Etonnant 8 mai, hier, avec à l’occasion de l’anniversaire de la Victoire, le vaincu et le vainqueur (d’un tout autre combat) cote à cote. On avait presque l’impression que le vaincu était ravi d’en avoir fini, d’être démobilisé et de pouvoir très rapidement regagner ses foyers alors que le vainqueur semblait se demander ce qui lui arrivait.
Le vaincu qui s’était courageusement battu jusqu’au dernier moment était persuadé d’avoir fait son devoir et d’être victime de l’injustice des armes et des hommes, le vainqueur était presque gêné de la chance qu’il avait eue.
En fait, le vaincu pensait déjà à la dolce vita qu’il allait pouvoir s’offrir avec tout l’argent qu’il allait gagner et le vainqueur savait parfaitement que la belle bataille qu’il venait de remporter n’était que le prologue d’une guerre sans pitié dans laquelle il devait désormais se lancer.
Figé au garde-à-vous, le vainqueur ressemblait déjà à un condamné devant un peloton d’exécution dont il connaissait chaque tireur : la crise, la finance, l’Europe, la mondialisation, le chômage, les délocalisations, la désindustrialisation, etc.
C’est une vieille habitude chez nous. Un nouveau président n’est pas encore investi qu’on attend déjà ses premiers faux-pas, ses premières gaffes, ses premières erreurs et qu’on prépare déjà la prochaine élection présidentielle.
François Hollande va devoir former un premier gouvernement, gagner les législatives et affronter la planète.
Pour Matignon, on dit qu’il hésite entre Martine Aubry et Jean-Marc Ayrault. La Dame des 35 heures, fille de Jacques Delors, est une battante qui plait à la gauche, mais elle est célèbre pour son mauvais caractère et ses ambitions personnelles ; le député-maire de Nantes, éternel président du groupe socialiste à l’Assemblée, est fade à souhait et donc rassurant et ce n’est pas lui qui ferait de l’ombre à Hollande. Hollande va-t-il vouloir séduire les électeurs de Mélenchon avec Aubry, ou ceux de Bayrou avec Ayrault ? Va-t-il, du moins pour les législatives, viser l’extrême-gauche ou le centre ? Vu le score étonnamment honorable de Sarkozy au deuxième tour, il aurait tout intérêt à choisir le gentil Ayrault.
Va-t-il faire entrer des écolos dans son premier gouvernement ? L’accord PS-EELV ne portait que sur les circonscriptions et les résultats lamentables d’Eva Joly devraient modérer les exigences ministérielles de Cécile Duflot. Et les communistes du Front de gauche ? Ce serait évidemment donner le meilleur des arguments à la droite, lors des législatives. Et rien n’empêchera Hollande de les faire entrer au gouvernement au lendemain de ces législatives.
Va-t-on assister à un raz-de-marée de la gauche pour ces législatives ? C’est toujours ce qui s’est passé jusqu’à présent après une présidentielle, en 1981, en 1988, en 2002 (l’erreur de Chirac, en 1995, après sa victoire, ayant été de ne pas dissoudre l’Assemblée de 1993 qui était devenue balladurienne).
Avec une logique qu’on peut discuter, les Français semblent toujours souhaiter donner une large majorité au président qu’ils viennent d’élire pour qu’il puisse mener la politique qu’il leur a présentée. Il est absurde de dire, comme le font certains, que les Français apprécient à la cohabitation. Ils ne l’ont jamais choisie d’emblée. En 1986, 1993 et 1997, ils ont désavoué le président qu’ils avaient élu quelques années plus tôt et ni Mitterrand en 86 ou 93, ni Chirac en 97 n’ayant respecté l’esprit de la constitution (qui ne prévoyait pas de cohabitation) on s’est retrouvé avec un double exécutif.
Hollande semble d’ailleurs avoir une chance inespérée pour ces législatives. D’abord, parce que la droite se retrouve sans chef pour mener la bataille. En 1981, après la défaite de Giscard, Chirac s’était très vite imposé en patron de l’opposition. Cette fois, Juppé ayant annoncé qu’il ne se présenterait même pas aux législatives (il est vrai que le score obtenu par Sarkozy à Bordeaux est un terrible désaveu pour le maire de la ville), on voit mal qui de Copé, Fillon, Le Maire, Raffarin ou un autre pourrait prendre la tête d’une droite vaincue et surtout explosée, de la droite dite « populaire » à la droite dite « humaniste ».
En fait, tous les petits marquis du souverain déchu ne pensent déjà plus qu’à 2017 et, s’ils sont sans doute ravis, en leur for intérieur, de la défaite de Sarkozy qui leur ouvre toutes leurs chances pour le coup prochain, aucun d’entre eux ne souhaite visiblement assumer une défaite prévisible à ces législatives.
L’autre chance de Hollande c’est, bien sûr, la présence du Front National qui pourra, sans doute, se maintenir au deuxième tour dans de nombreuses circonscriptions et donc faire battre les candidats de l’UMP.
Certains (élus et électeurs) souhaiteraient des alliances entre l’UMP et le Front National pour faire barrage à la vague rose attendue. La défaite de Sarkozy qui avait multiplié les signes de bonne volonté à l’égard de l’électorat de Marine Le Pen devrait faire comprendre –au-delà de toute considération morale- qu’une telle « mésalliance » est inconcevable sauf à imaginer l’éclatement de l’UMP (prévisible d’ailleurs à court terme) et la soumission des électeurs de Marine Le Pen devant les survivants de la sarkozie qu’ils ont détestée pendant cinq ans.
Cela dit, c’est, bien sûr, sur la scène internationale (qu’il connait mal) qu’on attend les premiers pas du nouveau président. Face à Angela Merkel, à la finance internationale, à l’Europe de Bruxelles, à la Grèce, aux agences de notation, à l’OTAN, à Barak Obama. Et là personne n’a l’intention de lui faire le moindre cadeau.
On attend son baptême du feu.

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