Les Français ont maintenant deux semaines pour choisir. En tous les cas, les 44% d’entre eux qui n’ont voté ni pour Hollande ni pour Sarkozy au premier tour vont devoir se déterminer.
Ils vont écouter les deux finalistes, observer leurs opérations de charme, leurs contorsions, les risettes, les promesses à demi-mots et à gros sabots qu’ils feront, l’un et l’autre, pour séduire le chaland encore hésitant. Ils vont même peut-être relire (ou lire) leur programme.
Mais, en fait, ils vont surtout se souvenir des images du passé. Des visions d’horreur !
Voter Sarkozy c’est continuer à voir sur le devant de la scène Copé, Nadine Morano, Xavier Bertrand, Guéant, Brice Hortefeux, Besson et les autres.
Voter Hollande c’est voir arriver Martine Aubry à Matignon, Ségolène Royal sur le perchoir, Montebourg place Vendôme et deux ou trois communistes autour de la table du Conseil des ministres.
Dans un cas, on se retrouve au Fouquet’s (ou au Crillon), dans l’autre c’est comme un remake de 1981.
On nous raconte que les électeurs de Marine Le Pen et de Mélenchon ont voulu exprimer « leur souffrance » et leur volonté de « changement ». Mais Hollande leur proposait « Le changement maintenant » et Sarkozy « Une France forte ».
En fait, il semble surtout que ces 29% de mécontents aient crié leur refus de redonner le pouvoir à des artistes de série B, sans talent, qui, depuis des décennies, ânonnent le même texte éculé d’un piètre mélo aux énormes ficelles et au dénouement prévisible.
On ne voit pas pourquoi un électeur qui a choisi Marine Le Pen dimanche donnerait sa voix, dimanche en huit, à Sarkozy ou à Hollande qu’il conspue, tous les deux, depuis longtemps en les mettant, tous les deux, dans le même sac « UMPS ». Ni d’ailleurs pourquoi un électeur qui a voté, le 22 avril, pour Mélenchon se mettrait, le 6 mai, à voter Hollande qu’il considère comme « un social traitre ».
Les deux lascars vont, pendant deux semaines, nous faire la danse du ventre, des voiles et de Saint Guy, l’un au rythme de l’Internationale, l’autre à la cadence (prémonitoire) du Chant du Départ.
Leur seule chance est d’aviver le rejet dont l’autre a à souffrir. L’un va nous répéter qu’avec l’autre ce sera « le retour des Bolchéviques ». L’autre va nous affirmer qu’avec l’un ce sera « le triomphe des Deux cents familles ». Mais rares sont les électeurs qui savent ce qu’ont été les Bolchéviques ou les Deux cents familles.
En fait, les lepénistes et les mélenchonistes veulent simplement que Sarkozy et sa clique, Hollande et sa bande ainsi que tous ceux qui ont dirigé la France ces trente dernières années « dégagent »avec leur politique d’austérité, de chômage et de soumission aux marchés et à l’Europe. Ils rêvent d’« un printemps français ». Ils ne l’auront pas.
Il n’est pas impossible que l’abstention revienne à la mode jusqu’aux élections législatives où les triangulaires et même des quadrangulaires pourraient bien fleurir en guise de jasmin…

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