Dans trois semaines jour pour jour nous saurons si Sarkozy a réussi à surmonter le redoutable rejet dont il était victime, si Hollande a pu sauvegarder le capital qu’on lui avait bien rapidement accordé et si Mélenchon a traduit dans les urnes l’engouement qu’il avait réussi à provoquer.
Tout le monde est d’accord pour reconnaître que cette campagne présidentielle a été d’une incroyable médiocrité. Alors que la France, l’Europe et la planète vivent une crise historique qui va conduire à des chamboulements sans précédent, nos candidats se sont battus à fleurets mouchetés dans une surenchère dérisoire sur l’imposition des milliardaires, la remise en cause de certains accords européens et les thèmes rebattus de l’immigration et de la sécurité. Pas un mot sur la société et le monde tels qu’ils vont être au cours de ce siècle qui a commencé. Cette présidentielle a cinquante ans de retard.
Cela dit, il faut reconnaitre que Sarkozy qu’on donnait éliminé dès le premier tour s’en est plutôt bien sorti en faisant croire que son bilan pouvait lui servir d’expérience et ses échecs de crédibilité et que Mélenchon restera comme la vedette de cette présidentielle en ressuscitant le parti communiste, le trotskisme et l’esprit soixante-huitard. Jusqu’à preuve du contraire, on peut aussi constater que Marine Le Pen n’a pas su avoir le talent de son père et qu’en tentant de dé-diaboliser le Front National avec un programme économique qu’elle était allée chercher à gauche, elle a fait perdre à l’extrême-droite une partie de son électorat (qui s’est, peut-être, retrouvée chez Mélenchon)
Les grands vaincus de 2012 sont évidemment les centristes. Sur le papier, ils avaient toutes leurs chances entre un candidat de droite rejeté même par les siens et un candidat de gauche par défaut et incapable de susciter le moindre enthousiasme. Mais Borloo et Morin se sont « dégonflés », Villepin et Corine Lepage n’ont même pas pu franchir l’épreuve de sélection et Bayrou a lamentablement raté sa troisième tentative. A eux tous ils auraient pu atteindre les 18/20% et, s’ils avaient été assez malins pour s’entendre sur le nom d’un d’entre eux, celui-ci aurait pu arriver au deuxième tour et alors tout était possible au nom d’une union nationale qui aurait pu s’imposer au-dessus de ces partis moribonds.
Mais la médiocrité l’a emporté et aujourd’hui, une nouvelle fois, le centre n’existe plus. Si ce n’est que ce sont ces 18/20% incertains, invisibles, inclassables qui font faire le deuxième tour en se ralliant à l’un ou à l’autre des deux hommes arrivés en tête.
A priori, ces gaullistes, ces démocrates-chrétiens, ces radicaux ne devraient vouloir ni de Sarkozy qui les a scandalisés pendant tout le quinquennat en multipliant les appels du pied vers l’extrême-droite ni de Hollande qui les ménageait mais qui va maintenant être obligé de faire des concessions à Mélenchon. Pourtant il va bien leur falloir choisir entre ce qui représente pour eux la peste et le choléra. Vont-ils, par peur de l’aventure, se résigner à reprendre « du Sarkozy » pour cinq ans ou vont-ils, par haine du président sortant, accepter de reprendre les risques d’une vieille expérience qui ne leur avait pas laissé que des bons souvenirs ?
Ce qui est pitoyable c’est qu’à trois semaines de cette échéance essentielle, les Français, dans leur très grande majorité, sont convaincus que ni Sarkozy ni Hollande ne sont capables de s’attaquer aux problèmes du chômage, de la précarité, de l’effondrement du pouvoir d’achat, de la dette, des déficits, de la désindustrialisation du pays, de sa compétitivité, de la déliquescence de nos services publics et qu’aucun de deux n’a la moindre vision de ce que pourrait être la France de demain dans le monde de demain.
Les uns voteront Hollande par mépris de Sarkozy, les autres voteront Sarkozy par haine du socialisme. Quel qu’il soit, jamais le vainqueur n’aura entamé un quinquennat dans d’aussi mauvaises conditions.

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