre déléguée à la Justice et ne supportait pas sa ministre de tutelle, Christiane Taubira, ce qu’on peut comprendre.

22 Juin 2012 | Comments (8)

Finie la comédie !

La France vient de vivre des mois de campagnes électorales, c’est-à-dire que les Français ont pu se distraire et s’amuser du spectacle que leur offraient les différents protagonistes de la compétition, en oubliant un peu les réalités.
C’était comme à la foire avec le stand de tir, la femme à barbe, les autos-tamponneuses, la cartomancienne et l’illusionniste. Sur leurs petites estrades, ils évoqué n’importe quoi, du mariage des homosexuels au vote des étrangers, en passant par le permis de conduire. Un seul des candidats a osé aborder les vrais sujets, la dette et la compétitivité. C’était François Bayrou. Il a été ridiculisé à la présidentielle, éliminé aux législatives.
Malgré la crise épouvantable qui frappe le pays, jamais sans doute une campagne présidentielle n’avait été aussi médiocre. On l’a dit mais il faut le répéter. Tout s’est fait « sur la tête du client ». Les Français ne supportant plus Nicolas Sarkozy pour mille raisons (le bling-bling, le président des riches, le président zigzag, le flirtichonneur avec l’extrême-droite, l’ancien ami de Kadhafi et d’Assad, etc.) François Hollande en leur promettant « le changement maintenant » leur offrait simplement de changer de président et de remplacer une tête par une autre, la sienne en l’occurrence. Du coup, il a été élu, de justesse seulement d’ailleurs.
Mais, maintenant, il se retrouve, vainqueur mais gros jean comme par devant, à la tête d’un pays qui, lui, n’a pas changé. Il se dit « normal » mais il ne peut plus faire le malin. Comme son prédécesseur, il a en face de lui plus de 4 millions de chômeurs et 10 millions de pauvres (et ça va s’aggraver), des entreprises qui, par centaines, licencient, se délocalisent ou ferment carrément (et ça va s’aggraver), une dette qui se creuse chaque jour davantage.
Comme son prédécesseur, il n’a pas le choix. Il lui faut de toute urgence réduire les dépenses et augmenter les recettes, tout en relançant l’économie. L’illusionniste devient funambule.
Réduire les dépenses c’est réduire le nombre des fonctionnaires. Comme il avait promis d’embaucher des enseignants, des policiers et des magistrats, il va lui falloir « taper » dans les autres ministères qui ne sont pas « prioritaires ». Mais il s’était engagé à ce que les services de l’Etat retrouvent tout leur rôle et à écouter les syndicats qui, ne représentant plus que les fonctionnaires, ne vont évidemment pas tolérer ces coupes claires qu’il veut faire dans leur clientèle.
Il y a aussi les fonctionnaires territoriaux qu’une décentralisation incontrôlée a multipliés dans des proportions stupéfiantes. Mais les régions, les départements et les grandes villes sont tous pratiquement tenus par ses amis socialistes. On voit mal la région Poitou-Charentes, le département de la Corrèze ou les villes de Nantes ou de Lille accepter de réduire leurs effectifs pléthoriques de ronds-de-cuir locaux. D’ailleurs on a transférer de nombreuses compétences à ces collectivités locales (sans pour autant réduire le nombre des fonctionnaires d’Etat).
Il ne faut pas oublier non plus, et les syndicats ne se priveront pas de le rappeler, que réduire le nombre des fonctionnaires c’est aussi, ipso facto, accroitre le nombre des chômeurs.
Augmenter les recettes –il faut trouver 10 milliards dans les prochaines semaines pour boucler le budget- c’est augmenter les impôts. Hollande avait annoncé qu’il ferait cracher les riches (qu’il n’aime pas) au bassinet au nom de « la justice fiscale ». Mais les riches qui ne sont pas encore partis pour Londres, Bruxelles ou Genève ne sont plus si nombreux et puis ce sont tout de même eux qui investissent si tant est qu’on veuille vraiment relancer l’économie et l’innovation.
Il va donc falloir annoncer de bien mauvaises nouvelles dans les jours qui viennent aux classes moyennes. Même s’ils ont l’habitude d’être présurés et de voir leur niveau de vie dégringoler, certains de ceux qui ont voté avec enthousiasme pour la gauche vont rapidement regretter leur naïveté.
Hollande qui n’est pas un imbécile doit savoir que l’état de grâce dont il bénéficie (relativement) depuis son élection va bien vite se terminer. Sans doute le jour où Jean-Marc Ayrault prononcera son discours de politique générale devant la nouvelle Assemblée et annoncera toutes les mauvaises nouvelles.
Comme tous ses prédécesseurs sans exception (Balladur, Juppé, Jospin, Raffarin, Villepin, Fillon) le Premier ministre affirmera que « ceux d’avant » lui ont laissé le pays dans un triste état, qu’il est à la tête d’un Etat « en faillite » (le mot de Fillon) et qu’il ne pouvait pas soupçonner que la situation soit aussi catastrophique (alors pourtant que c’étaient deux de ses amis socialistes qui présidaient, l’un, la Cour des Comptes, l’autre, la Commission des Finances de l’Assemblée).
Les Français ne vont évidemment pas être dupes. On leur a trop souvent fait « le coup de l’héritage ». Ils vont sans doute s’apercevoir, une fois de plus, qu’en face des cruelles réalités les meilleures bonnes intentions sont aussi inutiles que les pires de boniments.
Ils vont aussi comprendre que désormais un président de la République, aussi bien élu soit-il, n’a plus guère de pouvoir. Hollande avait deux grandes idées : la mutualisation européenne des dettes et la taxe sur les transactions financières. Mais Angela Merkel ne veut pas payer pour les autres et l’immense majorité des chefs d’Etat du G20 ne veut pas entendre parler d’une telle taxe sur les transactions financières.
On voit mal ce que notre président « normal » va bien pouvoir nous dire dans les prochaines semaines. Peut-être que « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille », qu’il va « ouvrir un chantier de réformes », qu’avec sa « force tranquille » il va s’attaquer à « la fracture sociale » en allant « chercher la croissance avec les dents » et qu’il entrevoit « le bout du tunnel » car « les clignotants commencent à passer au vert ».
Mais les Français ont déjà entendu tout cela. Il faudrait donc trouver une nouvelle formule.

22 Juin 2012 | Comments (16)

La renaissance du « zozo »

Tout le monde observe avec délectation la guéguerre qui a commencé entre François Fillon et Jean-François Copé pour s’emparer des lambeaux de l’UMP et devenir, pendant les cinq ans à venir, le chef de l’opposition au régime socialiste et donc le candidat naturel de la droite lors de la prochaine présidentielle de 2017.
La bataille pour la présidence du groupe UMP de l’Assemblée nationale, aujourd’hui, n’a été qu’une toute première péripétie et le succès de Christian Jacob, président sortant et homme de Copé, était prévisible et n’a aucune signification pour l’avenir.
Ce qui est sûre c’est que le combat entre l’ancien Premier ministre et l’actuel patron de l’UMP dépasse de beaucoup les ambitions et les haines personnelles des deux lascars. Les deux hommes ont des conceptions radicalement différentes de ce que devrait être la droite pour avoir la moindre chance de retrouver rapidement des couleurs.
Fils naturel de Philippe Séguin, le nouveau député de Paris est un gaulliste social qui rêve d’une droite de bon aloi, c’est-à-dire de centre-droit. Prêt à tout pour assouvir ses ambitions, le député-maire de Meaux est convaincu que la France s’est « droitisée » et que donc, quitte à se salir un peu les mains, il faut s’adresser résolument aux électeurs du Front National pour tenter de récupérer tout ou partie des 18% d’électeurs qui ont choisi Marine Le Pen, au premier tour de la présidentielle.
Copé n’a sans doute pas remarqué que ses amis de l’UMP qu’on qualifiait de « populaires » et qui, eux, avaient déjà, sans pudeur, multiplié les sourires vers l’extrême-droite viennent de connaitre une défaite cuisante. Ils étaient 43, ils ne sont plus que 19. Depuis qu’ils ont été dupés par Sarkozy en 2007, les électeurs du Front National ne sont plus sensibles aux sirènes de l’UMP.
Curieusement donc, l’ancien Premier ministre de Sarkozy donne totalement –mais un peu tardivement- tort à l’ancien président qu’il a docilement servi pendant cinq ans et qui, sous les conseils de son âme damnée, Buisson, (mais c’était aussi dans sa nature) avait radicalisé à fond son discours alors que Copé qu’on présentait souvent comme « l’opposant de l’intérieur » du même Sarkozy veut visiblement marcher sur (et dans) les pas de celui-ci.
Ce duel à mort prouve, en tous les cas, que l’UMP a vécu. Quel que soit le vainqueur à l’automne prochain lors de l’élection du nouveau patron du mouvement, les vaincus n’accepteront pas de suivre comme un seul homme celui qui l’aura emporté.
Analysant à la loupe les résultats de ces dernières législatives, les Fillonistes sont persuadés que c’est cette droitisation du sarkozisme qui a causé leur perte alors que les Copéistes sont convaincus, au contraire, que, si elle avait été encore davantage soulignée, le président sortant aurait fini par gagner les 2% qui lui ont manqué.
Mais à force de regarder ces querelles intestines au sein de l’ancienne sarkozie, personne n’a fait attention à la réapparition de Jean-Louis Borloo qu’on avait totalement oublié depuis qu’il avait renoncé, bien piteusement, à se présenter à la présidentielle. Or « le zozo » (selon le terme même de Fillon) est ressorti de sa boite. Coucou, c’est moi ! Il vient de créer un nouveau « truc », « l’Union des démocrates indépendants », il va avoir, avec ses amis radicaux, son groupe à l’Assemblée et il a déjà été rejoint par le peu qui reste du Nouveau centre et du MoDem.
Autant dire que le Valenciennois ébouriffé qui, quand il avait jeté l’éponge dans la course à l’Elysée, avait affirmé, pour le regretter, que le centre n’existait plus, espère maintenant le faire renaitre.
Si l’on s’en tient aux derniers résultats des radicaux et des amis d’Hervé Morin ou de François Bayrou, le rêve de Borloo est, évidemment, ridicule. Le centre existe encore moins aujourd’hui qu’il n’existait il y a six mois quand Borloo le constatait.
Mais Borloo qui déteste Fillon plus que tout est convaincu que l’ancien Premier ministre (dont il n’avait pas pu avoir la peau pour Matignon) sera totalement incapable de regrouper sous sa bannière tous les UMP anti-Copé et qu’il pourra donc, lui, les récupérer dans un grand mouvement de centre-centre-droit, sorte de résurgence de l’UDF de jadis et de Giscard.
Cela dit, si de nombreux Français sont fondamentalement centristes, même parfois sans l’avouer, cela fait des décennies que le centre, écartelé par la bipolarisation de notre système, n’a jamais pu s’imposer comme une réalité. Et on imagine assez mal « le zozo » en chef de l’opposition pendant les cinq ans qui viennent. Mais sait-on jamais ?
Dès que François Hollande va commencer à décevoir, ce qui ne devrait pas trop tarder, les Français vont de nouveau se retourner avec la droite. Les (mauvais) souvenirs de Sarkozy les inciteront, peut-être, à regarder vers le centre et le fameux duel n’opposera pas alors Copé à Fillon mais Fillon à Borloo.

20 Juin 2012 | Comments (10)

Un axe Berlin-Londres à la place de l’axe Paris-Berlin ?

Les ennuis commencent déjà pour François Hollande. Après la rupture de l’axe Paris-Berlin provoquée par le refus du nouveau président français de s’incliner devant les exigences de rigueur de la chancelière allemande, voici que la Grande-Bretagne s’y met aussi.
Le Premier ministre britannique vient de déclarer, en marge du sommet du G20, que son pays était prêt à dérouler « le tapis rouge » devant les riches français qui souhaiteraient s’exiler chez lui pour fuir les mesures fiscales préparées par le gouvernement français.
D’abord, on peut s’étonner que David Cameron ait éprouvé le besoin de faire une telle déclaration, bien peu « cordiale » et encore moins diplomatique. Quelle mouche l’a piqué ? On sait que l’Angleterre a déjà bénéficié de trois immigrations françaises. A la révocation de l’Edit de Nantes, à la Révolution et en 1981. Il espère donc une quatrième arrivée de Français fortunés. Il est vrai que son pays en aurait bien besoin. Mais cela ne se dit pas avec un tel cynisme.
Ensuite, il y a une totale incohérence dans ce tir de barrage germano-britannique contre le socialiste français. Angela Merkel lui reproche de ne pas vouloir appliquer à la lettre ses diktats d’austérité et David Cameron lui reproche d’augmenter les impôts.
Enfin, cette « sortie » incongrue de l’Anglais prouve deux choses. D’une part, que l’Europe est bel et bien désormais cassée en deux avec, au nord, les protestants rigoureux, travailleurs et donneurs de leçons, et, au sud, les catholiques dépensiers, soi-disant paresseux et appelant à l’aide. Et, d’autre part, que les capitales européennes sont inquiètes, voire furieuses, qu’un pouvoir socialiste se soit installé à Paris. On pourrait, à la limite, les comprendre, mais elles n’ont pas le choix. Elles devraient d’ailleurs se demander si l’austérité poussée à l’extrême ne fait pas le lit de la gauche.
Un nouvel axe Berlin-Londres va remplacer l’axe Paris-Berlin. Hollande n’a plus avec lui que « les bras cassés » grecs, portugais, espagnols et italiens. Chef des « éclopés » et, en plus, socialiste, le président français risque de se retrouver bien désarmé.
Mais, au-delà des péripéties du jour, cette auberge espagnole qu’est l’Europe à 27 n’a-t-elle pas toujours été marquée par toutes ces contradictions entre « Gens du nord » et Méditerranéens ?

19 Juin 2012 | Comments (14)

Il est temps maintenant de passer aux choses sérieuses

Certains commentateurs semblent surpris, ce matin, par les résultats des législatives d’hier qui n’ont pourtant rien d’étonnant. Tant que l’élection des députés se fera dans la foulée de la présidentielle, nous aurons des « vagues » qui seront de la même couleur que celle de celui qui a été élu à l’Elysée. Roses comme hier, comme en 1981 ou 1988, bleues comme en 2002 ou 2007.
Les Français qui n’ont, contrairement à ce qu’on nous raconte, jamais été favorables à la cohabitation et à ses incohérences, ne vont jamais se contredire à quelques semaines d’intervalle. Et d’autant moins qu’entre les deux scrutins le pouvoir, quel qu’il soit, n’a pas encore eu le temps de les décevoir et de reconnaitre que toutes ses promesses électorales n’étaient que des promesses de Gascon et de la poudre aux yeux.
Mis à part les propos inconsidérés de Vincent Peillon et le tweet de Valérie Trierweiler, rien n’a terni jusqu’à présent la victoire de François Hollande qui s’en est remarquablement bien sorti pour ses premiers pas, avec ses allures de bon-enfant poupin en président « normal » et ses débuts sur la scène internationale.
L’UMP encore groggy n’avait d’ailleurs pas la force d’entamer son procès, de lui demander comment il ferait face à la dette et à nos déficits avec tous ses engagements bien souvent irresponsables, comment il comptait conjuguer « croissance » et « rigueur » pour ne pas dire « austérité » et comment il pourrait bien trouver des solutions pour l’Europe après avoir déclaré la guerre à Angela Merkel.
Le PS a triomphé, hier, parce que son opposition n’existait pas. Et il faudra sûrement un certain temps pour que l’UMP puisse remonter sur sa selle en décidant soit de reconstituer un centre-droit avec les dépouilles des centristes, soit de se donner un coup de barre à droite, en tirant les leçons des succès du Front National. L’ancien parti de Nicolas Sarkozy a tout l’été pour faire son choix. Mais il ne devrait pas oublier que si cette droitisation avait réussi en 2007, elle a coûté en grande partie sa réélection à Sarkozy en 2012.
Certains s’étonnent du succès du Front National qui a obtenu deux élus ce qui n’est tout de même pas un raz-de-marée. Il faut d’abord remarquer que Marion Maréchal-Le Pen et Gilbert Collard l’ont emporté grâce à des triangulaires. Dans tous les duels, le candidat frontiste a été battu, à commencer par Marine Le Pen elle-même. Nulle part, pour l’instant, le FN ne peut atteindre les 50%.
Il n’en demeure pas moins scandaleux qu’un parti qui représente entre 15 et 18% des voix n’ait que deux députés alors que les Verts avec 2,31% des voix à la présidentielle ont 17 députés. Il est vrai que Cécile Duflot avait obtenu par l’accord qu’elle avait signé avec Martine Aubry quelques places de choix pour ses amis (et elle-même). Cela dit, on peut compter sur Collard qui se présente déjà comme « un casse-couilles démocratique » pour faire parler de lui dans l’hémicycle.
Pour le reste on a vu, une fois de plus, que le parachutage des « vedettes » était bien souvent à haut risque. Ségolène Royal, Jack Lang et Claude Guéant ont été battus par des « sans-grades » enfants du pays. Si les législatives sont bien des élections nationales, elles demeurent encore parfois, aussi, des scrutins « locaux » où le réflexe « anti-parisien » demeure vivace.
Ajoutons que rares, sans doute, seront ceux, même à droite, qui pleureront à chaudes larmes les défaites de Nadine Morano, Michèle Alliot-Marie ou Georges Tron et que certains s’étonneront, peut-être, de la réélection d’Eric Woerth, preuve que l’on peut être à la fois… « présumé innocent » et réélu.
On attend maintenant le gouvernement Ayrault n°2. Hollande va-t-il vouloir faire une place aux communistes (qui semblent n’en pas vouloir) et offrir une prime aux écologistes qui vont avoir désormais un groupe à l’Assemblée ?
En fait, on attend surtout Hollande et le gouvernement au pied du mur. Il serait temps maintenant de passer aux choses sérieuses.

18 Juin 2012 | Comments (6)

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