Il est évident que 90% des Français se contrefichent complètement de ce que peut bien penser, dire ou faire François Bayrou, ce patron du centre qui n’a pas été capable de franchir la barre des 10% lors du premier tour de cette présidentielle.
Pour la plupart de nos compatriotes, « le Béarnais » qui avait miraculeusement atteint les 18% en 2007 restera, au choix, comme l’un de nos plus mauvais anciens ministres de l’Education Nationale -et ils furent pléthore à être mauvais- tant il se coucha obséquieusement devant tous les syndicats d’enseignants ou comme l’un des principaux responsables de la mort du centre tant il réussit, avec acharnement, à rater toutes les occasions qui se présentèrent à lui pour reconstituer un grand parti centriste, un MRP ou une UDF.
Son ralliement à François Hollande, à trois jours du second tour et alors que le candidat de gauche est toujours donné très largement vainqueur du scrutin par tous les sondages n’est pas ragoûtant mais n’en est pas moins intéressant à observer.
C’est naturellement ce qui s’appelle « courir à la victoire » et ce n’est jamais très glorieux. Il nous déclare qu’il votera François Hollande parce qu’il a été choqué par la course aux voix de l’extrême-droite entreprise par Sarkozy. Nous avions noté, ici même, l’autre jour, qu’au cours de son discours du Trocadéro Sarkozy avait « fait perdre son âme à la droite ». Sans même parler de Gérard Longuet, ministre de la Défense et donc numéro 3 du gouvernement, qui, le même jour, avait cru devoir affirmer que Marine Le Pen était soudain devenue un « interlocuteur » acceptable.
Mais le virage à droite toute du président sortant ne date pas d’avant-hier. C’est depuis son malheureux discours de Grenoble que celui qui osait encore se présenter en héritier de de Gaulle fait les yeux doux, courtise, flirtichonne, fait du pied à l’extrême-droite et reprend à son compte un bon nombre des thèmes du Front National qui font (ou devraient faire) frémir d’horreur aussi bien les démocrates-chrétiens que les gaullistes ou que les radicaux. Bayrou aurait donc dû s’en apercevoir un peu plus tôt au lieu de faire courir dans tout Paris la rumeur (farfelue) qu’il pourrait, éventuellement, devenir le Premier ministre d’un Sarkozy réélu.
François Bayrou rêverait-il maintenant d’entrer dans un gouvernement Martine Aubry ou Jean-Marc Ayrault ? Il en serait bien capable. Non pas d’être ministre –il a prouvé le contraire- mais d’en rêver. On veut croire qu’il sera déçu.
Une chose est sûre : ce ralliement du président du MoDem au candidat du PS, du Front de Gauche et l’Europe-Ecologie-Les-Verts va faire exploser la bombinette que représentait encore ce tout petit MoDem que les mauvaises langues appelaient déjà « le MoDem réduit ».
Bayrou, combien de divisions ? demandait-on. Une seule, celle du centre, peut-on répondre ce soir.
D’abord, parce que, si l’électorat du MoDem, bien souvent des notables de province, ne peut plus supporter Sarkozy pour mille raisons, il se considère, dans sa très grande majorité, comme étant foncièrement « de droite » et qu’il se refusera à suivre Bayrou dans ce qu’il ne peut considérer que comme une trahison, quitte à se réfugier dans l’abstention.
Ensuite, et surtout, parce que les élus du MoDem (une petite poignée de sénateurs, mais un certain nombre de conseillers régionaux ou généraux, et de maires) savent très bien que, s’ils veulent avoir la moindre chance d’être réélus, il ne faut pas qu’ils aient, contre eux, un candidat de l’UMP qui pourrait facilement les accuser de trahison et le leur faire payer au prix fort.
Il est donc vraisemblable que si la volte-face de la 25ème heure de Bayrou ne va pas rapporter grand chose à Hollande, elle va achever le centre agonisant et laisser dans un coin du champ de bataille ses derniers survivants qui, cachés dans les bosquets, attendront avec impatience la déroute de l’UMP pour tenter de reconstituer avec d’autres survivants « quelque chose » qui pourrait éventuellement trouver sa place entre une gauche triomphante (pour un temps) et une droite que Sarkozy aura radicalisée à outrance et donc massacrée avant de s’en aller, lui-même, faire du fric dans le privé.
Cela dit, pour le grand public qui assiste à ce spectacle de cirque, Bayrou qui faisait jusqu’à présent son petit numéro de funambule sur un fil bien ténu, avec une ombrelle trouée, apparait désormais comme un triste clown tout seul avec son pipeau, voire comme un traitre de comédie. L’image du personnel politique en prend encore un coup.
Pour Sarkozy ce n’est, bien sûr, pas une bonne nouvelle, mais il devait s’y attendre un peu et il commence à être habitué à voir les rats quitter son rafiot en perdition alors que, sur son pédalo, l’autre prend le large (sans doute vers des écueils redoutables).

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