Faisant feu de tout bois –à moins qu’il ne tire là ses dernières cartouches- Nicolas Sarkozy s’attaque maintenant aux syndicats. C’est à la fois facile et dangereux.
Tout le monde reconnait qu’en France les syndicats ne remplissent plus –depuis fort longtemps- leur mission qui serait de représenter l’ensemble des salariés français dans un face-à-face permanent (et constructif) avec le patronat et le gouvernement.
Or, aujourd’hui, les syndicats ne représentent que 8% des salariés français ce qui est totalement dérisoire et d’autant plus que ces salariés syndiqués sont, dans une écrasante majorité, des fonctionnaires. Du coup, au lieu de préparer l’avenir avec le patronat et le gouvernement, ces syndicats se contentent de défendre bec et ongles leurs mandants c’est-à-dire une caste de privilégiés puisque le statut de la fonction publique, avec notamment la garantie de l’emploi, constitue le plus fabuleux des privilèges dans un pays frappé par le chômage de masse. Nos syndicats ne recherchent pas avec leurs interlocuteurs naturels des solutions pour les problèmes du jour et de demain, ils s’arcboutent sur la défense de ce qu’ils appellent des « droits acquis » (que les autres qualifient de « privilèges acquis ») et refusent toute réforme, toute évolution.
On peut naturellement se demander pourquoi 92% des salariés français refusent d’adhérer à un syndicat. Deux réponses s’imposent. D’une part, les salariés du privé considèrent que les combats d’arrière-garde que mènent les syndicats en faveur des salariés du public ne les concernent pas et conduisent le pays à la catastrophe. D’autre part, il ne fait aucun doute que les liens parfois plus qu’étroits entre ces syndicats et certains partis de gauche (CGT et PCF ou CFDT et PS notamment) ont éloigné pour ne pas dire dégouté les travailleurs des syndicats.
Refusant au nom d’une lutte des classes totalement dépassée le dialogue, les syndicats se limitent désormais, dans leur opposition systématique, à organiser des grèves et des manifestations de rue ce qui leur permet de rappeler leur existence. Leur chance est d’être encore puissants dans deux domaines : les transports et l’enseignement. Ils peuvent donc, quand bon leur semble, paralyser le pays ou faire descendre dans la rue des centaines de milliers de manifestants qui conspueront le pouvoir.
Il est évident qu’il faudra, un jour, prendre des dispositions nécessaires pour que puissent éclore des syndicats « normaux », dépolitisés et qui, en remplissant leur vraie mission, pourront attirer les salariés du privé comme du public. Les corps intermédiaires sont indispensables au bon fonctionnement de la vie économique, sociale et politique d’un pays. Cela dit, en attendant, il faut bien faire avec ce qu’on a, surtout quand on est chef de l’Etat.
Sachant d’emblée que, pour des raisons idéologiques, les syndicats ne lui feraient aucun cadeau et ne souhaitant pas lui-même leur en faire pour ces mêmes raisons idéologiques, Nicolas Sarkozy a toujours joué avec eux l’épreuve de force, voire même la provocation.
On se souvient de la réforme des retraites. Si, au lieu de s’attaquer au tabou du départ à 60 ans, il s’était contenté de prolonger la durée des années de cotisation, avec quelques aménagements pour les professions pénibles, les syndicats n’auraient pas fait descendre des millions de mécontents dans les rues. Mais Sarkozy a préféré défier les syndicats et faire passer en force sa réforme emblématique. On n’a pas oublié non plus ses provocations aussi enfantines qu’inutiles du genre « Aujourd’hui, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit ».
Sarkozy aime sans doute jouer au poker. Attaquer bille en tête, à vingt jours du premier tour de la présidentielle, les syndicats à propos de la sidérurgie lorraine à laquelle il avait promis monts et merveilles et pour laquelle il n’a tenu aucune de ses promesses, relève évidemment du coup de poker.
« Il clive, il clive » nous disent les gens de l’Elysée.
Il faudra, un jour, dresser la liste exhaustive de tous ceux sur lesquels, au cours de son quinquennat, Sarkozy a tiré au bazooka, histoire de cliver, de récupérer des voix à l’extrême-droite ou simplement de caresser l’opinion dans le sens du poil. Outre, bien sûr, les Roms, les immigrés, clandestins ou pas, les Français de fraîche date et les milliardaires exilés, il s’en est pris aux magistrats (« laxistes »), aux fonctionnaires (« trop nombreux »), aux militaires (« des amateurs »), aux médecins (« trop dépensiers »), aux laïcs (avec « le curé plus important que l’instituteur ») sans parler des journalistes. Si on ajoute maintenant les syndiqués, cela commence à faire du monde, c’est-à-dire des électeurs.

Mots-clefs : , ,