Archives par moismai 2012



La belle auto de Bruno Le Maire

Personne ne pense que Bruno Le Maire soit un imbécile. D’ailleurs il faut bien dire qu’on pense rarement à Bruno Le Maire. On sait simplement qu’il est bourré de diplômes (Normale Sup, l’ENA, etc.) et que la fidélité ne fait pas partie de ses toutes premières qualités. Il doit toute sa carrière à Dominique de Villepin dont il a été l’un des plus proches collaborateurs et sa circonscription d’Evreux à Jean-Louis Debré qui la lui a offerte sur un plateau. Mais, pour un plat de lentilles que lui tendait Sarkozy, il les a trahis l’un et l’autre, sans la moindre vergogne, allant même jusqu’à baver goulûment sur les deux, dans ses livres comme dans ses déclarations publiques.
Comme tout le monde, cet ancien ministre de l’Agriculture tente aujourd’hui de conserver sa circonscription. Il a souvent fait rire les agriculteurs du coin par son ignorance crasse du monde rural, incapable, par exemple, un jour devant un micro insolent, de donner en m2 la surface d’un hectare. Incapable, bien sûr, aussi de reconnaitre deux races de vaches différentes. Ce sont des choses qu’on n’apprend pas à l’ENA. Mais la circonscription est plutôt à droite.
Ce matin, la télévision nous montrait Le Maire en campagne. On le voyait arriver sur une place de marché, descendant de sa voiture. Ce qui était amusant c’était de voir que les paysans, mi-admiratifs, mi-sidérés, regardaient non pas l’ancien ministre–candidat mais… la voiture.
Bruno Le Maire descendait du dernier coupé Audi A 5. Visiblement, les électeurs normands qui connaissent mieux le prix des tracteurs que celui des voitures de très grand luxe, se demandaient combien d’hectolitres de lait, d’hectares de bons pâturages ou de quintaux de blé pouvait bien valoir ce petit bolide.
Ce n’est, bien sûr, qu’une anecdote mais elle est tout de même diablement révélatrice d’une certaine catégorie de notre personnel politique.
Bruno Le Maire n’a donc pas compris que c’était le « bling-bling », son image de « président des riches » et le fossé qui s’était considérablement creusé entre les riches et les pauvres qui avaient tué Sarkozy en face d’un candidat « normal » qui promettait la justice sociale et même la chasse aux riches.
Une Audi A 5 dans un village normand où les agriculteurs se suicident par désespoir c’est, évidemment, de la provocation, à moins que cela ne soit une totale inconscience.
Les amis de Sarkozy viennent de constituer un petit club de fidèles, convaincus qu’en 2017, Copé, Fillon et même Juppé s’étant entretués, les Français pourraient avoir envie d’aller rechercher Sarkozy. Il faudrait qu’ils comprennent enfin les raisons de leur défaite et qu’ils laissent au garage leurs Mercédès, leurs Porsche, leurs BMW. En période de crise, la pudeur s’impose. On finit par souhaiter que Le Maire perde sa circonscription et regagne les beaux quartiers de Neuilly (dont il est, comme par hasard, natif) à bord de sa belle auto.

31 Mai 2012 | Comments (11)

Hollande, un va-t-en-guerre ?

François Hollande a accordé, hier soir, sa première interview de chef de l’Etat à France 2, la chaine publique. C’est normal. David Pujadas a été très respectueux. C’est normal. Le président a affirmé qu’il tiendrait toutes ses promesses de campagne. C’est normal. Il a annoncé qu’il y aurait « un coup de pouce » pour le SMIC. C’est normal, il l’avait promis. Il a souhaité que les électeurs lui accordent, lors des prochaines législatives, une majorité « claire, solide, cohérente ». C’est normal. Il a même précisé qu’il entendait bien être un président normal, c’est-à-dire « faire simple, ce qui ne veut pas dire médiocre ».
On peut se demander si les Français ne vont pas rapidement se fatiguer avec autant de… normalité. A force de vouloir être normal, ce type va apparaitre un peu bizarre.
En fait, il n’y a eu qu’un petit dérapage, hier soir. Entre deux banalités, ce président normal nous a tout de même déclaré froidement « Une intervention armée en Syrie n’est pas exclue », ajoutant toutefois, il est vrai, « à condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international, c’est-à-dire avec une délibération du Conseil de sécurité de l’ONU ».
Cette petite restriction est, évidemment, essentielle. Hollande sait, comme tout le monde, que jamais ni Moscou ni Pékin (qui possèdent, l’un et l’autre, un droit de veto au Conseil de sécurité) n’accepteront la moindre intervention armée contre le régime de leur ami Béchar al Assad.
Les Russes et les Chinois se sont déjà fait avoir une première fois à propos de la Libye. Les Américains, les Français et les Anglais leur avaient raconté qu’ils allaient simplement monter une petite opération, dans la région de Benghazi, pour arrêter le massacre des civils insurgés que Kadhafi faisait écraser par son aviation et son artillerie. En fait, il s’agissait d’éliminer purement et simplement le dictateur Libyen (qui en savait trop sur trop de gens) et de le remplacer par des inconnus qui se disaient démocrates et qui se sont rapidement révélés être des islamistes.
Même si les massacres actuels des opposants syriens sont au moins aussi horribles que ne l’étaient ceux des rebelles libyens, ni Moscou ni Pékin ne vont retomber dans le même piège et autoriser, au nom d’impératifs humanitaires, Washington, Paris et Londres à renverser Assad et à le remplacer par des islamistes de leur choix.
Mais en brandissant cette menace purement verbale, Hollande fait sa première erreur. D’abord, parce qu’il va faire rigoler Assad qui sait parfaitement que le Conseil de sécurité ne donnera jamais son feu vert pour une telle opération contre lui. Ensuite, parce qu’il semble ignorer totalement les réalités.
L’opération menée en Libye a été une erreur. Kadhafi était un fou furieux et donc dangereux mais, aujourd’hui, la Libye est en ruines, éclatée entre la Tripolitaine et la Cyrénaïque, déchirée par des luttes tribales et sous le règne de la Charia.
Or, la Syrie est un baril de poudre autrement plus explosif encore que ne l’était la Libye. C’est une mosaïque de peuples et de religions, entre les Sunnites, les Alaouites, les Druzes, les Chrétiens de toutes les obédiences, et Damas joue, depuis les Omayyades, un rôle considérable dans tout le monde arabe.
Un proverbe arabe affirme, depuis quelques siècles, que « le coeur de la nation arabe palpitera toujours à Damas ». La « petite » Syrie a une influence considérable non seulement au Liban, bien sûr, qu’elle a toujours considéré comme « une province syrienne arrachée artificiellement à la mère-patrie par le colonialisme français » mais aussi chez les Palestiniens, en Jordanie et face à l’Irak, l’éternel ennemi.
Se lancer dans une aventure militaire contre la Syrie serait, de toute évidence, recommencer les erreurs catastrophiques commises en Afghanistan, en Irak et en Libye et, pire encore, faire exploser tout le Proche et le Moyen-Orient avec des conséquences incalculables pour Israël et les pays du Golfe pétrolier.
Même sans y croire une seule seconde, Hollande a eu totalement tort d’évoquer une telle « intervention armée ». En agitant un sabre de bois, il se discrédite un peu et prouve qu’il connait bien mal ce dossier.
Il ne va tout de même pas, lui aussi, écouter les élucubrations de Bernard-Henri Lévy et se mettre à jouer les fanfarons et les va-t-en-guerre ! Ce ne serait pas normal.

29 Mai 2012 | Comments (15)

Ayrault, l’homme le plus populaire de France !

D’après le sondage IFOP-Le Journal du dimanche d’aujourd’hui, Jean-Marc Ayrault est l’homme politique le plus populaire de France. Avec 65% d’opinions favorables, il bat tous les records de tous ses prédécesseurs à Matignon depuis les débuts de la Vème République. Trois semaines après leur nomination comme Premier ministre, Juppé n’avait obtenu que 63% d’opinions favorables, Fillon 62%, Raffarin 60.
C’est une bonne nouvelle pour chacun d’entre nous. Il suffit d’être un inconnu pour être populaire.
Personne ne connait Jean-Marc Ayrault. On sait tout au plus qu’il a été professeur d’allemand, qu’il est depuis longtemps un bon maire de Nantes et qu’il a été, pendant des années, un habile président du groupe socialiste à l’Assemblée. Mais il a l’air sérieux, lisse, fade à souhait.
On disait de François Fillon qu’il avait tout du gendre idéal. Ayrault a tout du parfait lointain cousin de province. Autant dire que, pas plus que son prédécesseur, il ne fait pas rêver. On peut se dire qu’il ne fera pas de vague, même au milieu des tempêtes dans lesquelles il se trouve.
Naturellement, en arrivant, les nouveaux bénéficient toujours d’un état de grâce. C’est ce qu’on pourrait appeler le bénéfice du doute, si ce n’est de l’espoir. On veut croire que François Hollande qui, d’après ce même sondage, obtient 61% d’opinions favorables et Ayrault, avec ses 65%, ne se font pas trop d’illusions et qu’ils savent, l’un et l’autre, que cela ne va pas durer et que, dès que les choses sérieuses vont commencer –très bientôt, avec le chômage, les plans de licenciement qui explosent un peu partout, la dette, l’euro, l’Europe, la Grèce, l’Espagne et le Portugal- ils verront leurs cotes de popularité dégringoler. Comme tous leurs prédécesseurs.
Mais c’est, évidemment, la première fois que nos deux têtes de l’exécutif sont ainsi plébiscitées pour une image tout de même surprenante. L’un et l’autre plaisent aujourd’hui parce qu’ils la jouent, la sur-jouent ostensiblement « normale ». C’est à qui sera le plus simple, le plus modeste, le plus effacé.
On comprend qu’après le règne de Nicolas Sarkozy, la nouvelle équipe veuille faire de l’anti bling-bling à tout-va, qu’elle prenne (devant les caméras) le train ou le métro, comme la nouvelle ministre du logement, Cécile Duflot, que les voitures officielles s’arrêtent désormais aux feux rouges et que l’opinion, fatiguée, désorientée, affolée, y soit, dans un premier temps, sensible. Mais ce genre de démagogie n’a qu’un temps.
Quand on préside aux destinées de la France, on ne peut pas éternellement raser les murs et se présenter en gentil nounours.
Hollande a été élu parce qu’il était l’incarnation de l’anti-Sarkozisme, Ayrault triomphe parce qu’il est un inconnu. Mais il va bien falloir maintenant que le président de la République nous fasse savoir ce que c’est que le…. Hollandisme et que le Premier ministre sorte de l’anonymat.
On les attend au coin du bois, il serait temps qu’ils en sortent.

27 Mai 2012 | Comments (9)

Hollande et la souveraineté

Il y a onze ans, nous intervenions, à la demande et sous les ordres des Etats-Unis, avec nos Alliés, en Afghanistan pour venger les attentats du 11 septembre.
Rapidement, nous avons chassé les Talibans, soutien indiscutable d’Al Qaïda, du pouvoir à Kaboul mais il a fallu des années pour qu’un commando américain abattent Ben Laden dans sa cachette. Depuis, les 130.000 hommes de l’Alliance (dont 3.600 Français) pourchassent dans les vallées afghanes les « terroristes » avec l’ambition d’instaurer une démocratie respectueuse de nos valeurs dans ce pays totalement arriéré.
Si la mort de Ben Laden semble, pour l’instant, avoir porté un coup très dur au terrorisme islamiste (mis à part dans le Sahel où l’AQMI, filiale d’Al Qaïda, contrôle des immensités désertiques et prend des Occidentaux en otages), nous avons, de toute évidence, perdu la guerre que nous menons à travers l’Afghanistan contre les fanatiques islamistes.
Notre présence, en tant qu’étrangers et infidèles, a réussi, en provoquant un réflexe nationaliste, à unifier, contre nous, toutes les tribus, toutes les ethnies, toutes les vallées de ce pays féodal où les chefs de guerre se sont toujours entre-déchirés en permanence jusqu’au jour où des étrangers ont voulu mettre les pieds dans le pays, les Anglais au XIXème siècle, les Soviétiques à la fin du XXème, ce qui a, à chaque fois, provoqué l’union sacrée de tous ces peuples, si différents les uns des autres mais qui naissent, tous, une arme à la main.
Nous prétendions être des « libérateurs », en fait, nous n’étions que des « envahisseurs » et nous ne menions rien d’autre qu’une guerre coloniale en tentant d’imposer notre démocratie à l’occidentale à des tribus qui ont toujours voulu, et bien avant le triomphe des Talibans, que la Charia soit strictement appliquée, que leurs femmes soient voilées et qu’ils puissent cultiver le pavot comme ils l’entendaient.
Cette guerre était perdue d’avance et notre soutien au régime fantoche et corrompu jusqu’à la moelle d’Amin Karzaï était évidemment absurde.
Le problème des « bourbiers » est de savoir comment en sortir plus ou moins la tête haute. Washington, Paris et les autres ont repris les mensonges habituels : « Nous avons rempli notre mission… la plupart des régions sont maintenant sécurisées… nous pouvons désormais confier le pays aux troupes afghanes que nous avons formées et que nous allons continuer à aider, etc… »
Personne, bien sûr, n’en croit un traitre mot. Dans tous les états-majors, on sait parfaitement que, dès le lendemain du départ des Alliés, les Talibans et tous ceux qui les ont rejoints au cours de ces dernières années liquideront Karzaï et sa petite clique, s’installeront à Kaboul et réinstaureront, sans doute au milieu de la liesse populaire, une dictature islamiste.
L’Iran et maintenant la Tunisie, la Libye et même l’Egypte devraient faire comprendre à l’Occident qu’il y a, de par le monde, des pays où les peuples n’aspirent par forcément à vivre à l’occidentale, à respecter ce que nous appelons les Droits de l’Homme, la parité homme-femme, l’égalité des chances, la liberté individuelle, la démocratie.
François Hollande est aujourd’hui en Afghanistan pour expliquer à nos soldats les raisons de notre retrait. Au-delà des paroles convenues (« Vous avez fait un travail considérable, tout à l’honneur de la France, ce travail est maintenant terminé, vos 83 camarades qui sont morts dans cette mission ne sont pas mort pour rien », etc.) on comprenait bien que le nouveau président se demandait encore ce que nous étions venus faire dans cette galère.
Certains reprochent à Hollande de se désolidariser de nos Alliés en anticipant notre départ d’une année. Mais il s’y était engagé tout au cours de sa campagne et cela fait partie de ce qu’il appelle la « souveraineté » de la France. On peut en discuter.
Ce « capitaine de pédalo », selon l’un, ce « naze » selon l’autre, ce bon petit gros qui veut être un président « normal » au point de prendre le train pour aller à un sommet européen (ce qui n’est pas tout à fait « normal ») sait parfaitement qu’il ne pourra pas respecter tous les engagements qu’il a pris devant les Français. Alors, il sort une carte un peu désuète et surtout inattendue de la part d’un président de gauche : la souveraineté nationale. C’est, évidemment, en période électorale, une arme efficace contre la droite et contre l’extrême-droite qu’il prend ainsi par surprise et à contre-pied.
Hollande veut rompre avec son prédécesseur et n’être à la traine ni de Washington, dans cette affaire afghane, ni de Berlin, dans la gestion de la crise européenne. Il « trahit », comme d’autres l’ont déjà fait, la solidarité des Alliés dans la lutte contre les Talibans, il veut renégocier les textes imposés par Angela Merkel sur l’austérité.
En se désolidarisant (un peu) de Washington, il surprend agréablement un certain nombre de pays du Tiers-monde, en défiant Berlin, il devient l’avocat, c’est-à-dire le chef de file des pays européens du Sud.
Mais a-t-il les moyens de s’offrir ce luxe qu’est la souveraineté ?

25 Mai 2012 | Comments (3)

Le débat sur les eurobonds

On nous raconte que le débat sur les eurobonds qui oppose François Hollande et Angela Merkel est une affaire de techniciens financiers.
En prônant cette mutualisation des dettes des pays européens, le Français voudrait permettre aux pays les plus endettés de ne plus avoir à payer des taux d’intérêt exorbitants, comme la Grèce à laquelle on impose actuellement des taux de 30% ce qui est parfaitement insupportable pour elle.
L’Allemande, suivie d’ailleurs par les pays du Nord, n’en veut pas car elle en a assez, elle qui paie des taux d’intérêt de 1,5%, de payer pour les pays du Sud, dits aussi « pays Club Med’ », qui ont dépensé à tout-va et qui ne semblent toujours pas décidés à adopter les mesures d’austérité drastiques qu’elle voudrait leur imposer et qu’ils ne pourraient d’ailleurs pas supporter.
Il est évident que, quand on voit la situation actuelle de la Grèce, au bord de l’insurrection générale, et pour peu qu’on s’entête à refuser qu’Athènes quitte la zone euro sous prétexte que cela pourrait avoir, par un effet de dominos, des conséquences incalculables, on peut penser que cette « solidarité européenne » poussée à l’extrême est la seule solution. Tous ensembles nous ne payerions plus que des taux d’intérêt d’environ 3% (les taux d’intérêt pour la France sont actuellement de 2,5%)
Mais, en fait, cette mutualisation de nos dettes dépasse de beaucoup le problème des déficits budgétaires des uns et des autres. Il s’agirait d’un pas décisif et irréversible vers le fédéralisme européen.
Nous n’avons plus de frontières entre nous, nous avons une monnaie unique, Bruxelles peut nous imposer sa loi mieux que nos parlements, la Cour européenne l’emporte sur nos juridictions. Si, en plus, nous mutualisions nos dettes et donc, ipso facto, nos budgets, nos pays renonceraient au peu d’indépendance qui leur reste encore. C’en serait totalement fini de « l’Europe des Nations », Bruxelles aurait tous les pouvoirs.
Sous leur aspect technique, les eurobonds sont, en fait, un choix politique fondamental et il serait sans doute souhaitable qu’on demande aux Français (et aux autres) s’ils sont d’accord pour renoncer ainsi aux dernières miettes de souveraineté qui leur restent.
En réalité, nous sommes arrivés au fond de l’impasse dans laquelle nos dirigeants nous ont engouffrés le jour où ils ont décrété que tous les pays européens pouvaient avancer d’un même pas, la main dans la main. Et il était évident qu’en allant jusqu’à adopter une monnaie unique nous nous condamnions, à court terme, à devoir renoncer à notre indépendance budgétaire.
La Grèce, pour ne parler que d’elle, est sans doute la mère de notre civilisation et un pays merveilleux pour aller passer des vacances, mais, sur le plan économique et financier, le seul qui compte en l’occurrence, elle est encore, à bien des égards, un pays du Tiers-monde, comme la Bulgarie, la Roumanie et quelques autres que nous avons accueillis à bord de notre bateau et qui risquent de nous faire couler tous ensemble.
Le problème, aujourd’hui, n’est pas de savoir comment, par solidarité, nous pourrions sauver les boulets qui nous entrainent vers le fond mais comment nous pourrions nous en débarrasser, en les jetant par-dessus bord sans provoquer trop de remous.
Les rodomontades sur cette solidarité européenne sont d’ailleurs d’une totale hypocrisie. Tout le monde, à commencer par François Hollande, sait parfaitement que la Grèce et quelques autres pays qui n’y avaient pas leur place sont condamnés à quitter avant longtemps l’Europe et en tous les cas l’euro.
Aujourd’hui, il est absurde de chercher à donner quelques mois de grâce à ces pays, ce qui ne peut qu’aggraver la situation des survivants. Ce qu’il faut c’est reconnaître qu’on a commis une erreur considérable en élargissant sans fin l’Europe et préparer au mieux qu’expulsion de ces intrus qui nous ont contaminés. Tout le monde l’admet à voix basse mais personne ne veut encore le reconnaitre ouvertement.
François Hollande a parfaitement raison quand il affirme à Angela Merkel que, sans un minimum de croissance, l’austérité ne peut que nous asphyxier davantage. Mais, et ceci n’a rien à voir avec cela, il a tort de vouloir renoncer à notre dernière souveraineté pour tenter de sauver des cas désespérés.

24 Mai 2012 | Comments (8)

Le cas Montebourg

Arnaud Montebourg est, évidemment, l’un des ministres les plus contestables de ce nouveau gouvernement, ne serait-ce que parce qu’il est particulièrement horripilant avec sa suffisance de bellâtre de sous-préfecture et le ton pontifiant qu’il se croit obligé d’adopter pour énoncer la moindre banalité.
Sa compagne, la pétroleuse du petit écran qui s’était engagée à disparaitre au cas où son « type » deviendrait ministre et qui donc n’a pas tenu sa promesse, n’arrange rien.
Et on se demande ce que ce héraut de la dé-mondialisation va bien pouvoir faire dans son ministère si curieusement intitulé « ministère du redressement productif », comme si un redressement pouvait être destructif.
Cela dit, les ténors de l’opposition qui font leurs débuts dans cette nouvelle fonction, sont particulièrement ridicules en exigeant la démission de Montebourg sous prétexte qu’il a été, ce matin, condamné par le Tribunal de Grande Instance à Paris à… 1 € de dommages et intérêts pour avoir, il y a quelques mois, injurié les dirigeants de SeaFrance en les traitant d’ « escrocs ».
En réalité, pendant sa campagne pour les primaires de la gauche, Montebourg avait traité les responsables de cette filiale de la SNCF en faillite d’« escrocs » et de « patrons voyous ». Mais les magistrats ont considéré que si le mot « escrocs » pouvait être « incontestablement outrageant », ce n’était pas le cas de l’expression « patrons voyous ». Preuve que nos juges se sont bien habitués aux mœurs de notre société. Les voyous en question demandaient 10.000€ à Montebourg. Ils auront 1€. Ce n’est pas donc une « affaire ».
Mais Jean-François Copé, Xavier Bertrand et, bien sûr, Nadine Morano ont immédiatement ressorti la promesse du candidat Hollande qui s’était engagé à « ne pas avoir autour de (lui), à l’Elysée, de personnes jugées et condamnées », ne s’écriant en choeur: « Montebourg a été condamné, il doit quitter immédiatement le gouvernement ».
C’est de bonne guerre, diront certains. Si ce n’est que quand le futur président de la République évoquait la moralisation indispensable des entourages du pouvoir, voire du pouvoir lui-même, il pensait, évidemment, à la corruption, aux pots de vin, aux dessous de table, aux rétro-commissions, aux financements occultes.
Montebourg n’a pas tapé dans la caisse, il a « outragé » des « patrons voyous » ce qui ne met en cause ni son intégrité ni son honneur. Et si tous ceux qui avaient été qualifiés de noms d’oiseaux, au cours des six derniers mois, avaient porté plainte devant la justice, les trois-quarts de notre personnel politique seraient aujourd’hui condamnés à quelques euros de dommages et intérêts.
L’ennuyeux dans cette affaire est que ceux qui représentent désormais l’opposition en soient réduits à ce genre d’attaques ce qui, bien sûr, les discrédite aux yeux de l’opinion.
Hollande, Ayrault et le gouvernement s’installent à peine mais ils commencent déjà à montrer le bout de l’oreille. Le décret sur la retraite à 60 ans pour ceux ayant commencé à travailler très tôt est scandaleux. Ce n’est pas à coups de décrets qu’on s’attaque au problème des retraites mais au Parlement et avec des lois. Le retour à la semaine de cinq jours à l’école a été annoncé par le ministre de l’Education Nationale, avant même sa prise de fonction, et sans la moindre concertation (il est vrai qu’Ayrault a aussitôt désavoué Peillon). Christiane Taubira a décidé de supprimer les tribunaux pour les délinquants mineurs sans en avoir discuté avec personne…
Bref, alors qu’Hollande nous avait promis que la concertation avec les corps intermédiaires serait la règle, que le Parlement retrouverait tous ses pouvoirs, que « le peuple » serait associé à toutes les décisions, lesquelles seraient toujours « évaluées » avant d’être mise en œuvre, on s’aperçoit qu’à peine installés dans leurs palais dorés et avant même qu’une nouvelle Assemblée ait été élue, « ils » font si ce n’est n’importe quoi du moins comme bien leur chante.
On peut aussi regretter qu’Hollande ait annoncé le retrait de nos troupes d’Afghanistan (ce qui est une excellente idée qui aurait dû s’imposer depuis bien longtemps) sans que le Parlement ait eu son mot à dire.
A l’Elysée, on répond que le président à toute la légitimité nécessaire pour appliquer le programme qu’il a présenté aux Français. Certes. Mais alors il ne fallait pas mettre le mot « concertation » à toutes les lignes de ce programme et nous jurer qu’une présidence Hollande n’aurait rien à voir avec une présidence Sarkozy.
Au lieu de s’en prendre d’une manière grotesque à Montebourg –auquel on va sans doute pouvoir très rapidement reprocher bien d’autres choses, autrement plus sérieuses, dans la gestion de son ministère- Copé et ses copains feraient mieux de s’attaquer aux grands sujets qui ne manquent pas, s’ils veulent éviter que ces législatives ne tournent pour eux à la débandade.
Mais tous semblent avoir déjà fait une croix sur ce prochain scrutin. Ils ne pensent plus qu’à 2017. Ils préfèrent donc s’entredéchirer entre Fillonistes, Copéistes, Juppéistes et Sarkozistes plutôt que de faire bloc pour ces législatives et former pour les cinq années à venir une opposition de choc.
Il y a longtemps qu’on n’avait pas dit que nous avions « la droite la plus bête du monde ».

23 Mai 2012 | Comments (7)

Incorrigible !

Il y a des gens incorrigibles, même après avoir reçu la pire des corrections.
Personne ne reprochera à Nicolas Sarkozy de prendre quelques jours de repos, bien mérités, après un quinquennat mouvementé et même trop souvent agité et à l’issue d’une campagne perdue mais au cours de laquelle il s’est battu et débattu comme un beau diable. Mais pourquoi diable a-t-il choisi d’aller à Marrakech et de se faire inviter par le roi en personne dans un de ses plus beaux palais ?
Il n’a donc toujours pas compris qu’il s’était trainé comme des boulets le Fouquet’s et le yacht de Bolloré pendant tout son quinquennat ; il a oublié que Michèle Alliot-Marie avait dû démissionner du Quai d’Orsay parce qu’elle avait accepté des invitations d’amis de Ben Ali.
On ne peut tout de même pas croire qu’il en soit maintenant réduit à jouer les squatters chez des amis assez riches pour lui offrir une luxueuse hospitalité pendant quelques jours de soleil. Il touche son salaire de président pendant encore six mois et son épouse a, parait-il, tous les moyens de lui offrir les meilleurs palaces de la planète.
On dira qu’il peut désormais mépriser l’opinion publique plus encore que lors de son règne. Pendant cinq ans, il a fait avec délectation des pieds-de-nez à la France « d’en bas », assumant parfaitement le titre de « président des riches » que lui avait attribué l’opposition. Maintenant il peut s’offrir le luxe de tirer la langue à tous ceux qui pensent qu’à moins d’être DSK ou Pierre Bergé on peut aller ailleurs qu’à Marrakech pour bronzer un peu et qu’en tous les cas on ne va jamais se goberger aux frais, non plus de la République mais d’un souverain contesté, fut-il chérifien.
Dommage ! Mitterrand et Chirac étaient, après avoir quitté l’Elysée, devenus, l’un et l’autre, les hommes les plus populaires de France. Sarkozy qui fut encore plus impopulaire qu’eux pendant son mandat n’aspire visiblement pas à redorer son image.

22 Mai 2012 | Comments (10)

Les législatives, une simple formalité ?

A peine la campagne présidentielle terminée, nous sommes entrés en campagne pour les législatives. S’agit-il d’une simple formalité ? En principe oui.
Dans notre système hybride où le président désigne le Premier ministre mais où celui-ci doit avoir la confiance de l’Assemblée, il serait normal que le peuple donne une majorité au président pour que son gouvernement puisse mettre en œuvre le programme pour lequel il a été élu. Jusqu’à présent c’est toujours ce qui s’est passé. Au lendemain des présidentielles de 1981, 1988, 2002 et 2007, nous avons eu des « vagues », roses ou bleues, qui ont déferlé sur le Palais-Bourbon. En 1995, Chirac, élu, n’avait pas voulu dissoudre l’Assemblée s’imaginant que la majorité qu’il avait fait élire en 1993 lui serait fidèle. Or, les chiraquiens de 1993 étaient, entre temps, devenus balladuriens. Ce fut la grande erreur de son septennat.
Aujourd’hui, l’UMP répète qu’il serait malsain que la gauche qui a déjà l’Elysée, le Sénat, presque toutes les régions et la plupart des départements et des grandes villes ait aussi l’Assemblée, c’est-à-dire Matignon. Or la droite ne trouvait rien à redire quand c’était elle qui avait l’Elysée, le Sénat, l’Assemblée, Matignon et le reste.
L’UMP prône soudain la cohabitation en évoquant un besoin d’équilibre. Mais l’expérience –Mitterrand-Chirac, 1986-1988, Mitterrand-Balladur, 1993-1995, Chirac-Jospin, 1997-2002- prouve que la cohabitation n’est pas l’équilibre des pouvoirs mais bien la paralysie du régime. Contrairement à ce que certains nous affirment, les Français n’ont jamais choisi la cohabitation, comme ils auraient pu le faire en 1981, en 1988, en 2002 ou en 2007. Ils se sont contentés de désavouer à mi-parcours, en 1986, en 1993, en 1997, le président qu’ils avaient élu quelques années plus tôt et qui les avait déçus.
Le quinquennat et les législatives dans la foulée de la présidentielle supprime, en principe, le risque de la cohabitation. Ou alors il faudrait qu’au cours du petit mois qui sépare la présidentielle des législatives, le président, à peine élu, commette des erreurs impardonnables et que son opposition qu’il vient de battre dans la course à l’Elysée se révèle soudain bien meilleure que lui.
Ces deux impératifs ne semblent pas réunis pour l’instant.
François Hollande n’a, jusqu’à présent, pas fait de faute. Il n’a pas nommé Martine Aubry Premier ministre, n’a pas donné de portefeuille aux communistes, amis de Jean-Luc Mélenchon, et n’a offert qu’un os à ronger aux Ecologistes. Et tout le monde reconnait que ses premiers pas sur la scène internationale ont été tout à fait honorables pour un débutant, aussi bien en face d’Angela Merkel et des chefs d’Etat du G8 auxquels il a répété que la croissance était tout aussi indispensable que les équilibres budgétaires qu’en face de Barak Obama et des dirigeants de l’OTAN devant lesquels il a réaffirmé que les troupes « combattantes » françaises quitteraient l’Afghanistan avant la fin de l’année, conformément aux engagements qu’il avait pris devant les Français.
Certes, quelques nostalgiques d’un passé lointain trouvent qu’il n’a pas encore tout à fait l’allure d’un chef d’Etat et que la présence à ses côtés de celle que les Américains ont baptisée la « first girl friend » a quelque chose de choquant. Mais Nicolas Sarkozy avait plutôt encore moins d’allure et ni Cécilia ni Carla n’avaient rehaussé son prestige.
La grande chance des socialistes pour ces législatives c’est, évidemment, la déliquescence actuelle de la droite. La désertion de Sarkozy l’a rendue orpheline. Et s’ils sont déjà nombreux à rêver à 2017, on voit mal dans quel ordre de bataille et derrière qui les candidats de l’UMP pourront affronter le scrutin du mois prochain.
De la droite dite « populaire » à la droite dite « humaniste », en passant par toutes les autres droites de l’UMP, chacun se renvoie, sur un ton haineux, la responsabilité de la défaite. Les uns, prêts à tout pour sauver leur siège, vont jusqu’à imaginer des arrangements locaux possibles avec le Front National. Les autres, ne pensant, eux aussi, qu’à sauvegarder leur circonscription, se sentent soudain des âmes de centristes.
Mais pour aller à la bataille, il faut avant tout un chef de guerre.
Juppé, totalement écoeuré et qui regrette sans doute de s’être embarqué sur le tard à bord du navire en perdition de Sarkozy, semble avoir totalement abandonné la partie. Il est vrai que s’il était resté prudemment à Bordeaux au lieu d’accepter les plats de lentilles que lui proposait Sarkozy, il aurait pu, aujourd’hui, apparaitre comme un homme recours de la droite.
Fillon qui est convaincu que la droite va être étrillée lors de ce scrutin et qui est persuadé que l’Hôtel de Ville est le meilleur tremplin pour l’Elysée ne pense qu’aux prochaines municipales et ne va donc pas aller à l’abattoir.
Reste Copé. En tant que patron de l’UMP il est d’ailleurs tout désigné pour se sacrifier et il veut croire qu’en menant les troupes, même à la défaite, il deviendra le chef incontestable de la droite pour diriger pendant cinq ans l’opposition et, mieux encore, affronter Hollande en 2017.
Copé qui, par ambition toute personnelle, souhaitait visiblement la défaite de Sarkozy, pense être aujourd’hui l’homme providentiel. Mais il s’en cache si peu qu’il ne semble guère séduire ni les ténors, un peu aphones, de l’UMP, ni les militants de base, ni même et surtout les électeurs. Caricature de technocrate formé à l’ENA, il fait, en plus, avec ses dents qui rayent le parquet, trop penser à Sarkozy. Même propension pour la démagogie, même absence de colonne vertébrale, même attirance pour les grosses fortunes avec lesquelles il n’a jamais hésité à se compromettre jusqu’au cou.
Après avoir rejeté Sarkozy moins pour ses échecs que pour sa personnalité, les Français vont-ils s’enticher de cette sorte de sosie ?
Mais, après tout, c’est sans doute au tour de la droite de traverser le désert. Elle peut faire confiance à la gauche pour multiplier les fautes, les erreurs et les pires absurdités au cours de ce quinquennat qui commence. Ne serait-ce que si Hollande tente vraiment d’appliquer à la lettre son programme.

22 Mai 2012 | Comments (4)

Hollande serait-il (un peu) gaulliste ?

François Hollande, totalement inconnu à travers la planète, fait ses débuts sur la scène internationale. Pour les uns qui ne l’avait jamais vu, pas même en photo, il est un intrus, pour les autres, sauf Medvedev, qui viennent d’apprendre qu’il est un ancien apparatchik du Parti socialiste, il est une bête curieuse.
Mais à Berlin comme à Washington, on fait soudain les yeux ronds. On leur avait dit que ce président « normal », élu « par défaut » et parce que les Français ne supportaient plus le président sortant, allait tenter de singer Mitterrand. Or, ils commencent à se demander si ce petit gros tout souriant et encore un peu maladroit ne se prendrait pas plutôt pour… de Gaulle.
Pendant cinq ans, ils avaient eu affaire à un président français qui, tout en se prétendant plus ou moins l’héritier du Général, s’était, d’abord, mis au garde-à-vous devant Washington, réintégrant l’Otan, envoyant des renforts en Afghanistan et multipliant les gestes d’allégeance envers Bush fils puis envers Barak Obama, et, ensuite, la crise venue, s’était mis à obéir aveuglément à une chancelière allemande particulièrement intraitable.
Et voici brusquement un socialiste, par définition antigaulliste, qui débute son quinquennat en voulant jouer les empêcheurs de tourner en rond, les trouble-fêtes, les francs-tireurs. Ca recommence, comme jadis avec de Gaulle ! La France redevient « sûre d’elle-même » si ce n’est « dominatrice ». Non seulement ce jeune homme annonce qu’il va faire la guerre à la finance comme « l’autre » affirmait que la politique de la France ne se faisait pas « à la corbeille », mais, pour ce qui est de l’Europe et de la discipline budgétaire, on a l’impression qu’il reprend à son compte la phrase de « l’autre » ironisant sur ceux qui, « comme des cabris, sautent sur leur tabouret en criant : L’Europe, l’Europe ». Pire encore, pour ce qui est de l’Otan, de la solidarité atlantique, il entend bien, et là encore comme « l’autre », affirmer la souveraineté de la France en décidant notamment de quitter l’Afghanistan plus tôt que prévu par les experts du Pentagone.
Certes n’est pas de Gaulle qui veut mais il faut bien reconnaitre que, sous ses airs un peu bonasses, le nouveau président de la République ne manque pas de culot en répétant à la face du monde –c’est-à-dire devant Angela Merkel, devant Barak Obama, devant les chefs d’Etat du G8 et de l’Otan- ce qu’il avait dit tout au cours de sa campagne et auquel personne dans les grandes capitales n’avait attaché la moindre importance.
Le plus curieux d’ailleurs c’est que, si à Berlin Angela Merkel a fait celle qui ne voulait pas entendre, à la Maison Blanche et au G8 on a plus ou moins fini par donner raison au petit Français débutant. Le communiqué final de la réunion du G8 plaide « en faveur de la croissance pour compenser l’effet de l’austérité ». C’est exactement ce qu’exigeait François Hollande et le voilà donc soutenu par la plupart des grandes capitales pour ses prochains face-à-face avec Angela Merkel. On le disait seul avec ses idées farfelues et un brin populistes de croissance, c’est maintenant la chancelière allemande qui va se retrouver un peu isolée avec son intransigeance de comptable prussien.
L’affaire de l’Afghanistan est, évidemment, plus délicate. En décidant de retirer nos forces « combattantes » d’ici à la fin de cette année, Hollande se désolidarise des alliés. Mais d’autres pays sont déjà partis sur la pointe des pieds du bourbier afghan, nous n’avons que 3.500 hommes là-bas (sur un contingent de 150.000 alliés) et tout le monde est désormais d’accord pour reconnaître que l’Occident a perdu depuis longtemps cette guerre -qui était d’ailleurs perdue d’avance- contre les Talibans et toutes les tribus disparates du pays auxquelles la seule présence d’étrangers infidèles a redonné un nationalisme exacerbé.
Le sommet de l’Otan va, sans doute, se terminer avec un communiqué alambiqué qui entérinera le départ des troupes françaises tout en affirmant que Paris continuera, aux côtés des alliés, à aider l’Afghanistan.
Mais ce qui est sûr c’est que François Hollande aura réussi son entrée dans la cour des grands. Pendant cinq ans, en prétendant sauver la planète et en se comportant comme un petit garçon devant les Américains et les Allemands, Nicolas Sarkozy avait bien souvent ridiculisé la France. On n’est pas près d’oublier, dans les chancelleries, ses projets pharaoniques d’Union de la Méditerranée, ses volte-face avec Pékin (et le Dalaï Lama) et les accueils fastueux qu’il avait réservés aussi bien au Libyen Kadhafi qu’au Syrien Assad.
Personne n’aurait parié un sou sur l’envergure de l’ancien président du Conseil général de la Corrèze. Et brusquement le petit bonhomme fait entendre une voix discordante, celle d’une France un peu retrouvée.
Cela dit, ce n’est ni à Berlin, ni à Washington ou à Kaboul que les Français attendent leur nouveau président.

20 Mai 2012 | Comments (8)

La première gaffe du quinquennat

C’est Vincent Peillon qui a commis la première gaffe du quinquennat. Tellement pressé d’être enfin ministre, il n’a même pas attendu que son prédécesseur, Luc Chatel, lui ait remis les pouvoirs de ministre de l’Education Nationale pour annoncer que la semaine des quatre jours de classe serait supprimée et remplacée par une semaine de quatre jours et demi.
Il est évident que cette question des rythmes scolaires dont on nous bassine depuis des décennies exige, plus encore que beaucoup d’autres, cette fameuse « concertation » que nous a promise François Hollande tout au cours de sa campagne.
Personne n’est d’accord. On nous dit que les enfants français travaillent trop et… qu’ils ont trop de vacances, qu’ils sont fatigués et que cela expliquerait leurs mauvais résultats quand on les compare à ceux des enfants des autres pays modernes.
Les pédopsychiatres demandent moins d’heures chaque jour, davantage de jours par semaine et moins de vacances dans l’année. Les enseignants sont partagés, les parents d’élèves aussi. Il y a ceux qui évoquent les week-ends prolongés en famille à la campagne. Mais combien y-a-t-il de parents d’élèves pouvant emmener leurs enfants dans leur résidence secondaire ? Ceux qui soulèvent le problème de la garde des enfants pour les familles dont le père et la mère travaillent, si on réduit la durée de la journée scolaire. Les élus locaux s’en mêlent. Les professionnels du tourisme s’alarment. On a oublié que les fameuses et interminables vacances d’été avaient été décidées par Jules Ferry afin que les enfants de paysans puissent continuer à participer aux récoltes. Combien y a-t-il aujourd’hui de fils ou de filles d’agriculteurs indispensables aux travaux de l’exploitation ?
Bref, la réflexion, la concertation et le débat s’imposaient. Jean-Marc Ayrault, modeste enseignant d’origine, a eu raison de faire savoir à l’agrégé de philosophie Vincent Peillon que son annonce était pour le moins prématurée.
Mais au-delà des formes, il y a le fond. Aux yeux d’une certaine gauche, la semaine des quatre jours et l’année aux innombrables vacances sont faites pour les « riches », pour ceux qui ont leur villa à Deauville ou dans les environs de Saint-Tropez alors que les enfants des pauvres ne peuvent que jouer au pied des tours de leurs quartiers pourris. Or ce n’est évidemment pas là le problème et il est bien dommage que, dans sa précipitation, celui qui prétend reconstruire l’école française (laquelle en a bien besoin) ait lancé un pavé idéologique dans la mare de la rue de Grenelle.

18 Mai 2012 | Comments (9)

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