On nous raconte que le débat sur les eurobonds qui oppose François Hollande et Angela Merkel est une affaire de techniciens financiers.
En prônant cette mutualisation des dettes des pays européens, le Français voudrait permettre aux pays les plus endettés de ne plus avoir à payer des taux d’intérêt exorbitants, comme la Grèce à laquelle on impose actuellement des taux de 30% ce qui est parfaitement insupportable pour elle.
L’Allemande, suivie d’ailleurs par les pays du Nord, n’en veut pas car elle en a assez, elle qui paie des taux d’intérêt de 1,5%, de payer pour les pays du Sud, dits aussi « pays Club Med’ », qui ont dépensé à tout-va et qui ne semblent toujours pas décidés à adopter les mesures d’austérité drastiques qu’elle voudrait leur imposer et qu’ils ne pourraient d’ailleurs pas supporter.
Il est évident que, quand on voit la situation actuelle de la Grèce, au bord de l’insurrection générale, et pour peu qu’on s’entête à refuser qu’Athènes quitte la zone euro sous prétexte que cela pourrait avoir, par un effet de dominos, des conséquences incalculables, on peut penser que cette « solidarité européenne » poussée à l’extrême est la seule solution. Tous ensembles nous ne payerions plus que des taux d’intérêt d’environ 3% (les taux d’intérêt pour la France sont actuellement de 2,5%)
Mais, en fait, cette mutualisation de nos dettes dépasse de beaucoup le problème des déficits budgétaires des uns et des autres. Il s’agirait d’un pas décisif et irréversible vers le fédéralisme européen.
Nous n’avons plus de frontières entre nous, nous avons une monnaie unique, Bruxelles peut nous imposer sa loi mieux que nos parlements, la Cour européenne l’emporte sur nos juridictions. Si, en plus, nous mutualisions nos dettes et donc, ipso facto, nos budgets, nos pays renonceraient au peu d’indépendance qui leur reste encore. C’en serait totalement fini de « l’Europe des Nations », Bruxelles aurait tous les pouvoirs.
Sous leur aspect technique, les eurobonds sont, en fait, un choix politique fondamental et il serait sans doute souhaitable qu’on demande aux Français (et aux autres) s’ils sont d’accord pour renoncer ainsi aux dernières miettes de souveraineté qui leur restent.
En réalité, nous sommes arrivés au fond de l’impasse dans laquelle nos dirigeants nous ont engouffrés le jour où ils ont décrété que tous les pays européens pouvaient avancer d’un même pas, la main dans la main. Et il était évident qu’en allant jusqu’à adopter une monnaie unique nous nous condamnions, à court terme, à devoir renoncer à notre indépendance budgétaire.
La Grèce, pour ne parler que d’elle, est sans doute la mère de notre civilisation et un pays merveilleux pour aller passer des vacances, mais, sur le plan économique et financier, le seul qui compte en l’occurrence, elle est encore, à bien des égards, un pays du Tiers-monde, comme la Bulgarie, la Roumanie et quelques autres que nous avons accueillis à bord de notre bateau et qui risquent de nous faire couler tous ensemble.
Le problème, aujourd’hui, n’est pas de savoir comment, par solidarité, nous pourrions sauver les boulets qui nous entrainent vers le fond mais comment nous pourrions nous en débarrasser, en les jetant par-dessus bord sans provoquer trop de remous.
Les rodomontades sur cette solidarité européenne sont d’ailleurs d’une totale hypocrisie. Tout le monde, à commencer par François Hollande, sait parfaitement que la Grèce et quelques autres pays qui n’y avaient pas leur place sont condamnés à quitter avant longtemps l’Europe et en tous les cas l’euro.
Aujourd’hui, il est absurde de chercher à donner quelques mois de grâce à ces pays, ce qui ne peut qu’aggraver la situation des survivants. Ce qu’il faut c’est reconnaître qu’on a commis une erreur considérable en élargissant sans fin l’Europe et préparer au mieux qu’expulsion de ces intrus qui nous ont contaminés. Tout le monde l’admet à voix basse mais personne ne veut encore le reconnaitre ouvertement.
François Hollande a parfaitement raison quand il affirme à Angela Merkel que, sans un minimum de croissance, l’austérité ne peut que nous asphyxier davantage. Mais, et ceci n’a rien à voir avec cela, il a tort de vouloir renoncer à notre dernière souveraineté pour tenter de sauver des cas désespérés.

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