Cette campagne pour la présidentielle de 2012 aura donc été totalement inutile. A trois jours du premier tour de scrutin, tous les sondages nous affirment que François Hollande va l’emporter haut-la-main. 55-45%. C’est exactement ce qu’ils nous annonçaient voici six mois. La campagne, la présentation des programmes, les grands meetings populaires, les bains de foule, les innombrables émissions de télévision, les débats de toutes sortes n’ont donc servi à rien.
C’est une grande nouveauté. Jusqu’à présent, depuis les débuts de la Vème République, toutes les campagnes ont toujours fait bouger les choses et nous ont valu bien des surprises.
Personne, en 1965, n’aurait pu imaginer que Lecanuet parviendrait à faire mettre de Gaulle en ballottage, en 1969, que le candidat du PS ne ferait que 5%, en 1974, que Chaban serait éliminé dès le premier tour, en 1981, que Giscard serait battu par Mitterrand, en 1988, que le dit-Mitterrand serait réélu, en 1995, que Balladur serait éliminé et que Chirac serait élu, en 2002, que Jospin serait éliminé et que Le Pen accéderait au second tour et, en 2007, rien ne semblait jouer entre Sarkozy et Ségolène Royal et Bayrou a surpris bien du monde avec ses 18%. A chaque fois, la campagne avait « servi » à quelque chose.
Cette fois, et sauf énorme surprise dimanche soir, il ne se sera rien passé, comme si les jeux avaient été faits avant même le début du match.
Certes, nos politologues pourront commenter avec délice le succès d’estime remporté par Mélenchon et la déculottée d’Eva Joly mais pour l’essentiel, c’est-à-dire le résultat, ils devront se contenter de constater qu’Hollande, malgré une campagne bien médiocre, est toujours resté le grandissime favori et que Sarkozy, malgré une folle fébrilité des derniers instants, n’a rien pu faire pour modifier le scénario pré-écrit.
C’est tout de même curieux. On nous disait que Sarkozy était un redoutable « animal de campagne » et que Hollande n’était qu’une baudruche qui allait se dégonfler au fil de la campagne. Or, tout au cours de cette campagne, nous avons eu l’impression de voir, au milieu du ring, un poids mouche (challenger) sautiller rageusement mais en vain autour d’un poids lourd imperturbable (déjà tenant du titre). Le coup de gong final n’avait pas encore retenti que le challenger (véritable tenant du titre) semblait déjà groggy.
Le combat était, en fait, totalement inégal.
Ce ne fut pas, comme d’habitude, droite contre gauche puisque l’un cherchait à séduire l’extrême-droite et l’autre le centre.
Ce n’était pas programme contre programme. Personne n’a voulu prendre la peine de les lire sachant parfaitement que les promesses de l’un comme de l’autre étaient intenables et que les chiffres qu’ils se jetaient au visage étaient aussi faux les uns que les autres.
Certes, le petit sautillant avait les pieds dans le béton ce qui ne facilitait pas son jeu de jambes, avec son bilan, ses promesses non tenues, la dégradation du pays, ses allures de président des riches, mais on ne peut même pas dire que Hollande en ait tellement joué.
Nos présidentielles ont souvent été marquées par une expression qui a fait mouche. On se souvient du « monopole du coeur » de Giscard contre Mitterrand, en 74, du « passé contre passif » du même Mitterrand contre le même Giscard, en 81, du « Monsieur le Premier ministre » de Mitterrand contre Chirac, en 88. Cette fois, ce sont deux mots lâchés par Hollande, en début de campagne, qui resteront et qui auront, sans guère de doute, marqué cette élection : « sale mec ».
Le candidat socialiste a eu beau démentir avoir prononcé ces deux mots, ils se sont gravés dans l’inconscient des électeurs et ils interdisaient au « sale mec » en question tout espoir de résurrection.
Il n’y a pas eu de vrai combat, la campagne a été inutile et les sondages n’ont guère évolué tout simplement parce que les électeurs qui ne supportaient plus physiquement le président sortant ont donné raison au candidat de gauche non pas sur son programme mais sur ce cruel commentaire.
Déjà désigné comme candidat par défaut grâce à un incident inattendu au Sofitel de New-York, Hollande sera donc, sans doute, élu président de la République par défaut parce qu’aux yeux de beaucoup de Français l’autre était, en effet, « un sale mec ». Comme quoi les élections se font toujours « à la gueule du client ».

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