François Hollande, totalement inconnu à travers la planète, fait ses débuts sur la scène internationale. Pour les uns qui ne l’avait jamais vu, pas même en photo, il est un intrus, pour les autres, sauf Medvedev, qui viennent d’apprendre qu’il est un ancien apparatchik du Parti socialiste, il est une bête curieuse.
Mais à Berlin comme à Washington, on fait soudain les yeux ronds. On leur avait dit que ce président « normal », élu « par défaut » et parce que les Français ne supportaient plus le président sortant, allait tenter de singer Mitterrand. Or, ils commencent à se demander si ce petit gros tout souriant et encore un peu maladroit ne se prendrait pas plutôt pour… de Gaulle.
Pendant cinq ans, ils avaient eu affaire à un président français qui, tout en se prétendant plus ou moins l’héritier du Général, s’était, d’abord, mis au garde-à-vous devant Washington, réintégrant l’Otan, envoyant des renforts en Afghanistan et multipliant les gestes d’allégeance envers Bush fils puis envers Barak Obama, et, ensuite, la crise venue, s’était mis à obéir aveuglément à une chancelière allemande particulièrement intraitable.
Et voici brusquement un socialiste, par définition antigaulliste, qui débute son quinquennat en voulant jouer les empêcheurs de tourner en rond, les trouble-fêtes, les francs-tireurs. Ca recommence, comme jadis avec de Gaulle ! La France redevient « sûre d’elle-même » si ce n’est « dominatrice ». Non seulement ce jeune homme annonce qu’il va faire la guerre à la finance comme « l’autre » affirmait que la politique de la France ne se faisait pas « à la corbeille », mais, pour ce qui est de l’Europe et de la discipline budgétaire, on a l’impression qu’il reprend à son compte la phrase de « l’autre » ironisant sur ceux qui, « comme des cabris, sautent sur leur tabouret en criant : L’Europe, l’Europe ». Pire encore, pour ce qui est de l’Otan, de la solidarité atlantique, il entend bien, et là encore comme « l’autre », affirmer la souveraineté de la France en décidant notamment de quitter l’Afghanistan plus tôt que prévu par les experts du Pentagone.
Certes n’est pas de Gaulle qui veut mais il faut bien reconnaitre que, sous ses airs un peu bonasses, le nouveau président de la République ne manque pas de culot en répétant à la face du monde –c’est-à-dire devant Angela Merkel, devant Barak Obama, devant les chefs d’Etat du G8 et de l’Otan- ce qu’il avait dit tout au cours de sa campagne et auquel personne dans les grandes capitales n’avait attaché la moindre importance.
Le plus curieux d’ailleurs c’est que, si à Berlin Angela Merkel a fait celle qui ne voulait pas entendre, à la Maison Blanche et au G8 on a plus ou moins fini par donner raison au petit Français débutant. Le communiqué final de la réunion du G8 plaide « en faveur de la croissance pour compenser l’effet de l’austérité ». C’est exactement ce qu’exigeait François Hollande et le voilà donc soutenu par la plupart des grandes capitales pour ses prochains face-à-face avec Angela Merkel. On le disait seul avec ses idées farfelues et un brin populistes de croissance, c’est maintenant la chancelière allemande qui va se retrouver un peu isolée avec son intransigeance de comptable prussien.
L’affaire de l’Afghanistan est, évidemment, plus délicate. En décidant de retirer nos forces « combattantes » d’ici à la fin de cette année, Hollande se désolidarise des alliés. Mais d’autres pays sont déjà partis sur la pointe des pieds du bourbier afghan, nous n’avons que 3.500 hommes là-bas (sur un contingent de 150.000 alliés) et tout le monde est désormais d’accord pour reconnaître que l’Occident a perdu depuis longtemps cette guerre -qui était d’ailleurs perdue d’avance- contre les Talibans et toutes les tribus disparates du pays auxquelles la seule présence d’étrangers infidèles a redonné un nationalisme exacerbé.
Le sommet de l’Otan va, sans doute, se terminer avec un communiqué alambiqué qui entérinera le départ des troupes françaises tout en affirmant que Paris continuera, aux côtés des alliés, à aider l’Afghanistan.
Mais ce qui est sûr c’est que François Hollande aura réussi son entrée dans la cour des grands. Pendant cinq ans, en prétendant sauver la planète et en se comportant comme un petit garçon devant les Américains et les Allemands, Nicolas Sarkozy avait bien souvent ridiculisé la France. On n’est pas près d’oublier, dans les chancelleries, ses projets pharaoniques d’Union de la Méditerranée, ses volte-face avec Pékin (et le Dalaï Lama) et les accueils fastueux qu’il avait réservés aussi bien au Libyen Kadhafi qu’au Syrien Assad.
Personne n’aurait parié un sou sur l’envergure de l’ancien président du Conseil général de la Corrèze. Et brusquement le petit bonhomme fait entendre une voix discordante, celle d’une France un peu retrouvée.
Cela dit, ce n’est ni à Berlin, ni à Washington ou à Kaboul que les Français attendent leur nouveau président.

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