Personne ne pense que Bruno Le Maire soit un imbécile. D’ailleurs il faut bien dire qu’on pense rarement à Bruno Le Maire. On sait simplement qu’il est bourré de diplômes (Normale Sup, l’ENA, etc.) et que la fidélité ne fait pas partie de ses toutes premières qualités. Il doit toute sa carrière à Dominique de Villepin dont il a été l’un des plus proches collaborateurs et sa circonscription d’Evreux à Jean-Louis Debré qui la lui a offerte sur un plateau. Mais, pour un plat de lentilles que lui tendait Sarkozy, il les a trahis l’un et l’autre, sans la moindre vergogne, allant même jusqu’à baver goulûment sur les deux, dans ses livres comme dans ses déclarations publiques.
Comme tout le monde, cet ancien ministre de l’Agriculture tente aujourd’hui de conserver sa circonscription. Il a souvent fait rire les agriculteurs du coin par son ignorance crasse du monde rural, incapable, par exemple, un jour devant un micro insolent, de donner en m2 la surface d’un hectare. Incapable, bien sûr, aussi de reconnaitre deux races de vaches différentes. Ce sont des choses qu’on n’apprend pas à l’ENA. Mais la circonscription est plutôt à droite.
Ce matin, la télévision nous montrait Le Maire en campagne. On le voyait arriver sur une place de marché, descendant de sa voiture. Ce qui était amusant c’était de voir que les paysans, mi-admiratifs, mi-sidérés, regardaient non pas l’ancien ministre–candidat mais… la voiture.
Bruno Le Maire descendait du dernier coupé Audi A 5. Visiblement, les électeurs normands qui connaissent mieux le prix des tracteurs que celui des voitures de très grand luxe, se demandaient combien d’hectolitres de lait, d’hectares de bons pâturages ou de quintaux de blé pouvait bien valoir ce petit bolide.
Ce n’est, bien sûr, qu’une anecdote mais elle est tout de même diablement révélatrice d’une certaine catégorie de notre personnel politique.
Bruno Le Maire n’a donc pas compris que c’était le « bling-bling », son image de « président des riches » et le fossé qui s’était considérablement creusé entre les riches et les pauvres qui avaient tué Sarkozy en face d’un candidat « normal » qui promettait la justice sociale et même la chasse aux riches.
Une Audi A 5 dans un village normand où les agriculteurs se suicident par désespoir c’est, évidemment, de la provocation, à moins que cela ne soit une totale inconscience.
Les amis de Sarkozy viennent de constituer un petit club de fidèles, convaincus qu’en 2017, Copé, Fillon et même Juppé s’étant entretués, les Français pourraient avoir envie d’aller rechercher Sarkozy. Il faudrait qu’ils comprennent enfin les raisons de leur défaite et qu’ils laissent au garage leurs Mercédès, leurs Porsche, leurs BMW. En période de crise, la pudeur s’impose. On finit par souhaiter que Le Maire perde sa circonscription et regagne les beaux quartiers de Neuilly (dont il est, comme par hasard, natif) à bord de sa belle auto.

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