Si on comprend bien ce qu’a essayé de balbutier la nouvelle porte-parole du nouveau gouvernement, en lisant péniblement un texte qui lui avait été préparé, l’essentiel de ce premier Conseil des ministres du quinquennat a consisté, pour François Hollande, à demander à ses ministres de ne pas piquer dans la caisse, de ne pas pistonner leurs petits copains, de ne plus cumuler les fonctions (et les salaires), de ne pas aller dîner au Fouquet’s, de ne pas partir en croisière sur des yachts de milliardaire et de ne pas s’afficher avec des montres bracelets hors de prix.
Ces nouveaux ministres ont d’ailleurs dû adopter un décret diminuant de 30% leurs salaires et signer une bien étonnante… « Charte de déontologie ».
Mais dans quel pays sommes-nous pour que les membres du gouvernement doivent s’engager sur l’honneur à ne pas se conduire comme des voyous, comme des truands ? Y a-t-il d’autres pays sur la planète –à part, peut-être, au fin fond du Tiers-Monde- où un chef de l’Etat éprouve le besoin de demander à ses ministres d’être tout simplement honnêtes, voire exemplaires. Cela ne coule-t-il pas de source ?
Ne soyons pas trop naïfs. Ce rappel si ce n’est à l’ordre du moins aux règles les plus élémentaires n’a, évidemment, qu’un seul but : ternir encore davantage l’image du prédécesseur, rappeler les dérives qui lui ont coûté si cher (sans doute sa réélection) et souligner que le fameux « changement » promis commencera, d’abord, par un changement de mœurs au sommet de l’Etat.
C’est, bien sûr, de bonne guerre. François Hollande a fait toute sa campagne, a gagné l’élection et a fait ses premiers discours de président élu sur l’anti-sarkozisme. Mais, si les Français attendent, en effet, un changement de mœurs à l’Elysée, il ne faudrait pas que le « hollandisme » se limite éternellement à l’anti-sarkozisme.
Cette charge lors du premier Conseil des ministres de cette ère nouvelle était de trop. Plutôt que de voir une fois encore, le vainqueur « flinguer » le vaincu, on aurait préféré qu’il trace quelques grandes perspectives pour les cinq années à venir, qu’il prononce quelques phrases bien senties susceptibles de redonner un peu d’espoir, qu’il précise son plan de bataille.
A moins qu’Hollande ne fasse aucune confiance à ses ministres et qu’il ait considéré comme indispensable de leur faire savoir qu’un ministre devait être exemplaire. Il est d’ailleurs curieux qu’aucun de ces nouveaux ministres n’ait osé refuser de signer cette charte déontologique en faisant remarquer qu’à ses yeux l’exemplarité avait toujours été une évidence pour un élu de la République.
O tempora, o mores, s’était déjà écrié Cicéron.

Mots-clefs : ,