Tout le monde sait que ces fameux débats du second tour entre les finalistes de la présidentielle ne peuvent –au mieux- que déplacer 0,5% des intentions de vote. Les derniers sondages donnant François Hollande largement vainqueur avec 53% des voix, le débat d’hier soir était donc sans grand intérêt même si la France entière qui adore ce genre de spectacle rappelant davantage le combat de boxe, voire de catch, que la confrontation d’idées l’attendait avec impatience.
Il aurait fallu que le président-sortant soit époustouflant, qu’il démolisse totalement le programme du candidat de la gauche, qu’il ratatine son adversaire et qu’il parvienne à justifier ou du moins à faire oublier son quinquennat pour avoir une chance d’inverser les tendances en trois heures de débat et à quatre jours du scrutin.
Or, ce ne fut pas le cas. Tout au long du combat, on a eu l’impression que le tenant du titre expliquait déjà les raisons de sa défaite. Il avait fait ce qu’il avait pu, il n’avait pas eu de chance, il y avait eu la crise, on l’avait mal compris, il avait été la victime de toutes les calomnies et l’autre n’était qu’un menteur. Même quand il fut agressif, il était sur la défensive.
Et le challenger, lui, était déjà le vainqueur. D’habitude, on ne retient qu’une seule phrase de ces débats –« Le monopole du cœur », « Le passé et le passif », « Monsieur le Premier ministre » ou « Les yeux dans les yeux »- cette fois on se souviendra de la tirade finale de Hollande « Je serai un président qui… ». C’était savamment préparé et remarquablement interprété. Il n’escaladait pas les marches du pouvoir, il était déjà installé sur le trône.
Naturellement, ce matin, Copé et ses amis trouvent que Sarkozy a été excellent en jouant sur l’expérience (qu’il a et que l’autre n’a pas) et en rappelant quelques réalités (que la crise impose). Et Moscovici et ses amis affirment que Hollande a été le meilleur en fustigeant le bilan de ce quinquennat marqué par toutes les injustices.
Il faut encore attendre trois jours avant de savoir ce qu’en auront pensé les électeurs qui n’ont sans doute été ni convaincus par le déluge de chiffres que les deux protagonistes leur ont imposé ni séduits par les noms d’oiseaux qu’ils se sont jetés au visage.
Hier, Sarkozy avait un terrible handicap. Non seulement il était le président sortant, ce qui n’est jamais bon, mais, en plus, il était celui qu’on avait trop vu pendant les cinq ans de son règne. Il paie aujourd’hui l’une des grandes erreurs de son quinquennat. Avoir toujours voulu être seul en scène, s’occuper de tout, monopoliser la parole et l’écran. Tout ce qu’il disait, on avait l’impression de l’avoir entendu dix fois, vingt fois, depuis des années, avec les mêmes mots, le même ton, le même volontarisme qui, à l’usage et avec ses résultats, devient évidemment un peu ridicule.
Il n’a pas été mauvais mais il a radoté et à force de répéter les mêmes arguments (qui ne sont pas tous absurdes) il semblait à bout d’arguments alors que l’autre réussissait à être à la fois déjà président et encore nouveau.
En 2007, Sarkozy a gagné en nous promettant « la rupture », cette fois-ci Hollande va gagner en nous annonçant « le changement ». En se vantant de son expérience, Sarkozy a oublié que, depuis des années, les Français voulaient rompre avec le passé et changer les têtes.

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