Dans huit jours, nous serons fixés. Nous saurons si les instituts de sondages qui, depuis des mois, amusent la galerie nous ont présenté une image plus ou moins exacte de l’opinion publique ou si, en n’interrogeant qu’un petit millier d’électeurs soi-disant représentatifs, ils n’ont été que des attrapes gogos.
Que François Hollande et Nicolas Sarkozy arrivent en tête au soir du premier tour, comme nous l’annoncent tous les instituts, n’aurait rien d’étonnant. Non seulement, à droite et à gauche, tout le monde a retenu la leçon du 21 avril 2002 et l’exigence du « vote utile » mais il faut bien dire que les seconds couteaux de la distribution n’ont pas fait des merveilles.
François Bayrou, rejouant pour la troisième fois et toujours en pontifiant, son « ni-ni », a totalement raté sa campagne et n’a pas su profiter de l’espace inespéré que lui offraient, à droite, un Sarkozy rejeté par une partie de son électorat et, à gauche, un Hollande qui n’enthousiasmait personne.
En ayant voulu dé-diaboliser le Front National et en présentant un programme économique qui rappelait, par moments, celui de la gauche, Marine Le Pen a, évidemment, perdu une partie des électeurs de son père. C’était l’outrance de Jean-Marie Le Pen qui plaisait aux électeurs les plus furieux. En tentant de se banaliser, le Front National a perdu beaucoup de son « charme ».
C’est, en fait, Jean-Luc Mélenchon, le nostalgique de Mao, l’admirateur de Castro et le candidat des communistes, qui, cette fois, nous a interprété, avec talent, le rôle du casseur d’assiettes, du Rambo tirant à l’arme lourde tous azimuts. Il n’est pas impossible qu’il ait récupéré quelques électeurs de Jean-Marie Le Pen lequel, on l’a oublié, avait jadis récupéré des bataillons d’électeurs du parti communiste.
Mais, et à moins que les sondages se soient totalement trompés, ce qui n’est pas impossible, ni Bayrou, ni Marine Le Pen, ni Mélenchon ne semblent avoir la moindre chance de se hisser à la deuxième place et d’accéder à la finale.
Il n’empêche que leurs performances respectives auront évidemment des conséquences pour la suite des événements. D’abord, parce qu’à eux trois ils totaliseront, sans guère de doute, plus de 40% des voix ce qui sera, bien sûr, un cruel désaveu pour les deux finalistes.
Ensuite, parce que tout se jouera, au deuxième tour, sur le report de ces 40% des voix. Ceux qui auront voté pour Mélenchon se rallieront, évidemment comme un seul homme, à Hollande. Mais ceux qui auront choisi Bayrou pourraient bien hésiter entre le refus de redonner cinq ans à Sarkozy et la peur d’une expérience à gauche alors que les électeurs de Marine Le Pen auront à choisir entre un Sarkozy qu’ils détestent et une partie de pêche à la ligne.
Mais les résultats du premier tour auront aussi, naturellement, une suite après le deuxième tour et quel que soit le vainqueur. D’abord, pour former un premier gouvernement, ensuite, pour gagner les législatives.
S’il l’emporte, Sarkozy ne pourra pas, cette fois, contrairement à 2007, oublier qu’il doit le renouvellement (inespéré) de son bail à l’extrême-droite. Il devra « ouvrir », non pas comme la dernière fois avec des Kouchner et autres Besson mais avec, au moins, l’aile dure de l’UMP.
Si Hollande gagne il devra évidemment « dire merci » à Mélenchon, c’est-à-dire faire entrer dans son premier gouvernement des communistes.
Dans un cas comme dans l’autre, ce choix obligé pourrait bien changer la donne des législatives. Les électeurs de Sarkozy n’appréciant pas un premier gouvernement trop marqué à droite, ceux ayant choisi Hollande refusant une équipe dans laquelle apparaitraient des communistes.
En clair, cette présidentielle qui parait si médiocre puisqu’aucun des deux favoris ne suscite un enthousiasme délirant risque de conduire à une radicalisation inédite, inattendue et redoutable en période de crise.

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