Il est un brin ridicule, aujourd’hui, de se dire gaulliste. Nous avions, pour cette présidentielle, deux prétendants qui osaient encore évoquer le Général, le premier, Dupont-Aignan, n’a pas atteint les 2%, le second, Villepin, n’a même pas pu être candidat.
Il est tout aussi ridicule de continuer à présenter le Front National comme un ramassis de nostalgiques de Pétain ou de l’OAS.
En France, nous avons l’habitude de nous jeter le passé au visage mais il faudra bien, un jour, reconnaitre que la Résistance, la Collaboration, l’Algérie française appartiennent à l’histoire de plus en plus oubliée du siècle dernier.
Il n’empêche que voir aujourd’hui celui qui se prétend, par moments, l’héritier de de Gaulle faire des sourires, des risettes, des avances à ceux qui, quoi qu’on en dise, sont les héritiers de la famille politique qui voulait assassiner le Général a quelque chose de choquant pour ne pas dire scandaleux.
L’abime qui séparait les deux camps dépassait, en effet, les drames de l’époque. Les uns ne voulaient pas seulement libérer la France alors que les autres idolâtraient le vieux Maréchal, les autres ne voulaient pas seulement garder l’Algérie alors que les uns, sachant que l’ère des colonies était terminée, souhaitaient construire une France moderne. Au de-là des « péripéties » (le mot est faible) du temps, les uns et les autres avaient deux conceptions radicalement différentes de l’homme, de la société, de la politique, du pays.
De Gaulle et Pétain sont oubliés depuis belle lurette, l’Algérie française aussi, mais reste cette cassure fondamentale entre ceux qui croient aux Droits de l’homme, à la générosité, au rôle social de l’Etat et ceux qui prônent toujours « Travail, famille patrie » (comme vient de le faire Sarkozy) sans même savoir que c’était là la devise de Vichy.
Uniquement préoccupé par les petits jeux électoraux, Sarkozy n’a jamais compris que la droite dont il se revendiquait se devait, avant tout, pour rester fidèle à elle-même, d’être « humaniste » en vantant la liberté, l’égalité et, éventuellement, la fraternité. Du coup, aujourd’hui, c’est Hollande qui peut jouer les « humanistes ».
Au lieu de faire de la politique au sens le plus noble du terme, le président-sortant fait ses petits comptes d’apothicaire. 27,06% + 18,03 = 45,09%. Il additionne des parapluies avec des machines-à-coudre, des salsifis avec des potirons. Même si, d’après un dernier sondage, plus de 60% des parapluies (ou des salsifis) se disent prêts à se retrouver avec les machines-à-coudre (ou les potirons) pour éviter une débâcle qui semble annoncée, on est loin du compte. Et d’autant plus qu’il risque fort d’y avoir bien des désertions chez les salsifis et plus encore chez les potirons.
Le défaut de Sarkozy est d’avoir toujours méprisé la politique et les électeurs. Pour lui, la politique n’a jamais été qu’un jeu, comme le poker-menteur, et les citoyens une piétaille qu’on pouvait manipuler à plaisir. Hier, il pratiquait l’ouverture à gauche et crachait sur l’extrême-droite qui lui avait pourtant permis d’être élu, aujourd’hui, il trouve le Front National parfaitement « compatible avec la République » et veut entendre le cri de désespoir lancé par ceux qui se sont réfugiés chez Marine Le Pen.
Toujours aussi « bling-bling » (voir la Patek à 55.000 €), Sarkozy devient de plus en plus « zigzag » et après avoir acheté le silence de Borloo, de Boutin et de Morin, est prêt, pour une platée de voix, à vendre son âme à celle qu’il dédiabolise chaque jour davantage.
Les Français vont-ils accepter cette alliance parfaitement contre-nature ? Il est vrai que personne ne s’étonne que François Hollande ait été rejoint par les communistes de Mélenchon. Mais ceux-là marchent la main dans la main depuis bien longtemps alors que c’est la première fois que la droite demande à l’extrême-droite de lui faire la courte-échelle.
On va, encore, regretter Chirac qui, lui, avait su se montrer intransigeant avec les grands principes et on comprend qu’il ait annoncé son intention de voter Hollande. Il parait, d’après Le Monde, que Bernadette qui avait sa procuration l’aurait tout de même fait voter pour Sarkozy. On est toujours trahi par les siens…

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