Arnaud Montebourg est, évidemment, l’un des ministres les plus contestables de ce nouveau gouvernement, ne serait-ce que parce qu’il est particulièrement horripilant avec sa suffisance de bellâtre de sous-préfecture et le ton pontifiant qu’il se croit obligé d’adopter pour énoncer la moindre banalité.
Sa compagne, la pétroleuse du petit écran qui s’était engagée à disparaitre au cas où son « type » deviendrait ministre et qui donc n’a pas tenu sa promesse, n’arrange rien.
Et on se demande ce que ce héraut de la dé-mondialisation va bien pouvoir faire dans son ministère si curieusement intitulé « ministère du redressement productif », comme si un redressement pouvait être destructif.
Cela dit, les ténors de l’opposition qui font leurs débuts dans cette nouvelle fonction, sont particulièrement ridicules en exigeant la démission de Montebourg sous prétexte qu’il a été, ce matin, condamné par le Tribunal de Grande Instance à Paris à… 1 € de dommages et intérêts pour avoir, il y a quelques mois, injurié les dirigeants de SeaFrance en les traitant d’ « escrocs ».
En réalité, pendant sa campagne pour les primaires de la gauche, Montebourg avait traité les responsables de cette filiale de la SNCF en faillite d’« escrocs » et de « patrons voyous ». Mais les magistrats ont considéré que si le mot « escrocs » pouvait être « incontestablement outrageant », ce n’était pas le cas de l’expression « patrons voyous ». Preuve que nos juges se sont bien habitués aux mœurs de notre société. Les voyous en question demandaient 10.000€ à Montebourg. Ils auront 1€. Ce n’est pas donc une « affaire ».
Mais Jean-François Copé, Xavier Bertrand et, bien sûr, Nadine Morano ont immédiatement ressorti la promesse du candidat Hollande qui s’était engagé à « ne pas avoir autour de (lui), à l’Elysée, de personnes jugées et condamnées », ne s’écriant en choeur: « Montebourg a été condamné, il doit quitter immédiatement le gouvernement ».
C’est de bonne guerre, diront certains. Si ce n’est que quand le futur président de la République évoquait la moralisation indispensable des entourages du pouvoir, voire du pouvoir lui-même, il pensait, évidemment, à la corruption, aux pots de vin, aux dessous de table, aux rétro-commissions, aux financements occultes.
Montebourg n’a pas tapé dans la caisse, il a « outragé » des « patrons voyous » ce qui ne met en cause ni son intégrité ni son honneur. Et si tous ceux qui avaient été qualifiés de noms d’oiseaux, au cours des six derniers mois, avaient porté plainte devant la justice, les trois-quarts de notre personnel politique seraient aujourd’hui condamnés à quelques euros de dommages et intérêts.
L’ennuyeux dans cette affaire est que ceux qui représentent désormais l’opposition en soient réduits à ce genre d’attaques ce qui, bien sûr, les discrédite aux yeux de l’opinion.
Hollande, Ayrault et le gouvernement s’installent à peine mais ils commencent déjà à montrer le bout de l’oreille. Le décret sur la retraite à 60 ans pour ceux ayant commencé à travailler très tôt est scandaleux. Ce n’est pas à coups de décrets qu’on s’attaque au problème des retraites mais au Parlement et avec des lois. Le retour à la semaine de cinq jours à l’école a été annoncé par le ministre de l’Education Nationale, avant même sa prise de fonction, et sans la moindre concertation (il est vrai qu’Ayrault a aussitôt désavoué Peillon). Christiane Taubira a décidé de supprimer les tribunaux pour les délinquants mineurs sans en avoir discuté avec personne…
Bref, alors qu’Hollande nous avait promis que la concertation avec les corps intermédiaires serait la règle, que le Parlement retrouverait tous ses pouvoirs, que « le peuple » serait associé à toutes les décisions, lesquelles seraient toujours « évaluées » avant d’être mise en œuvre, on s’aperçoit qu’à peine installés dans leurs palais dorés et avant même qu’une nouvelle Assemblée ait été élue, « ils » font si ce n’est n’importe quoi du moins comme bien leur chante.
On peut aussi regretter qu’Hollande ait annoncé le retrait de nos troupes d’Afghanistan (ce qui est une excellente idée qui aurait dû s’imposer depuis bien longtemps) sans que le Parlement ait eu son mot à dire.
A l’Elysée, on répond que le président à toute la légitimité nécessaire pour appliquer le programme qu’il a présenté aux Français. Certes. Mais alors il ne fallait pas mettre le mot « concertation » à toutes les lignes de ce programme et nous jurer qu’une présidence Hollande n’aurait rien à voir avec une présidence Sarkozy.
Au lieu de s’en prendre d’une manière grotesque à Montebourg –auquel on va sans doute pouvoir très rapidement reprocher bien d’autres choses, autrement plus sérieuses, dans la gestion de son ministère- Copé et ses copains feraient mieux de s’attaquer aux grands sujets qui ne manquent pas, s’ils veulent éviter que ces législatives ne tournent pour eux à la débandade.
Mais tous semblent avoir déjà fait une croix sur ce prochain scrutin. Ils ne pensent plus qu’à 2017. Ils préfèrent donc s’entredéchirer entre Fillonistes, Copéistes, Juppéistes et Sarkozistes plutôt que de faire bloc pour ces législatives et former pour les cinq années à venir une opposition de choc.
Il y a longtemps qu’on n’avait pas dit que nous avions « la droite la plus bête du monde ».

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